Le marchand et le héros…

« Le mar­chand et le héros : ils consti­tuent les deux grandes oppo­si­tions, les deux pôles de toute l’orientation humaine. Le mar­chand entre dans la vie en lui disant : que peux-tu me don­ner ? Il veut prendre, il veut, en échange du moindre effort, avoir le plus pos­sible, il veut conclure avec la vie une affaire avan­ta­geuse. Bref : il est pauvre. Le héros entre dans la vie en lui deman­dant : que puis-je te don­ner ? Il veut faire des cadeaux, il veut se dépen­ser sans contre­par­tie. Bref : il est riche. Le mar­chand ne parle que de ses droits”, le héros ne parle que de ses devoirs” […] Nous pou­vons dire encore que la men­ta­li­té mer­can­tile tourne autour de l’intérêt, la men­ta­li­té héroïque autour de l’idée ; l’essence de celle-là est de récla­mer, l’essence de celle-ci est de se sacri­fier. »

Wer­ner Sombart
Händ­ler und Hel­den, 1915, cité par Alain de Benoist dans Quatre figures de la Révo­lu­tion Conser­va­trice alle­mande, Les Amis d’Alain de Benoist, 2014

L’un des secrets du monde…

« L’un des secrets du monde, c’est qu’on a quel­que­fois le devoir de faire ce qu’on n’a pas le droit de faire, le corol­laire étant qu’on n’a pas le droit de faire ce qu’on a le devoir de faire. À l’homme d’ac­tion de prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés. Et de subir ensuite les dia­tribes des irresponsables. »

Vla­di­mir Volkoff
Opé­ra­tion Bar­ba­rie, Édi­tions des Syrtes, 2001

Aussi loin que l’on regarde dans l’histoire des cités…

« Aus­si loin que l’on regarde dans l’histoire des cités, des royaumes et des nations d’Europe, l’esprit mili­taire, dans sa struc­ture mas­cu­line, en a été le cœur vivant étroi­te­ment asso­cié à la sou­ve­rai­ne­té. La plu­part de ceux qui se sont révol­tés, toutes caté­go­ries sociales confon­dues, hommes et femmes, oui, femmes aus­si, avaient en com­mun, sou­vent par tra­di­tion fami­liale, un atta­che­ment qua­si litur­gique au conte­nu de l’ordre mili­taire. Non pour l’armée de leur temps qui, à bien des égards, était peu défen­dable, mais pour ce que l’esprit et la for­ma­tion authen­ti­que­ment mili­taire apportent d’unique et d’irremplaçable au sein de la socié­té civile : aus­té­ri­té, abné­ga­tion, maî­trise des sen­ti­ments, sou­mis­sion au devoir. Dis­po­si­tions viriles, fon­ciè­re­ment anti-uti­li­taires et anti­bour­geoises, même quand elles sont hono­rées, ce qui est fré­quent, par des familles appar­te­nant socia­le­ment à la bour­geoi­sie. Elles étaient tout ce qui sub­sis­tait de l’ancienne arma­ture humaine qui, depuis plus de trois mille ans, avait fait de l’Europe ce qu’elle avait été. »

Domi­nique Venner
Le cœur rebelle, Les Belles Lettres, 1994, réédi­tion Pierre-Guillaume de Roux, 2014

En effet, la noblesse héréditaire, c’est une noblesse lunaire…

« En effet, la noblesse héré­di­taire, c’est une noblesse lunaire”, et pour ain­si dire faite de morts. Seule demeure en elle, prin­cipe vivant, authen­tique, dyna­mique, l’incitation qu’éprouve le des­cen­dant de main­te­nir par ses efforts, le niveau où attei­gnit son aïeul. Tou­jours, même en ce sens déna­tu­ré, noblesse oblige ! Le noble d’origine s’oblige à lui-même ; l’héritage oblige le noble héréditaire. »

José Orte­ga y Gasset
La révolte des masses (La rebe­lión de las masas, 1929), trad. Louis Par­rot, édi­tions Stock, 1937

Appartenir à l’aristocratie, cela ne consiste pas à bénéficier…

« Appar­te­nir à l’aristocratie, cela ne consiste pas à béné­fi­cier de plus de pri­vi­lèges ou de droits sup­plé­men­taires, mais à s’imposer plus de charges, à se faire une idée plus haute de ses devoirs, à se sen­tir plus res­pon­sable que les autres. Se com­por­ter de manière noble, de quelque milieu social que l’on pro­vienne, c’est n’être jamais satis­fait de soi, ne jamais rai­son­ner en termes d’utilité. Beau­té de la gra­tui­té, beau­té de la dépense inutile”, beau­té du geste. »

Alain de Benoist
Mémoire vive, entre­tiens avec Fran­çois Bous­quet, édi­tions de Fal­lois, 2012

Pour moi, noblesse est synonyme d’une vie vouée à l’effort…

« Pour moi, noblesse est syno­nyme d’une vie vouée à l’effort ; elle doit tou­jours être pré­oc­cu­pée à se dépas­ser elle-même, à haus­ser ce qu’elle est déjà vers ce qu’elle pro­pose comme devoir et comme exi­gence. De cette manière, la vie noble reste oppo­sée à la vie médiocre ou inerte, qui, sta­tis­ti­que­ment, se referme sur elle-même, se condamne à une per­pé­tuelle imma­nence tant qu’une force exté­rieure ne l’oblige à sor­tir d’elle-même. C’est pour­quoi nous appe­lons masse, ce type d’homme, non pas tant parce qu’il est mul­ti­tu­di­naire que parce qu’il est inerte. »

José Orte­ga y Gasset
La révolte des masses (La rebe­lión de las masas, 1929), trad. Louis Par­rot, édi­tions Stock, 1937

Les formes du pouvoir nobiliaire n’ont pas cessé de changer…

« Au fil des siècles, chez les peuples euro­péens et dans cha­cune de leurs cultures par­ti­cu­lières, les formes du pou­voir nobi­liaire n’ont pas ces­sé de chan­ger, et sou­vent de façon rapide, mais la fonc­tion poli­tique et morale de la noblesse, en Grèce, à Rome, en Ger­ma­nie, dans l’Europe médié­vale ou moderne, est res­tée iden­tique pour l’essentiel. La noblesse n’est pas l’aristocratie ; il y a des aris­to­cra­ties de la for­tune et de l’argent. Elle n’est que par­tiel­le­ment dépen­dante de l’hérédité. Elle repose sur le mérite, et celui-ci doit tou­jours être confir­mé. La noblesse se gagne et se perd. Elle vit sur l’idée que le devoir et l’honneur sont plus impor­tants que le bon­heur indi­vi­duel. Ce qu’elle a en propre c’est son carac­tère public. Elle est faite pour diri­ger la chose publique, la res publi­ca. Sa voca­tion n’est pas d’occuper le som­met de la socié­té mais le som­met de l’État. Ce qui la dis­tingue, ce ne sont pas les pri­vi­lèges, mais le fait d’être sélec­tion­née pour com­man­der. Elle gou­verne, juge et mène au com­bat. La noblesse est asso­ciée à la vigueur des liber­tés publiques. Ses terres d’élection sont les liber­tés féo­dales et les monar­chies aris­to­cra­tiques ou consti­tu­tion­nelles. Elle est impen­sable dans les grandes tyran­nies orien­tales, Assur ou l’Égypte. En Europe même, elle s’étiole ou dis­pa­raît chaque fois que s’établit un pou­voir des­po­tique, ce qu’est le cen­tra­lisme éta­tique. Elle implique une per­son­na­li­sa­tion du pou­voir qui huma­nise celui-ci à l’inverse de la dic­ta­ture ano­nyme des bureaux. »

Domi­nique Venner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

Signes de noblesse : ne jamais songer à rabaisser…

« Signes de noblesse : ne jamais son­ger à rabais­ser nos devoirs à être des devoirs pour tout le monde ; ne pas vou­loir renon­cer à sa propre res­pon­sa­bi­li­té, ne pas vou­loir la par­ta­ger ; comp­ter ses pri­vi­lèges et leur exer­cice au nombre de nos devoirs. »

Frie­drich Nietzsche
Par-delà le bien et le mal – Pré­lude d’une phi­lo­so­phie de l’a­ve­nir (Jen­seits von Gut und Böse – Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2000

Faire une œuvre de vie de ce qui était lettre morte…

« Faire une œuvre de vie de ce qui était lettre morte, com­prendre ce que l’on est, décou­vrir com­ment vivre et agir selon notre tra­di­tion, voi­là notre tâche. Ce n’est pas seule­ment un préa­lable à l’action. La pen­sée est l’action. Notre monde ne sera pas sau­vé par des savants aveugles ou des éru­dits bla­sés. Il sera sau­vé par des poètes et des com­bat­tants, par ceux qui auront for­gé l’« épée magique » dont par­lait Ernst Jün­ger, l’épée spi­ri­tuelle qui fait pâlir les monstres et les tyrans. Notre monde sera sau­vé par les veilleurs pos­tés aux fron­tières du royaume et du temps. »

Domi­nique Venner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

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