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Citations sur l'héroïsme

Puis, les Cavaliers de la Maison du Roi défilèrent autour du tombeau…

« Puis, les Cava­liers de la Mai­son du Roi défi­lèrent autour du tom­beau mon­tés sur des che­vaux blancs, chan­tant en chœur un chant sur Théo­den fils de Then­gel, com­po­sé par son ménes­trel Gléo­wine, qui n’en fit plus d’autre par la suite. Les accents lents des Cava­liers, émurent même les cœurs de ceux qui ne connais­saient pas la langue de ce peuple, mais les paroles du chant firent naître une lueur dans les yeux de ceux de la Marche qui enten­daient de nou­veau le ton­nerre des sabots du Nord et la voix d’Eorl domi­nant le bruit de la bataille dans le Champ de Célé­brant, et l’histoire des rois se pour­sui­vit, le cor de Helm reten­tis­sait dans les mon­tagnes, jusqu’à ce que l’Obscurité tom­bât et que le Roi Théo­den se levât pour tra­ver­ser à che­val l’Ombre jusqu’au feu et mou­rir en splen­deur, tan­dis que le Soleil, reve­nant contre tout espoir, res­plen­dis­sait au matin sur le Min­dol-aluin.
Hors du doute, hors des ténèbres, vers le lever du jour
il che­vau­cha, chan­tant dans le Soleil et l’épée hors du four­reau.
Il rani­ma l’espoir, et dans l’espoir il finit,
au-des­sus de la mort, au-des­sus de la peur, au-des­sus du des­tin éle­vé,
hors de la ruine, hors de la vie, vers une durable gloire. »

J.R.R. Tol­kien
Le Sei­gneur des Anneaux (The Lord of the Rings), 1954 – 1955

Lorsqu’on recherche et qu’on découvre les véritables causes du combat…

« Lors­qu’on recherche et qu’on découvre les véri­tables causes du com­bat, on honore l’héroïsme, on l’honore par­tout, et tout d’abord chez l’ennemi. C’est pour­quoi, après une guerre, la récon­ci­lia­tion devrait d’abord se faire entre adver­saires com­bat­tants. J’écris en tant que guer­rier, ce qui n’est peut-être pas d’actualité. Mais pour­quoi donc, nous, com­bat­tants, ne cher­che­rions-nous pas à nous ren­con­trer et à nous accor­der sur notre propre ter­rain, celui du cou­rage viril ? Nous ne ris­que­rons pas une décep­tion plus grande que celle qu’éprouvent chaque jour, dans leur propre domaine, les hommes d’État, les artistes, les savants et même les mys­tiques. N’avons-nous pas ser­ré la main qui venait de nous lan­cer une gre­nade, alors que ceux de l’arrière s’enfonçaient tou­jours plus pro­fon­dé­ment dans les brous­sailles de leur haine ? N’avons-nous pas plan­té des croix sur les tombes de nos enne­mis ? »

Ernst Jün­ger
La Guerre notre Mère (Der Kampf als inneres Erleb­nis), 1922, trad. Jean Dahel, édi­tions Albin Michel, 1934

Les héros de ces chants vivent encore en nous…

« Les héros de ces chants vivent encore en nous. Leur cou­rage nous fas­cine. Leurs pas­sions nous sont fami­lières. Leurs aven­tures ont for­gé des expres­sions que nous employons. Ils sont nos frères et sœurs éva­po­rés : Athé­na, Achille, Ajax, Hec­tor, Ulysse et Hélène ! Leurs épo­pées ont engen­dré ce que nous sommes, nous autres Euro­péens : ce que nous sen­tons, ce que nous pen­sons. Les Grecs ont civi­li­sé le monde”, écri­vait Cha­teau­briand. Homère conti­nue à nous aider à vivre. »

Syl­vain Tes­son
Un été avec Homère, Édi­tions des Équa­teurs, 2018

Parmi d’autres, l’histoire de la Russie d’après 1917, continuée jusqu’en 1991…

« Par­mi d’autres, l’histoire de la Rus­sie d’après 1917, conti­nuée jusqu’en 1991, montre avec une force par­ti­cu­lière que les défaites sont rare­ment irré­mé­diables et que les vic­toires sont tou­jours momen­ta­nées. Sur un plan supé­rieur, spi­ri­tuel et non poli­tique, les défaites sont en par­tie effa­cées lorsque les vain­cus se sont mon­trés héroïques. Il se trou­ve­ra un enfant pour recueillir la leçon morale des sui­ci­dés de Numance, s’émerveiller au sou­ve­nir de Julien, de William Wal­lace, des Chouans et des Ven­déens, des fidèles Confé­dé­rés, des gardes blancs de Deni­kine, Kolt­chak et Wran­gel, des réprou­vés du Bal­ti­kum, et en faire autant de modèles pour se déter­mi­ner et se conduire fer­me­ment. Vic­toire, défaite, tout est balayé par le temps. Ce qui sub­siste, comme dans Plu­tarque, ce sont les leçons de main­tien don­nées à la pos­té­ri­té par cer­tains hommes face à l’adversité.
L’interprétation des défaites est dépen­dante de la culture et des repré­sen­ta­tions”. L’esprit tra­gique, pré­sent dans toute la lit­té­ra­ture épique euro­péenne depuis Homère, exa­mine les échecs en pro­por­tion de leur héroïsme, au point de voir en eux un pré­texte à l’éternisation des héros.
Cette idée rap­pelle que la vision que l’on se fait du pas­sé déter­mine l’avenir. Il n’y a pas de futur pour qui ne sait d’où il vient, pour qui n’a pas la mémoire de ce qui l’a fait ce qu’il est. »

Domi­nique Ven­ner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

L’idée de héros qui ne sont pas vraiment morts…

« Il est cer­tain qu’aujourd’hui encore, et pré­ci­sé­ment en Ita­lie, les rites par les­quels une com­mu­nau­té guer­rière déclare « pré­sents » les cama­rades morts au champ d’honneur, ont retrou­vé une force sin­gu­lière. Qui part de l’idée que tout ce qu’un pro­ces­sus d’involution a, de nos jours, doté d’un carac­tère allé­go­rique et au maxi­mum éthique, avait à l’origine une valeur de réa­li­té (et tout rite était action et non simple céré­mo­nie) doit pen­ser que les rites guer­riers actuels peuvent être matière à médi­ta­tion et à rap­pro­cher du mys­tère conte­nu dans l’enseignement dont nous avons par­lé : l’idée de héros qui ne sont pas vrai­ment morts, comme celle de vain­queurs qui, à l’image du César romain, res­tent « vain­queurs per­pé­tuels » au centre d’une lignée. »

Julius Evo­la
Méta­phy­sique de la guerre, in Dio­ra­ma Filo­so­fi­co, 1935

Ces chefs sont essentiellement des guerriers…

« Les poèmes homé­riques nous montrent les chefs achéens régnant cha­cun sur un petit royaume ; la Grèce de l’âge héroïque, divi­sée en autant de royaumes indé­pen­dants qu’il y a de can­tons, était déjà mor­ce­lée à l’extrême, comme le sera plus tard celle de l’époque clas­sique. […]
Cha­cun de ces rois est indé­pen­dant : Aga­mem­non n’est choi­si comme chef de guerre contre Troie que parce qu’il com­mande à la troupe la plus nom­breuse ; mais avant de prendre une déci­sion il consulte les autres chefs, ses pairs, réunis en conseil. […] Ces chefs sont essen­tiel­le­ment des guer­riers. La guerre est leur prin­ci­pale occu­pa­tion, la source prin­ci­pale de leur richesse. Ils ne rêvent que batailles et pillages, expé­di­tions sur terre ou sur mer. Entre voi­sins, les guerres sont inces­santes : la paix leur pèse, le repos les ennuie, l’aventure les attire ; et, lors même que, vain­cus par l’âge, ils chauffent leurs vieux membres à la flamme du foyer dans la haute salle de leur manoir, ils n’ont pas de plus grande joie que d’écouter après un fes­tin le récit des exploits de leur jeu­nesse. […]
Le pou­voir de ces rois, tel qu’il nous est pré­sen­té dans l’Iliade et dans l’Odys­sée, est de carac­tère féo­dal. Plus qu’il ne gou­verne un can­ton, cha­cun d’eux com­mande à un groupe de guer­riers qui le recon­naissent comme leur chef. Autant que ses sol­dats, ses com­pa­gnons d’armes sont ses amis, en même temps que ses ser­vi­teurs, et, en expé­di­tion loin­taine comme au pays, ils sont convo­qués en assem­blée lorsque se pré­sente une affaire grave. Bien que la royau­té soit héré­di­taire, chaque chef doit méri­ter son rang par sa pru­dence au conseil et son cou­rage au com­bat. À la guerre, qui est encore conçue comme une série d’engagements indi­vi­duels, il paye de sa per­sonne, et, de retour chez lui, en son manoir ou dans son domaine, il ne croit pas déchoir en pre­nant part à l’apprêt d’un fes­tin ou aux tra­vaux des champs. »

Robert Fla­ce­lière
Intro­duc­tion aux poèmes homé­riques, 1955

Le courage est presque une contradiction dans les termes…

« Le cou­rage est presque une contra­dic­tion dans les termes. C’est un puis­sant désir de vivre qui prend la forme d’un empres­se­ment à mou­rir. Celui qui per­dra sa vie la sau­ve­ra” n’est pas une sen­tence mys­tique à l’u­sage des saints et des héros. C’est le conseil quo­ti­dien aux marins et aux mon­ta­gnards. On pour­rait l’im­pri­mer dans un guide des Alpes ou dans un manuel de manœuvres mari­times. Ce para­doxe est tout le prin­cipe du cou­rage, même du cou­rage tout à fait ter­restre ou tout à fait bru­tal. »

Gil­bert Keith Ches­ter­ton
Ortho­doxie, 1908, trad. Lucien d’A­zay, édi­tions Flam­ma­rion, coll. « Cli­mats », 2010

Le marchand et le héros…

« Le mar­chand et le héros : ils consti­tuent les deux grandes oppo­si­tions, les deux pôles de toute l’orientation humaine. Le mar­chand entre dans la vie en lui disant : que peux-tu me don­ner ? Il veut prendre, il veut, en échange du moindre effort, avoir le plus pos­sible, il veut conclure avec la vie une affaire avan­ta­geuse. Bref : il est pauvre. Le héros entre dans la vie en lui deman­dant : que puis-je te don­ner ? Il veut faire des cadeaux, il veut se dépen­ser sans contre­par­tie. Bref : il est riche. Le mar­chand ne parle que de ses droits”, le héros ne parle que de ses devoirs” […] Nous pou­vons dire encore que la men­ta­li­té mer­can­tile tourne autour de l’intérêt, la men­ta­li­té héroïque autour de l’idée ; l’essence de celle-là est de récla­mer, l’essence de celle-ci est de se sacri­fier. »

Wer­ner Som­bart
Händ­ler und Hel­den, 1915, cité par Alain de Benoist dans Quatre figures de la Révo­lu­tion Conser­va­trice alle­mande, Les Amis d’Alain de Benoist, 2014

Le mythe du héros nous semble particulièrement nécessaire en démocratie…

« Le mythe du héros nous semble par­ti­cu­liè­re­ment néces­saire en démo­cra­tie où le régime repose sur les ver­tus des citoyens. Sa dis­pa­ri­tion montre la dégéné­rescence de la démo­cra­tie en oli­gar­chie, ce que nous connais­sons aujourd’hui. »

Ivan Blot
Le héros dans notre civi­li­sa­tion : héros tra­giques et héros his­to­riques, pre­mier opus du cycle de confé­rences sur « L’homme héroïque », 2 sep­tembre 2015

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