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Citations sur l'héroïsme

L’héroïsme : cette sauvage création de soi par soi…

« L’héroïsme : cette sau­vage créa­tion de soi par soi et de l’homme par l’homme. Et les femmes exclues de cette ter­rible fête, sou­dain sté­riles lorsque les hommes n’ont plus besoin d’un ventre femelle pour enfan­ter des dieux. L’héroïsme : ce chant égoïste qui éclate. Me voi­ci ! Unique ! Écar­tez-vous ! Je n’ai plus de mère ou d’amante ; je n’ai plus de pas­sé ; je vais me mettre au monde. « Tu vas mou­rir ! » Oui, mais je serais né et j’aurais connu l’enivrement fou lorsque, dans mon corps et dans mon âme, j’ai éprou­vé la nais­sance véhé­mente d’un dieu. « Il ne se connaît plus ! » C’est vrai puis­qu’il s’invente. »

Jean Cau
Le Che­va­lier, la mort et le diable, édi­tions de La Table ronde, 1977

Un héroïsme sans drapeaux ni tambours…

« Un héroïsme sans dra­peaux ni tam­bours. Sem­blable à l’enfantement, il se mani­feste dans le silence du quo­ti­dien et des tâches sacrées par les­quelles, chaque jour, les femmes font renaître la vie au sein d’un foyer. Oui, il y a une sacra­li­té des gestes quo­ti­diens des femmes, parce que ces gestes renou­vellent la vie par les tra­vaux de la mai­son, le soir aux enfants, la pré­pa­ra­tion des repas, l’attention à la toi­lette, toutes choses par les­quelles un foyer existe ou non, et par les­quelles la trans­mis­sion de la tra­di­tion s’effectue par exem­pla­ri­té. »

Domi­nique Ven­ner
Le Choc de l’Histoire, Via Roma­na, 2011

Ceux qui prétendent combiner culture et égalité…

« Ceux qui pré­tendent com­bi­ner culture et éga­li­té, édu­ca­tion et éga­li­té, et intro­duire l’égalité ou seule­ment de l’égalité dans la culture ou l’éducation, s’abusent eux-mêmes ou abusent les autres, ou les deux, car il y a une incom­pa­ti­bi­li­té radi­cale, fon­da­men­tale, insur­mon­table, entre ces domaines, ces champs ou ces valeurs. L’égalité est aus­si absente de la culture qu’elle l’est de la nature. Les plus belles pro­cla­ma­tions ne peuvent que recon­naître, ou impo­ser, ou pré­tendre impo­ser, une éga­li­té en droit ou une éga­li­té de droits ; et cette atti­tude est un héroïque, un magni­fique défi à tout ce qui s’observe dans la nature et entre les hommes. […] L’égalité est une contrainte que s’imposent à grand mal cer­taines civi­li­sa­tions, en géné­ral contre leurs plus anciennes tra­di­tions et contre leurs ins­tincts. »

Renaud Camus
La grande décul­tu­ra­tion, édi­tions Fayard, 2008

L’impératif de la mémoire irrigue la philosophie grecque…

« Un grec doit savoir se conte­nir et jouir de ce qu’il reçoit dans les limites de la dis­po­si­tion natu­relle. (…) L’impératif de la mémoire irrigue la phi­lo­so­phie grecque. Et consti­tue­ra l’un des enjeux des poèmes. Rien de trop, était-il écrit sur le por­tique de Delphes. Cela ne veut pas dire que point trop n’en faut. Cela signi­fie qu’il convient de savoir s’arrêter aux para­pets du monde. Tout dépas­se­ment mène­ra au pire. Tout ce qui brille trop, éclate ou triomphe incon­si­dé­ré­ment, subi­ra un jour un retour de bâton. L’Iliade insiste en per­ma­nence sur ce revi­re­ment de la force. Le vain­queur se trou­ve­ra un jour défait. Les héros s’enfuiront après avoir gagné. Les Achéens se déban­de­ront après s’être appro­chés des Troyens qui, eux-mêmes, recu­le­ront à la suite d’un assaut réus­si. La force est un balan­cier. Elle va et vient… péri­ront de l’avoir uti­li­sée sans modé­ra­tion. »

Syl­vain Tes­son
Un été avec Homère, Édi­tions des Équa­teurs, 2018

L’idée de la destinée tragique…

« L’idée de la des­ti­née tra­gique, c’est-à-dire la mise face à face, en pleine clar­té, de l’homme et des puis­sances dont il dépend, est offerte aux Grecs par leur his­toire légen­daire. Les récits tou­chant les familles divines, héroïques ou royales four­nissent un sché­ma, un motif musi­cal, et l’œuvre du poète tra­gique consiste à don­ner à ce sché­ma, à ce motif une durée réelle, mar­quée et mesu­rée par des rythmes, consti­tuée par la vie sous le masque dio­ny­siaque de per­son­nages de chair et d’os : de la scène, ces per­son­nages se relient par le plan incli­né du chœur à la foule qui les écoute, à l’humanité qui les encadre et les délègue. Le récit épique, l’épopée homé­rique ani­maient dans leur tableau cette même idée de la des­ti­née : mais la tra­gé­die attique naît de l’effort pour la sor­tir de cette gangue, pour la réa­li­ser sous forme de per­sonnes, pour mener à bien, paral­lè­le­ment à la sculp­ture, l’œuvre propre de la vie hel­lé­nique, la créa­tion inté­grale de l’homme. »

Albert Thi­bau­det
La cam­pagne avec Thu­cy­dide, 1922

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