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Citations d’un auteur français

Réfugie-toi dans la solitude éternelle des choses…

« Doré­na­vant, fils, lorsque tu te sen­ti­ras le cœur trou­blé par des tris­tesses inté­rieures, réfu­gie-toi dans la soli­tude éter­nelle des choses. Les bois sur­tout sont tendres à l’homme. Dieu en a fait des asiles sacrés où la paix habite, et l’har­mo­nie du monde s’y révèle. »
L’a­na­cho­rète Pri­mel s’adressant au roi Gra­lon, après la sub­mer­sion d‘Ys.

Ana­tole Le Braz
Au pays des par­dons, H. Caillière Édi­teur, 1894

L’agriculture est sainte…

« Mais l’a­gri­cul­ture est sainte ; elle est la mère nour­rice de l’homme, et celui qui sème un grain de blé fait une action agréable aux dieux. »

Théo­phile Gautier 
Le Roman de la momie, 1858, édi­tions Le Livre de poche, coll. Clas­siques, 2022

De la flamme qui circule dans les veines…

« L’a­mour n’est pas le même sous les chaudes régions qu’embrase un vent de feu qu’aux rives hyper­bo­rées d’où le calme des­cend du ciel avec les fri­mas ; ce n’est pas du sang, mais de la flamme qui cir­cule dans les veines. »

Théo­phile Gautier 
Le Roman de la momie, 1858, édi­tions Le Livre de poche, coll. Clas­siques, 2022

La mort est une grande chose…

« Au cours des cor­vées de l’en­ter­re­ment, nous y aimions le mort, nous ne sommes pas en contact avec la mort. La mort est une grande chose. Elle est un nou­veau réseau de rela­tions avec les idées, les objets, les habi­tudes du mort. Elle est un nou­vel arran­ge­ment du monde. Rien n’a chan­gé en appa­rence, mais tout a chan­gé. Les pages du livre sont les mêmes, mais non le sens du livre. Il nous faut, pour res­sen­tir la mort, ima­gi­ner les heures où nous avons besoin du mort. Alors il manque. Ima­gi­ner les heures où il eût besoin de vous. Mais il n’a plus besoin de nous. »

Antoine de Saint-Exupéry
Pilote de guerre, édi­tions Gal­li­mard, coll. Blanche, 1942, coll. Folio, 2011

Tout ce que la nature a d’étrange et de grandiose…

« Nos monts Car­pathes ne res­semblent point aux mon­tagnes civi­li­sées de votre Occi­dent. Tout ce que la nature a d’é­trange et de gran­diose s’y pré­sente aux regards dans sa plus com­plète majes­té. Leurs cimes ora­geuses se perdent dans les nues, cou­vertes de neiges éter­nelles ; leurs immenses forêts de sapins se penchent sur le miroir poli de lacs pareils à des mers ; et ces lacs, jamais une nacelle ne les a sillon­nés, jamais le filet d’un pêcheur n’a trou­blé leur cris­tal, pro­fond comme l’a­zur du ciel ; la voix humaine y reten­tit à peine de temps en temps, fai­sant entendre un chant mol­dave auquel répondent les cris des ani­maux sau­vages : chant et cris vont éveiller quelque écho soli­taire, tout éton­né qu’une rumeur quel­conque lui ait appris sa propre exis­tence. Pen­dant bien des milles, on voyage sous les voûtes sombres de bois cou­pés par ces mer­veilles inat­ten­dues que la soli­tude nous révèle à chaque pas, et qui font pas­ser notre esprit de l’é­ton­ne­ment à l’ad­mi­ra­tion. Là le dan­ger est par­tout, et se com­pose de mille dan­gers dif­fé­rents ; mais on n’a pas le temps d’a­voir peur, tant ces dan­gers sont sublimes. Tan­tôt ce sont des cas­cades impro­vi­sées par la fonte des glaces, qui, bon­dis­sant de rochers en rochers, enva­hissent tout à coup l’é­troit sen­tier que vous sui­viez, sen­tier tra­cé par le pas­sage de la bête fauve et du chas­seur qui la pour­suit ; tan­tôt ce sont des arbres minés par le temps qui se détachent du sol et tombent avec un fra­cas ter­rible qui semble être celui d’un trem­ble­ment de terre ; tan­tôt enfin ce sont les oura­gans qui vous enve­loppent de nuages au milieu des­quels on voit jaillir, s’al­lon­ger et se tordre l’é­clair, pareil à un ser­pent de feu. »

Alexandre Dumas
La dame pâle, 1849, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 2020

14 juillet – Fête de la République…

« 14 juillet – Fête de la Répu­blique. Je me suis pro­me­né par les rues. Les pétards et les dra­peaux m’a­mu­saient comme un enfant. C’est pour­tant fort bête d’être joyeux, à date fixe, par décret du gou­ver­ne­ment. Le peuple est un trou­peau imbé­cile, tan­tôt stu­pi­de­ment patient et tan­tôt féro­ce­ment révol­té. On lui dit : Amuse-toi.” Il s’a­muse. On lui dit : Va te battre avec le voi­sin”. Il va se battre. On lui dit : Vote pour l’Em­pe­reur”. Il vote pour l’Em­pe­reur. Puis, on lui dit : Vote pour la Répu­blique”. Et il vote pour la République. »

Guy de Maupassant
Le Hor­la et autres récits fan­tas­tiques, 1882 – 1887, édi­tions Le Livre de Poche, coll. Clas­siques, 2016

Notre folie est plus discrète, mais plus profonde…

« Monde d’impuissants ! On feint de dénon­cer l’érotisme moderne, mais nous sommes loin des luxueuses orgies de Rome, où une socié­té déchaî­née, ivre de la chute, allait au moins jusqu’au bout de ses folies et de ses vices. Notre folie est plus dis­crète, mais plus pro­fonde. Un homme capable de res­ter durant des heures à plier et déplier une jambe ou à tapo­ter une machine à sous me paraît fina­le­ment dans un état de démence beau­coup plus avan­cé qu’un débau­ché ou un ivrogne. Ceux-là cherchent au moins des remèdes, des tech­niques de béatitudes. »

Jean-René Hugue­nin
Une autre jeu­nesse, édi­tions du Seuil, 1965, Points édi­tions, coll. Signa­tures, 2012

L’époque présente n’est pas pensée…

« (…) l’époque pré­sente n’est pas pen­sée. Parce que tout a évo­lué beau­coup trop vite, depuis cent ans, et que la pen­sée est une diges­tion beau­coup trop lente (…) il fau­drait attendre des siècles celui qui, ayant len­te­ment digé­ré, fon­de­rait un lan­gage nou­veau, et qui ordon­ne­rait le monde. »

Antoine de Saint-Exupéry
in Cor­res­pon­dance, cité par Phi­lippe de Laitre in Saint-Exu­pé­ry. Au-delà du Petit Prince, édi­tions La Nou­velle Librai­rie, coll. Les idées à l’endroit, 2024

Une civilisation est un héritage de croyances…

« Une civi­li­sa­tion est un héri­tage de croyances, de cou­tumes et de connais­sances, len­te­ment acquises au cours des siècles, dif­fi­ciles par­fois à jus­ti­fier par la logique, mais qui se jus­ti­fient d’elles-mêmes, comme des che­mins, s’ils conduisent quelque part, puisqu’elles ouvrent à l’homme son éten­due intérieure. »

Antoine de Saint-Exupéry
in Pilote de Guerre, cité par Phi­lippe de Laitre in Saint-Exu­pé­ry. Au-delà du Petit Prince, édi­tions La Nou­velle Librai­rie, coll. Les idées à l’endroit, 2024

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