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L’impératif de la mémoire irrigue la philosophie grecque…

« Un grec doit savoir se conte­nir et jouir de ce qu’il reçoit dans les limites de la dis­po­si­tion natu­relle. (…) L’impératif de la mémoire irrigue la phi­lo­so­phie grecque. Et consti­tue­ra l’un des enjeux des poèmes. Rien de trop, était-il écrit sur le por­tique de Delphes. Cela ne veut pas dire que point trop n’en faut. Cela signi­fie qu’il convient de savoir s’arrêter aux para­pets du monde. Tout dépas­se­ment mène­ra au pire. Tout ce qui brille trop, éclate ou triomphe incon­si­dé­ré­ment, subi­ra un jour un retour de bâton. L’Iliade insiste en per­ma­nence sur ce revi­re­ment de la force. Le vain­queur se trou­ve­ra un jour défait. Les héros s’enfuiront après avoir gagné. Les Achéens se déban­de­ront après s’être appro­chés des Troyens qui, eux-mêmes, recu­le­ront à la suite d’un assaut réus­si. La force est un balan­cier. Elle va et vient… péri­ront de l’avoir uti­li­sée sans modération. »

Syl­vain Tesson
Un été avec Homère, édi­tions des Équa­teurs, 2018

L’idée de la destinée tragique…

« L’idée de la des­ti­née tra­gique, c’est-à-dire la mise face à face, en pleine clar­té, de l’homme et des puis­sances dont il dépend, est offerte aux Grecs par leur his­toire légen­daire. Les récits tou­chant les familles divines, héroïques ou royales four­nissent un sché­ma, un motif musi­cal, et l’œuvre du poète tra­gique consiste à don­ner à ce sché­ma, à ce motif une durée réelle, mar­quée et mesu­rée par des rythmes, consti­tuée par la vie sous le masque dio­ny­siaque de per­son­nages de chair et d’os : de la scène, ces per­son­nages se relient par le plan incli­né du chœur à la foule qui les écoute, à l’humanité qui les encadre et les délègue. Le récit épique, l’épopée homé­rique ani­maient dans leur tableau cette même idée de la des­ti­née : mais la tra­gé­die attique naît de l’effort pour la sor­tir de cette gangue, pour la réa­li­ser sous forme de per­sonnes, pour mener à bien, paral­lè­le­ment à la sculp­ture, l’œuvre propre de la vie hel­lé­nique, la créa­tion inté­grale de l’homme. »

Albert Thi­bau­det
La cam­pagne avec Thu­cy­dide, 1922

Le dieu, dont l’oracle est à Delphes…

« Le dieu, dont l’oracle est à Delphes, ne parle pas, ne dis­si­mule pas : il signifie. »

Héra­clite
Frag­ments, 54, 576 – 480 av. notre ère, trad. Jean-Fran­çois Pra­deau, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2018

Déesse de la sylve et de la nuit, dea silvarum, comme la nomme…

« Déesse de la sylve et de la nuit, dea sil­va­rum, comme la nomme Ovide, por­tant dans ses che­veux d’or un crois­sant de lune, Diane-Arté­mis est tou­jours accom­pa­gnée d’un cerf ou de biches. Elle est à la fois la pro­tec­trice de la nature sau­vage et l’incarnation de la chasse. Deux fonc­tions com­plé­men­taires dont la jux­ta­po­si­tion antique est constante. Contrai­re­ment à Aphro­dite, Arté­mis n’est pas asso­ciée à l’amour et à la fécon­di­té. Elle est en revanche la déesse des enfan­te­ments, la pro­tec­trice des femmes enceintes, des femelles pleines, des enfants vigou­reux, des jeunes ani­maux, et pour tout dire, de la vie avant les souillures de l’âge. Son image s’accorde avec l’idée que les Anciens se fai­saient de la nature. Ils ne la voyaient pas à la façon dou­ce­reuse de Jean-Jacques Rous­seau ou des pro­me­neurs du dimanche. Ils la savaient redou­table aux faibles et inac­ces­sible à la pitié. C’est par la force que Diane-Arté­mis défend sa pudeur et sa vir­gi­ni­té, c’est-à-dire le royaume invio­lable de la sau­va­ge­rie. Elle tuait féro­ce­ment tous les mor­tels qui l’offensaient ou négli­geaient ses rites […] La pudeur et la vir­gi­ni­té d’Artémis sont une allé­go­rie des inter­dits qui pro­tègent la nature. La ven­geance de la dea sil­va­rum est celle de l’ordre du monde mis en péril par une pul­sion exces­sive, l’hubris, la démesure. »

Domi­nique Venner
Dic­tion­naire amou­reux de la chasse, édi­tions Plon, coll. Dic­tion­naire amou­reux, 2006

La gloire n’est pas pour les Grecs quelque chose qu’on reçoive…

« La gloire n’est pas pour les Grecs quelque chose qu’on reçoive ou non par-des­sus le mar­ché ; elle est la mani­fes­ta­tion de l’être le plus haut. Pour les hommes d’aujourd’hui la gloire n’est plus depuis long­temps que la célé­bri­té, et par suite quelque chose de très dou­teux, un acquêt jeté et dis­tri­bué ici et là par les jour­naux et la radio — presque le contraire de l’être. »

Mar­tin Heidegger
Intro­duc­tion à la méta­phy­sique (Einfüh­rung in die Meta­phy­sik), 1935, trad. Gil­bert Kahn, édi­tions Gal­li­mard, 1958, coll. TEL, 1980

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