« Une société sans croyance forte est une société qui meurt. »
Régis Debray
Entretien avec J.P. Enthoven in Le Nouvel observateur, 10 octobre 1981
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« Une société sans croyance forte est une société qui meurt. »
Régis Debray
Entretien avec J.P. Enthoven in Le Nouvel observateur, 10 octobre 1981
« Vivre dans un certain siècle et s’apercevoir qu’on était mieux fait pour un autre, cela ne doit pas désespérer, car ce malheur n’est point sans quelque remède. Nous atteignons par magie l’époque où nous ne nous sommes pas trouvés matériellement ; nous la saisissons par son art. Être cultivé, cela ne signifie pas autre chose que d’avoir le choix entre tous les moments de l’humanité et d’aller, à notre gré, de l’un à l’autre, comme un archipel, un navire heureux se promène d’île en île. Toute haute vie a ses évasions sereines. »
Abel Bonnard
Ce monde et moi, éditions Dismas (posthume), 1992
« La crise de la démocratie française est celle d’un système qui en usurpe le nom. Il n’est pas d’autre urgence que de rendre au peuple la dignité de sujet politique. »
Patrick Buisson
La Cause du peuple, éditions Perrin, 2016
« Cette crise de la culture n’est pas le résultat d’un problème de moyens, de financement ou de gestion ; c’est un bouleversement intérieur. Il s’est produit, dans nos sociétés occidentales, un phénomène unique, une rupture inédite : une génération s’est refusée à transmettre à la suivante ce qu’elle avait à lui donner, l’ensemble du savoir, des repères, de l’expérience humaine immémoriale qui constituait son héritage. Il y a là une ligne de conduite délibérée, jusqu’à l’explicite : j’étais loin d’imaginer, en commençant à enseigner, l’impératif essentiel qui allait structurer ma formation de jeune professeur. « Vous n’avez rien à transmettre » : ces mots, prononcés à plusieurs reprises par un inspecteur général qui nous accueillait dans le métier le jour de notre première rentrée, avaient quelque chose de si étonnant qu’ils ont profondément marqué ma mémoire. « Vous n’avez rien à transmettre. » La culture est proprement ce qui se transmet. Ne plus faire subir à nos successeurs ce fardeau périmé que le passé jetterait sur leur liberté nouvelle, voilà le projet qui nous est proposé.
Désormais, il faut faire en sorte que chaque enfant puisse, pour créer un chemin personnel, produire son propre savoir. Écartés, le « cours magistral » et le « par cœur » ; refusée, l’idée qu’une conception du monde pourrait être transmise aux enfants par leurs parents. Nous avons perdu le sens de la culture. Elle est pour nous, au mieux, un luxe inutile ; au pire, un bagage encombrant. Bien sûr, nous continuons de visiter les musées, d’aller au cinéma, d’écouter de la musique ; et en ce sens, nous n’avons pas consciemment rejeté loin de nous la culture. Mais elle ne nous intéresse plus que sous la forme d’une distraction superficielle, d’un plaisir intelligent ou d’un agrément décoratif. »
François-Xavier Bellamy
Les Déshérités ou l’urgence de transmettre, éditions Plon, 2014
« Les solutions de sortie de crise sont, publiquement du moins, toutes placées sous le signe éminemment convenable de plus d’individualisme, plus d’opportunités pour tous, plus de mobilité, ce qui signifie, concrètement, plus de liberté de mouvement des capitaux, plus d’échanges de biens et de services, plus d’ingérence et d’interdépendance, plus d’ouverture à l’envie et à la cupidité, à la fin plus de crédit et de dettes, plus d’uniformité et de conformité – plus de tout ce qui a provoqué la crise. »
Hervé Juvin
Le renversement du monde. Politique de la crise, éditions Gallimard, 2010
« Effroi de l’habitude. Casser, couper, trancher. Il faut vivre au couteau. »
Jean-René Huguenin
Journal, 1964, éditions du Seuil, coll. Points, 1997
« Ça se verra bien sur ma figure, quand j’aurai quatre-vingt ans, que j’aurai eu du courage, le courage sans quoi il n’y a rien dans le monde, que des mots. »
Pierre Drieu la Rochelle
La Comédie de Charleroi, 1934, éditions Gallimard, coll. L’Imaginaire, 1996
« Le courage est une patrie. »
André Malraux
L’Espoir, éditions Gallimard, 1937
« Les soldats qui vous disent qu’ils n’ont jamais connu la peur vous mentent. Ou peut-être ont-ils traversé la guerre en zombies. C’est l’incandescence qui porte le soldat, et ce courage-là ressemble à une expérience mystique : pour que la lumière jaillisse, il faut bien qu’un peu de soi brûle et se consume. »
Hélie Denoix de Saint Marc
Les sentinelles du soir, éditions les arènes, 1999
« Le secret des forts est de toujours se contraindre. »
Maurice Barrès
Sous l’œil des Barbares, 1ère partie de la série Le culte du moi, 1888
« L’Europe est le nom de notre tradition, un murmure des temps anciens et du futur. Notre tradition est une façon de se conduire et de conduire notre vie qui n’appartient qu’à nous. Elle nous est révélée par les poèmes d’Homère et par nos grandes légendes, celles de la Table Ronde ou des Nibelungen. Elle nous est révélée aussi par le trésor des contes. Sous des apparences différentes, nos contes tissent la trame d’un même héritage de part et d’autre du Rhin, des Alpes et des Pyrénées. Retrouvés en Allemagne par les frères Grimm et en France par Charles Perrault, sans avoir l’air de rien, ils sont l’un de nos biens les plus précieux. Ils ne se voilent d’obscurité que si l’on ne fait pas l’effort de les découvrir. Jadis, leur transmission se faisait à la veillée, par le récit des Anciens. Se jouant du temps qui passe, ils continuent de dire le retrait salvateur dans la forêt, les forces de la nature, la solitude et la communauté, les rites de passage de l’enfance à l’âge adulte, la rencontre de la jeune fille et du chevalier, l’ordre du monde. Les contes sont le grand livre de notre tradition. Leur fonction est de léguer la sagesse ancestrale de la communauté. Même quand on y rencontre des elfes ou des fées auprès des sources et au coin des bois, ils sont le contraire des « contes de fées ». Sous l’apparence du divertissement, ils enseignent des leçons de vie. Ils disent les secrets qui feront que les demoiselles deviendront femmes et les garçons des hommes. Les contes disent les menaces à surmonter (le Chat botté), les limites à ne pas franchir (Barbe bleue), la ruse terrassant la force brutale (le Petit Poucet), la rançon de l’étourderie (le Petit Chaperon Rouge), le prix du serment (Grisélidis), l’effort soutenu triomphant d’une nature ingrate (Riquet à la houppe), les périls courus par la jeune fille et la virilité dévoyée (Peau d’âne). Les contes disent encore le courage, l’espoir et la constance des jeunes filles triomphant des épreuves (Cendrillon). Ils disent aussi la vigueur, l’audace, la vaillance et les ruptures par quoi les garçons sont ce qu’ils sont (Perceval). Les contes montrent qu’en s’appuyant sur les forces de la nature, la femme maintient ou restaure l’ordre du monde et de la communauté (Blanche Neige). Ces secrets sont nôtres, on pourrait parfois les croire perdus alors qu’ils ne sont qu’assoupis. Comme dans le conte de la Belle au bois dormant, ils se réveilleront. Ils se réveilleront sous l’ardeur de l’amour que nous leur porterons. »
Dominique Venner
Histoire et tradition des Européens, Éditions du Rocher, 2002
« En fait, pour lui, esprit simple et peu porté aux préciosités, le monde des hommes se divisait en deux : les opposants au chaos et les complices de celui-ci. Les complices du chaos, actifs ou passifs, pouvaient être drôles, brillants, habiles, fins, séduisants, charismatiques, géniaux même, pourquoi pas, ils étaient néanmoins ses adversaires, ses ennemis et ils le désolaient quand ils ne le faisaient pas carrément dégueuler. Il est des époques qui imposent un minimum de sérieux et, surtout, de conscience d’un intérêt général, d’une simple nécessité de survie. François pensait que nous vivions l’une de celle-là. Cela le rendait peu amène et même assez largement odieux, insortable en tout cas. Il n’était ni léger, ni détaché, ni brillamment cynique, crimes mondains dont on ne se relève pas. »
Roger Nimier
Les enfants tristes, 1951, éditions Gallimard, coll. Folio, 1983