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Bien sûr, certains facteurs contribuent au malaise…

« Bien sûr, cer­tains fac­teurs contri­buent au malaise gran­dis­sant qui tra­verse notre socié­té ; mais ni les ten­sions éco­no­miques, ni le dis­cré­dit poli­tique, ni les dif­fi­cul­tés d’intégration n’expliquent à eux seuls cet « ensau­va­ge­ment » lar­ge­ment consta­té et décrit. Nous ne voyons pas qu’il pro­vient essen­tiel­le­ment d’une rup­ture de la trans­mis­sion, d’un aban­don de notre propre civi­li­sa­tion — dont tous les symp­tômes de la crise ne sont que des consé­quences, proches ou loin­taines. Nous ne vou­lons pas voir que l’enjeu est d’abord cultu­rel. Comme si une géné­ra­tion qui s’est inter­dit de trans­mettre ne par­ve­nait pas à com­prendre que, en refu­sant de faire des héri­tiers, en pri­vant ses enfants de la culture qu’elle avait reçue, elle pre­nait le risque de les déshé­ri­ter d’eux-mêmes — de les déshé­ri­ter de leur propre huma­ni­té. Nous nous sommes pas­sion­nés pour le doute car­té­sien et l’universelle cor­ro­sion de l’esprit cri­tique, deve­nus des fins en eux-mêmes ; nous avons pré­fé­ré, avec Rous­seau, renon­cer à notre posi­tion d’adultes pour ne pas entra­ver la liber­té des enfants ; nous avons repro­ché à la culture d’être dis­cri­mi­na­toire, comme Bour­dieu, et nous avons contes­té la dis­ci­pline qu’elle repré­sen­tait. Et nous avons fait naître, comme il aurait fal­lu le pré­voir, « des sau­vages faits pour habi­ter dans les villes ». »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Les Déshé­ri­tés ou l’urgence de trans­mettre, édi­tions Plon, 2014

À propos de l'auteur

François-Xavier Bellamy, né le 11 octobre 1985 à Paris, est un professeur agrégé de philosophie, essayiste et homme politique français. Adjoint au maire de Versailles de 2008 à 2019, il conduit aux élections européennes de 2019 en France la liste des Républicains (LR), qui arrive en quatrième position. Il siège depuis au Parlement européen.
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Dès lors que l’affirmation identitaire est une réaction aux flux…

« Dès lors que l’affirmation iden­ti­taire est une réac­tion aux flux, à la mon­dia­li­sa­tion hors-sol, elle reste pri­son­nière des termes qu’elle com­bat, comme la contre-révo­lu­tion de la révo­lu­tion ou l’alter-mondialisme de la mon­dia­li­sa­tion. En tant que telle, elle s’inscrit jusqu’à un cer­tain point dans le dis­po­si­tif. Un posi­tion­ne­ment autre – un dépla­ce­ment, un vacille­ment ou un détour – per­mettent d’échapper à cette assi­gna­tion et de rede­ve­nir ce que l’on est. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

Dans la démocratie marchande, l’identité est une part de marché…

« Dans la démo­cra­tie mar­chande, l’identité est une part de mar­ché et de l’« offre poli­tique » par­mi d’autres, comme la sécu­ri­té ou la sou­ve­rai­ne­té, ni plus, ni moins. La lote­rie élec­to­rale n’est qu’un diver­tis­se­ment, un opium dont les effets, d’ailleurs, s’amenuisent. Ain­si la seule fonc­tion d’un par­ti aux pré­ten­tions révo­lu­tion­naires, en cas de crise grave, serait d’ordonner : « Il faut savoir ter­mi­ner une grève ». Les dés sont pipés ; il ne faut plus jouer mais vivre et penser. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

L’enracinement implique une dimension communautaire et organique…

« L’enra­ci­ne­ment implique une dimen­sion com­mu­nau­taire et orga­nique, mais, aus­si, la conscience d’un héri­tage à faire fruc­ti­fier, donc, la mémoire d’une dette à l’endroit de ceux qui nous ont pré­cé­dés : l’homme se pense lui-même comme un débi­teur, non un créan­cier, un homme de devoirs avant d’être un sujet de droits. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

Un pays qui n’a plus de légendes…

« Un pays qui n’a plus de légendes, dit le poète, est condam­né à mou­rir de froid. C’est bien pos­sible. Mais un peuple qui n’aurait pas de mythes serait déjà mort. La fonc­tion de la classe par­ti­cu­lière de récits que sont les mythes est en effet d’exprimer dra­ma­ti­que­ment l’idéologie dont vit la socié­té, de main­te­nir devant sa conscience non seule­ment les valeurs qu’elle recon­naît et les idéaux qu’elle pour­suit de géné­ra­tion en géné­ra­tion, mais d’abord son être et sa struc­ture mêmes, les élé­ments, les liai­sons, les équi­libres, les ten­sions qui la consti­tuent, de jus­ti­fier enfin les règles et les pra­tiques tra­di­tion­nelles sans quoi tout en elle se disperserait. »

Georges Dumé­zil
Heur et mal­heur du guer­rier, Presses uni­ver­si­taires de France, 1969, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Champs, 1999

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