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Le dixième siècle est probablement le plus atroce…

« Le dixième siècle est pro­ba­ble­ment le plus atroce de notre his­toire. Avec la déca­dence de l’autorité caro­lin­gienne, les cala­mi­tés recom­men­çaient : au Sud, les Sar­ra­sins avaient repa­ru, et un autre fléau était venu : les Nor­mands s’enhardissaient et dévas­taient le pays.
L’impuissance des Caro­lin­giens à repous­ser ces enva­his­seurs hâta la dis­so­lu­tion géné­rale. Désor­mais, le peuple ces­sa de comp­ter sur le roi. Le pou­voir royal devint fic­tif. L’État est en faillite. Per­sonne ne lui obéit plus. On cherche pro­tec­tion où l’on peut. L’autorité publique s’est éva­nouie : c’est le chaos social et poli­tique. Plus de Fran­cie ni de France. Cent, mille auto­ri­tés locales, au hasard des cir­cons­tances, prennent le pou­voir. Le gou­ver­neur de pro­vince, le gou­ver­neur de can­ton, le duc, le comte, de moindres per­son­nages, s’établissent dans leurs charges, les lèguent à leurs enfants, se com­portent en vrais souverains.
Ce serait une erreur de croire que les popu­la­tions eussent été hos­tiles à ce mor­cel­le­ment de la sou­ve­rai­ne­té. Tout ce qu’elles deman­daient, c’étaient des défen­seurs. La féo­da­li­té nais­sait de l’anarchie et du besoin d’un gou­ver­ne­ment, comme aux temps de l’humanité pri­mi­tive. Repré­sen­tons-nous des hommes dont la vie était mena­cée tous les jours, qui fuyaient les ban­dits de toute espèce, dont les mai­sons étaient brû­lées et les terres rava­gées. Dès qu’un indi­vi­du puis­sant et vigou­reux s’offrait pour pro­té­ger les per­sonnes et les biens, on était trop heu­reux de se livrer à lui, jusqu’au ser­vage, pré­fé­rable à une exis­tence de bête traquée.
De quel prix était la liber­té quand la ruine et la mort mena­çaient à toute heure et par­tout ? Ain­si naquit une mul­ti­tude de monar­chies locales fon­dées sur un consen­te­ment don­né par la détresse. »

Jacques Bain­ville
His­toire de France, 1924

À propos de l'auteur

Jacques Pierre Bainville, né le 9 février 1879 à Vincennes et mort le 9 février 1936 à Paris, est un journaliste, historien et académicien français. Jacques Bainville étudia au lycée Henri-IV puis une année à la Faculté de droit de Paris. Grande figure du monarchisme nationaliste et de l'Action française, il exalta la politique de la monarchie française (Histoire de France, 1924) et s'inquiéta de la faiblesse de la démocratie face à la puissance allemande (La Troisième République, 1935). Il est élu le 25 mars 1935 membre de l'Académie française, en même temps qu'André Bellessort et Claude Farrère.
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Dès lors que l’affirmation identitaire est une réaction aux flux…

« Dès lors que l’affirmation iden­ti­taire est une réac­tion aux flux, à la mon­dia­li­sa­tion hors-sol, elle reste pri­son­nière des termes qu’elle com­bat, comme la contre-révo­lu­tion de la révo­lu­tion ou l’alter-mondialisme de la mon­dia­li­sa­tion. En tant que telle, elle s’inscrit jusqu’à un cer­tain point dans le dis­po­si­tif. Un posi­tion­ne­ment autre – un dépla­ce­ment, un vacille­ment ou un détour – per­mettent d’échapper à cette assi­gna­tion et de rede­ve­nir ce que l’on est. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

Dans la démocratie marchande, l’identité est une part de marché…

« Dans la démo­cra­tie mar­chande, l’identité est une part de mar­ché et de l’« offre poli­tique » par­mi d’autres, comme la sécu­ri­té ou la sou­ve­rai­ne­té, ni plus, ni moins. La lote­rie élec­to­rale n’est qu’un diver­tis­se­ment, un opium dont les effets, d’ailleurs, s’amenuisent. Ain­si la seule fonc­tion d’un par­ti aux pré­ten­tions révo­lu­tion­naires, en cas de crise grave, serait d’ordonner : « Il faut savoir ter­mi­ner une grève ». Les dés sont pipés ; il ne faut plus jouer mais vivre et penser. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

L’enracinement implique une dimension communautaire et organique…

« L’enra­ci­ne­ment implique une dimen­sion com­mu­nau­taire et orga­nique, mais, aus­si, la conscience d’un héri­tage à faire fruc­ti­fier, donc, la mémoire d’une dette à l’endroit de ceux qui nous ont pré­cé­dés : l’homme se pense lui-même comme un débi­teur, non un créan­cier, un homme de devoirs avant d’être un sujet de droits. »

Rémi Sou­lié
Raci­na­tion, édi­tions Pierre Guillaume de Roux, 2018

Un pays qui n’a plus de légendes…

« Un pays qui n’a plus de légendes, dit le poète, est condam­né à mou­rir de froid. C’est bien pos­sible. Mais un peuple qui n’aurait pas de mythes serait déjà mort. La fonc­tion de la classe par­ti­cu­lière de récits que sont les mythes est en effet d’exprimer dra­ma­ti­que­ment l’idéologie dont vit la socié­té, de main­te­nir devant sa conscience non seule­ment les valeurs qu’elle recon­naît et les idéaux qu’elle pour­suit de géné­ra­tion en géné­ra­tion, mais d’abord son être et sa struc­ture mêmes, les élé­ments, les liai­sons, les équi­libres, les ten­sions qui la consti­tuent, de jus­ti­fier enfin les règles et les pra­tiques tra­di­tion­nelles sans quoi tout en elle se disperserait. »

Georges Dumé­zil
Heur et mal­heur du guer­rier, Presses uni­ver­si­taires de France, 1969, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Champs, 1999

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