« Nous pour­sui­vions notre marche, tra­ver­sant des vil­lages vides aux cabanes noir­cies par l’âge avec des toits de chaume, feu­trés de mousse, pas­sant devant des tombes fraî­che­ment creu­sées, pas­sant devant le fan­to­ma­tique spec­tacle des cime­tières let­tons à l’a­ban­don avec leurs gigan­tesques croix de bois noires, dont les bras s’é­lèvent au-des­sus d’un rem­part de blocs de pierres bruts, tels de mys­té­rieux ossuaires, tels des lieux de sup­plices vides, aban­don­nés. Cadavres de che­vaux, car­rioles aban­don­nées, lam­beaux d’uni­formes, car­touches épar­pillées par terre jon­chaient le che­min et les champs, flan­qués de récoltes écra­sées et fou­lées aux pieds… »

Wal­ter Flex
Le pèle­rin entre deux mondes (Der Wan­de­rer zwi­schen bei­den Wel­ten), 1916, trad. Phi­lippe Marcq, édi­tions ACE, 2020