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Quand nous opposons au monde moderne le monde antique…

« Quand nous oppo­sons au monde moderne le monde antique, ou tra­di­tion­nel, cette oppo­si­tion est en même temps idéale. Le carac­tère de tem­po­ra­li­té et d’« his­to­ri­ci­té » ne cor­res­pond en effet, essen­tiel­le­ment, qu’à un seul de ces deux termes, tan­dis que l’autre, celui qui se rap­porte à l’ensemble des civi­li­sa­tions de type tra­di­tion­nel, se carac­té­rise par la sen­sa­tion de ce qui est au-delà du temps, c’est-à-dire par un contact avec la réa­li­té méta­phy­sique qui confère à l’expérience du temps une forme très dif­fé­rente, « mytho­lo­gique », faite de rythme et d’espace, plus que de temps chro­no­lo­gique. À titre de rési­dus dégé­né­res­cents, des traces de cette forme qua­li­ta­ti­ve­ment diverse de l’expérience du temps sub­sistent encore chez cer­taines popu­la­tions dites « pri­mi­tives ». Avoir per­du ce contact, s’être dis­sous dans le mirage d’un pur et simple flux, d’une pure et simple « fuite en avant », d’une ten­dance qui repousse tou­jours plus loin son but, d’un pro­ces­sus qui ne peut et ne veut plus s’apaiser en aucune pos­ses­sion, et qui se consume en tout et pour tout, en termes d’« his­toire » et de « deve­nir » — c’est là une des carac­té­ris­tiques fon­da­men­tales du monde moderne, la limite qui sépare deux époques, et donc, non seule­ment, du point de vue his­to­rique, mais aus­si, et sur­tout, en un sens idéal, mor­pho­lo­gique et méta­phy­sique. »

Julius Evo­la
Révolte contre le monde moderne (Rivol­ta contro il mon­do moder­no), 1934

À propos de l'auteur

Giulio Cesare Andrea Evola, plus connu sous le nom de Julius Evola, né à Rome le 19 mai 1898 et mort dans la même ville le 11 juin 1974, est un philosophe, « métaphysicien », poète et peintre italien. Fortement influencé dans sa jeunesse par le futurisme puis le dadaïsme, ainsi que par la lecture de Nietzsche et Guénon, il est l’auteur d’une œuvre à la fois inclassable et radicale. « Érudit de génie » pour Marguerite Yourcenar ou « triste et insensé personnage » pour Umberto Eco, Evola est le théoricien d'un élitisme antimoderne, cherchant à concilier l'action politique contre-révolutionnaire avec les doctrines traditionnelles et affirmant la nécessité d'une « restauration héroïque » de la civilisation traditionnelle. « Compagnon de route » du fascisme et inspirateur de la droite radicale d’après-guerre, il est notamment l’auteur de Révolte contre le monde moderne (1934), Les Hommes au milieu des ruines (1953), Métaphysique du sexe (1958) ou encore Chevaucher le tigre (1961).