« Ici plus qu’ailleurs peut-être se pose la ques­tion des fausses dif­fé­rences et des fausses res­sem­blances. La Renais­sance ita­lienne, cette pro­di­gieuse efflo­res­cence de génies pro­fon­dé­ment dif­fé­rents les uns des autres, n’a­vait d’autre doc­trine que l’i­mi­ta­tion : de la nature, des Anciens, des maîtres, des rivaux. C’est en accep­tant un modèle que ces artistes se diver­si­fiaient. Au contraire, en reje­tant l’i­dée de modèle, l’art moderne sombre sou­vent dans les sables mou­vants des modes et des influences. Si j’i­mite volon­tai­re­ment, de toutes mes dif­fé­rences, j’ob­tiens une œuvre ori­gi­nale : si je me laisse por­ter par mes pul­sions indi­vi­duelles, je débouche le plus sou­vent dans un maré­cage d’in­di­vi­dua­li­tés sem­blables où je m’en­lise irré­mis­si­ble­ment. »

Vla­di­mir Vol­koff
Le com­plexe de Pro­custe, édi­tions Jul­liard – L’Âge d’Homme, 1981