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On a beau ironiser sur le concept de patrie…

« On a beau iro­ni­ser sur le concept de patrie et conce­voir l’humanité sur le mode anar­chique et abs­trait comme com­po­sée uni­que­ment d’individus iso­lés aspi­rant à une seule liber­té per­son­nelle, il n’empêche que la patrie est une réa­li­té sociale concrète, intro­dui­sant l’homogénéité et le sens de la col­la­bo­ra­tion entre les hommes. Elle est même une des sources essen­tielles du dyna­misme col­lec­tif, de la sta­bi­li­té et de la conti­nui­té d’une uni­té poli­tique dans le temps. Sans elle, il n’y a ni puis­sance ni gran­deur ni gloire, mais non plus de soli­da­ri­té entre ceux qui vivent sur un même territoire.
[…] Dans la mesure où la patrie cesse d’être une réa­li­té vivante, la socié­té se délabre non pas comme le croient les uns au pro­fit de la liber­té de l’individu ni non plus comme le croient d’autres à celui de l’humanité ; une col­lec­ti­vi­té poli­tique qui n’est plus une patrie pour ses membres cesse d’être défen­due pour tom­ber plus ou moins rapi­de­ment sous la dépen­dance d’une autre uni­té politique.
Là où il n’y a pas de patrie, les mer­ce­naires ou l’étranger deviennent les maîtres. Sans doute devons-nous notre patrie au hasard de la nais­sance, mais il s’agit d’un hasard qui nous délivre d’autres. »

Julien Freund
Qu’est-ce que la poli­tique ?, Édi­tions du Seuil, 1967

À propos de l'auteur

Julien Freund, né à Henridorff en 1921 et mort à Colmar en 1993, est un philosophe, sociologue et résistant français. Son œuvre de sociologue et de théoricien du politique prolonge celle de Carl Schmitt. Dialectophone par ses origines alsaciennes, il a également été un médiateur entre les pensées allemande et française. Par ses traductions et ses travaux, il est considéré comme le principal introducteur de Max Weber en France. Il a publié un grand nombre d’articles dans les deux langues, et ses œuvres ont été traduites dans plus de vingt pays. Son appropriation des concepts de Carl Schmitt et son approche agonistique du politique l'ont rapproché de la revue Nouvelle École et du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE).
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Un pays qui n’a plus de légendes…

« Un pays qui n’a plus de légendes, dit le poète, est condam­né à mou­rir de froid. C’est bien pos­sible. Mais un peuple qui n’aurait pas de mythes serait déjà mort. La fonc­tion de la classe par­ti­cu­lière de récits que sont les mythes est en effet d’exprimer dra­ma­ti­que­ment l’idéologie dont vit la socié­té, de main­te­nir devant sa conscience non seule­ment les valeurs qu’elle recon­naît et les idéaux qu’elle pour­suit de géné­ra­tion en géné­ra­tion, mais d’abord son être et sa struc­ture mêmes, les élé­ments, les liai­sons, les équi­libres, les ten­sions qui la consti­tuent, de jus­ti­fier enfin les règles et les pra­tiques tra­di­tion­nelles sans quoi tout en elle se disperserait. »

Georges Dumé­zil
Heur et mal­heur du guer­rier, Presses uni­ver­si­taires de France, 1969, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Champs, 1999

On n’a rien donné tant qu’on n’a pas tout donné…

« On n’a rien don­né tant qu’on n’a pas tout don­né. À com­men­cer par soi-même : son corps, son esprit et sa joie. Pour cela, for­mons une pha­lange d’hommes inac­ces­sibles au décou­ra­ge­ment, fidèles et inso­lents, radi­caux et intel­li­gents, réa­listes et révo­lu­tion­naires. Don­nons tout et ne leur lais­sons rien ! »

Julien Lan­gel­la
Refaire un peuple. Pour un popu­lisme radi­cal, édi­tions La Nou­velle Libraire, 2021

Ris donc ennemi féroce…

« Ris donc enne­mi féroce !
Mais prend garde car tout trépasse !
Seule la gloire ne s’éteindra pas ;
Elle ne s’éteindra pas, et racontera
Ce qui est adve­nu en ce monde,
Qui avait rai­son et qui avait tort,
Et de qui nous sommes les fils. »

Taras Chevt­chen­ko
Kob­zar (Кобзар), 1840, trad. de l’ukrainien par D. Cla­ri­nard, J. Horets­ka, E. Mas­sis, S. Maillot et T. Sirot­chouk, édi­tions Bleu & Jaune, 2015

Inverser rapidement le processus des déconstructeurs…

« Si, aujourd’hui, il n’est guère envi­sa­geable d’inverser rapi­de­ment le pro­ces­sus des décons­truc­teurs, du moins est-il pos­sible de faire ce salu­taire pas de côté, vers un ailleurs où trans­cen­der nos héri­tages. »

Anne-Laure Blanc
Pour un renou­veau artis­tique : l’exigence de la beau­té in Pour un réveil euro­péen, édi­tions La Nou­velle Librai­rie, coll. Iliade, 2020

Une nation n’est saine…

« Une nation n’est saine que si cha­cun s’y regarde comme un homme, non regar­dant der­rière soi, ni pre­nant le vent, ni ron­gé de peur, ni jaune d’ambition, non ten­dant la bouche à la gour­mette de quelque tra­hi­son, mais fidèle à sa parole d’homme, à l’enga­ge­ment avec lequel il est entré dans la vie, à la pro­messe faite non seule­ment à celui qui guide et dans lequel on le recon­naît, mais à tra­vers lui à tous les cama­rades de tra­vail et de combat. »

Mau­rice Bardèche
Qu’est-ce que le fas­cisme ?, édi­tions Les Sept Cou­leurs, 1961, édi­tions Kontre Kul­ture, 2019

Ça y est, c’est le bonheur…

« Ça y est, c’est le bon­heur, hein ? Il y a du sau­cis­son et des bananes. On se vautre dans la merde et on ne bouffe que de la nour­ri­ture impor­tée. Au lieu d’une Patrie, on a un immense super­mar­ché. »

Svet­la­na Aleksievitch
La fin de l’homme rouge ou le temps du désen­chan­te­ment (Время секонд хэнд (Конец красного человека), trad. Sophie Benech, édi­tions Actes Sud, 2013

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