« Et je ne regrette pas d’avoir pro­po­sé ailleurs, comme une des défi­ni­tions pos­sibles de la culture, « la claire conscience de la pré­cio­si­té du temps ». L’homme culti­vé n’a jamais trop de temps, il n’en a même jamais assez pour tout ce qu’il y a lire, à voir, à entendre, à connaître, à apprendre, à com­prendre et à aimer. L’intelligible, par son énor­mi­té, est incom­men­su­rable à son intel­li­gence. L’existant, par son immen­si­té, est sans rap­port de pro­por­tions avec sa soif de connais­sance et les pos­si­bi­li­tés de sa mémoire. L’aimable, par son infi­ni­tude, outre­passe de toute part son amour. À tout moment il doit faire des choix, c’est-à-dire renon­cer à des che­mins, à des livres, à des études et à des dis­trac­tions. Et ce qu’il est, autant que par ce qu’il lit, par ce qu’il entend et par ce qu’il étu­die, il l’est par ce qu’il ne lit pas, ce qu’il ne fré­quente pas, ce à quoi il refuse de perdre son temps, ce temps que la culture rend précieux. »

Renaud Camus
La grande décul­tu­ra­tion, édi­tions Fayard, 2008