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François-Xavier Bellamy

François-Xavier Bellamy, né le 11 octobre 1985 à Paris, est un professeur agrégé de philosophie, essayiste et homme politique français. Adjoint au maire de Versailles de 2008 à 2019, il conduit aux élections européennes de 2019 en France la liste des Républicains (LR), qui arrive en quatrième position. Il siège depuis au Parlement européen.

Découvrez 16 citations de François-Xavier Bellamy

Notre optimisme est un nihilisme…

« Notre opti­misme est un nihi­lisme : il décrète que ce monde ne vaut rien, puisque tout autre monde sera meilleur. Il n’y a pas d’hé­si­ta­tion à avoir, d’in­cer­ti­tude pos­sible sur le sens de l’his­toire : il faut choi­sir le chan­ge­ment par par­ti pris, parce qu’il va arri­ver et parce qu’il doit arri­ver. Une telle pers­pec­tive refuse de consi­dé­rer que nous ayons des biens qu’il fau­drait prendre en compte dans un choix, un dis­cer­ne­ment à mener ; c’est donc sup­po­ser que nous n’a­vons rien à perdre — c’est sup­po­ser que nous n’a­vons rien du tout, en réa­li­té. C’est rame­ner tout l’être au néant, en ne don­nant de cré­dit qu’à ce qui n’est pas encore. »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Demeure. Pour échap­per à l’ère du mou­ve­ment per­pé­tuel, Édi­tions Gras­set, 2018

Affirmer que ce qui existe doit exister…

« Affir­mer que ce qui existe doit exis­ter, c’est évi­dem­ment une erreur de rai­son­ne­ment ; mais le contraire d’une erreur n’est pas for­cé­ment une véri­té : et en l’oc­cur­rence, affir­mer de manière oppo­sée que ce qui existe doit être rem­pla­cé, que l’in­no­va­tion est for­cé­ment un bien — regar­der l’his­toire comme étant for­cé­ment l’oc­ca­sion d’un pro­grès, c’est aus­si une erreur de rai­son­ne­ment, non moins absurde, et non moins dangereuse. »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Demeure. Pour échap­per à l’ère du mou­ve­ment per­pé­tuel, Édi­tions Gras­set, 2018

La modernité est l’univers…

« La moder­ni­té est l’u­ni­vers dans lequel le mou­ve­ment prend toute la place, à la fois comme un fait et comme une norme. Le mou­ve­ment est tout ce qui est, et tout ce qui doit être. Mal­heur à celui qui n’est pas assez mobile, pas assez souple et adap­table, pour se cou­ler dans le flux : il consti­tue une objec­tion vivante à ce monde nou­veau, à ce monde du nou­veau, qui ne lui par­don­ne­ra pas de res­ter comme un fos­sile encom­brant au milieu de l’in­no­va­tion triom­phante. La moder­ni­té se carac­té­rise par une immense colère contre ce qui ne se met pas à son rythme. »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Demeure. Pour échap­per à l’ère du mou­ve­ment per­pé­tuel, Édi­tions Gras­set, 2018

Notre refus de la transmission…

« Notre refus de la trans­mis­sion a engen­dré ce qui res­semble par­fois à une socié­té d’en­fants sau­vages. Déve­lop­pe­ment des inci­vi­li­tés, dis­ten­sion de tous les liens, consu­mé­risme irres­pon­sable, dif­fi­cul­tés quo­ti­diennes dans la vie en col­lec­ti­vi­té, échec de l’in­ser­tion sociale et de l’en­ga­ge­ment citoyen, rup­ture du dia­logue entre les géné­ra­tions, explo­sion de la délin­quance… Par­tout, nous voyons l’homme dégra­dé, inso­ciable, gros­sier” — par­tout, nous voyons l’homme inhu­main. Au cœur de nos pays déve­lop­pés”, nous avons le sen­ti­ment de voir resur­gir la bar­ba­rie. Et nous n’ar­ri­vons pas à nous l’expliquer. »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Les Déshé­ri­tés ou l’urgence de trans­mettre, édi­tions Plon, 2014

Bien sûr, certains facteurs contribuent au malaise…

« Bien sûr, cer­tains fac­teurs contri­buent au malaise gran­dis­sant qui tra­verse notre socié­té ; mais ni les ten­sions éco­no­miques, ni le dis­cré­dit poli­tique, ni les dif­fi­cul­tés d’intégration n’expliquent à eux seuls cet « ensau­va­ge­ment » lar­ge­ment consta­té et décrit. Nous ne voyons pas qu’il pro­vient essen­tiel­le­ment d’une rup­ture de la trans­mis­sion, d’un aban­don de notre propre civi­li­sa­tion — dont tous les symp­tômes de la crise ne sont que des consé­quences, proches ou loin­taines. Nous ne vou­lons pas voir que l’enjeu est d’abord cultu­rel. Comme si une géné­ra­tion qui s’est inter­dit de trans­mettre ne par­ve­nait pas à com­prendre que, en refu­sant de faire des héri­tiers, en pri­vant ses enfants de la culture qu’elle avait reçue, elle pre­nait le risque de les déshé­ri­ter d’eux-mêmes — de les déshé­ri­ter de leur propre huma­ni­té. Nous nous sommes pas­sion­nés pour le doute car­té­sien et l’universelle cor­ro­sion de l’esprit cri­tique, deve­nus des fins en eux-mêmes ; nous avons pré­fé­ré, avec Rous­seau, renon­cer à notre posi­tion d’adultes pour ne pas entra­ver la liber­té des enfants ; nous avons repro­ché à la culture d’être dis­cri­mi­na­toire, comme Bour­dieu, et nous avons contes­té la dis­ci­pline qu’elle repré­sen­tait. Et nous avons fait naître, comme il aurait fal­lu le pré­voir, « des sau­vages faits pour habi­ter dans les villes ». »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Les Déshé­ri­tés ou l’urgence de trans­mettre, édi­tions Plon, 2014

Cette crise de la culture n’est pas le résultat…

« Cette crise de la culture n’est pas le résul­tat d’un pro­blème de moyens, de finan­ce­ment ou de ges­tion ; c’est un bou­le­ver­se­ment inté­rieur. Il s’est pro­duit, dans nos socié­tés occi­den­tales, un phé­no­mène unique, une rup­ture inédite : une géné­ra­tion s’est refu­sée à trans­mettre à la sui­vante ce qu’elle avait à lui don­ner, l’ensemble du savoir, des repères, de l’expérience humaine immé­mo­riale qui consti­tuait son héri­tage. Il y a là une ligne de conduite déli­bé­rée, jusqu’à l’explicite : j’étais loin d’imaginer, en com­men­çant à ensei­gner, l’impératif essen­tiel qui allait struc­tu­rer ma for­ma­tion de jeune pro­fes­seur. « Vous n’avez rien à trans­mettre » : ces mots, pro­non­cés à plu­sieurs reprises par un ins­pec­teur géné­ral qui nous accueillait dans le métier le jour de notre pre­mière ren­trée, avaient quelque chose de si éton­nant qu’ils ont pro­fon­dé­ment mar­qué ma mémoire. « Vous n’avez rien à trans­mettre. » La culture est pro­pre­ment ce qui se trans­met. Ne plus faire subir à nos suc­ces­seurs ce far­deau péri­mé que le pas­sé jet­te­rait sur leur liber­té nou­velle, voi­là le pro­jet qui nous est proposé.
Désor­mais, il faut faire en sorte que chaque enfant puisse, pour créer un che­min per­son­nel, pro­duire son propre savoir. Écar­tés, le « cours magis­tral » et le « par cœur » ; refu­sée, l’idée qu’une concep­tion du monde pour­rait être trans­mise aux enfants par leurs parents. Nous avons per­du le sens de la culture. Elle est pour nous, au mieux, un luxe inutile ; au pire, un bagage encom­brant. Bien sûr, nous conti­nuons de visi­ter les musées, d’aller au ciné­ma, d’écouter de la musique ; et en ce sens, nous n’avons pas consciem­ment reje­té loin de nous la culture. Mais elle ne nous inté­resse plus que sous la forme d’une dis­trac­tion super­fi­cielle, d’un plai­sir intel­li­gent ou d’un agré­ment décoratif. »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Les Déshé­ri­tés ou l’urgence de trans­mettre, édi­tions Plon, 2014

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