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Un peuple, une société ne sauraient vivre sans un territoire…

« Pour­tant un peuple, une socié­té ne sau­raient vivre sans un ter­ri­toire pour eux sacré. Nous avons besoin, nous les humains, de lieux d’appartenance, de familles, de patries, et tant pis si c’était un slo­gan de Pétain. Nous avons besoin de nous iden­ti­fier à des ter­ri­toires où naissent nos langues et où gisent nos morts, où gran­dissent des enfants qui nous res­semblent et où dorment tout vivants les sou­ve­nirs de notre exis­tence pas­sée. Nous ne sommes pas des êtres de nulle part, de purs cos­mo­po­lites, d’absolus citoyens du monde, comme la vul­gate bran­chée vou­drait nous le faire croire. À moins de deve­nir fous, il nous faut des ancrages, car ce sont eux qui nous iden­ti­fient et nous per­mettent de vivre une vie com­plète. La patrie est l’un de ces ancrages, qui ne peut être sup­pri­mé au pro­fit d’une vani­teuse citoyen­ne­té du monde […]. »

Chan­tal Delsol
14 juillet 2014, l’étrange fête natio­nale, Le Figa­ro, 14 juillet 2014

À propos de l'auteur

Chantal Delsol est née à Paris le 16 avril 1947. Élève et disciple de Julien Freund, elle prépare avec lui sa thèse d’État ès-Lettres en philosophie. Professeur d’Université, membre de l’Institut de France (Académie des Sciences morales et politiques) depuis 2007, elle est aussi éditorialiste au Figaro et à Valeurs actuelles. Fondatrice de l’Institut Hanna Harendt, elle est l'auteur de très nombreux essais politiques et historiques, dont Essai sur le pouvoir occidental : démocratie et despotisme dans l'Antiquité (PUF, 1985), La Politique dénaturée (PUF, 1986), Les idées politiques au XXe siècle (PUF, 1991), L'identité de l'Europe (avec Jean-François Mattéi, PUF, 2010), La haine du monde : totalitarismes et postmodernité (Éditions du Cerf, 2016) et Le crépuscule de l’universel (Éditions du Cerf, 2020).
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J’ai gardé les pieds sur ma propre Terre maternelle…

« J’ai construit, je le crois, une époque ima­gi­naire, mais quant au lieu j’ai gar­dé les pieds sur ma propre Terre mater­nelle. Je pré­fère cela à la mode moderne qui consiste à recher­cher des pla­nètes loin­taines dans « l’espace ». Quoique curieuses, elles nous sont étran­gères, et l’on ne peut les aimer avec l’amour de ceux dont nous par­ta­geons le sang. La Terre du Milieu n’est pas (à pro­pos et si une telle note est néces­saire) de ma propre inven­tion. C’est une moder­ni­sa­tion, ou une alté­ra­tion d’un terme ancien dési­gnant le monde habi­té par les Hommes, oikou­menē : milieu parce qu’elle est vague­ment figu­rée comme pla­cée entre les Mers encer­clantes et (dans l’imagination du Nord) entre la glace au Nord et le feu au Sud. Vieil anglais mid­dan-geard, moyen anglais mid­den-erd, middle-erd. De nom­breux cri­tiques semblent croire que la Terre du Milieu est une autre planète ! »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°211, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Il n’avait aucune histoire propre…

« Par ailleurs, et j’espère ici ne pas paraître absurde, j’ai très tôt été attris­té par la pau­vre­té de mon propre pays bien aimé : il n’avait aucune his­toire propre (étroi­te­ment liée à sa langue et à son sol), en tout cas pas de la nature que je recher­chais et trou­vais (comme ingré­dient) dans les légendes d’autres contrées. Il y avait les grecques, les celtes, et les romanes, les ger­ma­niques, les scan­di­naves et les fin­noises (qui m’ont for­te­ment mar­qué), mais rien d’anglais… »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°131, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Le sans-couronne redeviendra roi…

« Tout ce qui est or ne brille pas,
Ne sont pas per­dus tous ceux qui vagabondent ;
Ce qui est vieux mais fort ne se flé­trit pas,
Le gel n’atteint pas les racines profondes.
Des cendres, un feu sera attisé,
Une lueur des ombres surgira ;
Refor­gée sera l’épée qui fut brisée :
Le sans-cou­ronne rede­vien­dra roi. »

John Ronald Reuel Tolkien
La Fra­ter­ni­té de l’Anneau (1954), trad. Daniel Lau­zon, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2014, Livre I, chap. 10.

Les philosophes grecs n’approuvaient pas la démocratie…

« L’autre jour à la Chambre, M. Eden a expri­mé sa dou­leur face aux évé­ne­ments en Grèce, la patrie de la démo­cra­tie”. Est-il igno­rant ou de mau­vaise foi ? δημοχρατία n’était pas, en grec, un terme posi­tif, mais presque l’équivalent de loi de rue” ; et il a omis de signa­ler que les phi­lo­sophes grecs (et la Grèce est bien davan­tage la patrie de la phi­lo­so­phie) n’approuvaient pas la démo­cra­tie. Et les grands États grecs, en par­ti­cu­lier Athènes à l’époque de son apo­gée artis­tique et poli­tique, étaient plu­tôt des dic­ta­tures, si elles n’étaient pas des monar­chies mili­taires comme Sparte ! Et la Grèce moderne a aus­si peu de rap­port avec l’ancienne Hel­lade que nous en avons, nous, avec la Bre­tagne d’avant Julius Agricola. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°94, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

J’ai un amour particulier pour la langue latine…

« Auden a affir­mé que pour moi, le nord est une direc­tion sacrée”. Cela n’est pas vrai. Le nord-ouest de l’Europe, où je vis (tout comme la plu­part de mes ancêtres), a mon affec­tion, comme le mérite le foyer de tout homme. J’aime son atmo­sphère et en sais plus sur son his­toire et ses langues que sur celles d’autres régions ; mais ce n’est pas sacré”, ni n’épuise toute mon affec­tion. J’ai par exemple un amour par­ti­cu­lier pour la langue latine, et par­mi ses des­cen­dants, pour l’espagnol. Ces pro­pos ne sont pas vrais de mon his­toire, comme une simple lec­ture des synop­sis le mon­te­rait. Le Nord fut le siège de la place fort du Diable. Le fil du récit débouche sur ce qui res­semble à la réins­tau­ra­tion d’un véri­table Saint Empire Romain dont la capi­tale serait Rome, bien plus qu’à tout ce que pour­rait conce­voir un Nor­dique”. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°294, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

On relâche la surveillance du Mordor…

« Au sud, le Gon­dor connaît l’apogée de son pou­voir, presque à l’image de Núme­nor, puis se fane len­te­ment en un Moyen Âge déca­dent, sorte de Byzance fière, véné­rable, mais pro­gres­si­ve­ment impuis­sante. On relâche la sur­veillance du Mor­dor. La pres­sion des Orien­taux et des Sude­rons s’accroît. »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n°131, édi­té par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Un cycle idéologique s’achève…

« Un cycle idéo­lo­gique s’a­chève. La capa­ci­té de mobi­li­sa­tion d’i­dées popu­la­ri­sées il y a plus de trente ans, et chères aux hommes au pou­voir qui y ont été for­més, est en crise. En témoigne la mon­tée de peurs. Sur fond de fin du monde (que les col­lap­so­logues ou éco­lo­gistes durs nous pro­mettent pour dans trente ans si nous ne nous repen­tons pas et ne nous cor­ri­geons pas), s’af­frontent ceux qui craignent la fin de leur monde, indi­vi­dua­liste, ouvert et cool et ceux qu’ob­sède leur propre dis­pa­ri­tion comme nation, comme civi­li­sa­tion ou comme peuple. »

Fran­çois-Ber­nard Huyghe
L’art de la guerre idéo­lo­gique, édi­tions du Cerf, 2019

La grande peur politique…

« L’in­com­pré­hen­sion dont font preuve les adver­saires est incom­pré­hen­sible. Ce doit être un ana­chro­nisme, une aller­gie à la véri­té, l’an­ti-pen­sée ou l’an­ti-moder­ni­té, une pure néga­ti­vi­té. Tout fonc­tionne donc sur le prin­cipe de la dys­to­pie : ima­gi­ner ce qui se pro­dui­rait demain si nous ne savions réagir main­te­nant. La grande peur poli­tique ou grande peur cli­ma­tique, sont deve­nues les der­nières pas­sions admis­sibles de ceux qui ne veulent être jugés que sur des enne­mis et des périls. »

Fran­çois-Ber­nard Huyghe
L’art de la guerre idéo­lo­gique, édi­tions du Cerf, 2019

Influence : Stratégie indirecte visant à obtenir…

« Influence : Stra­té­gie indi­recte visant à obte­nir d’autrui un assen­ti­ment ou un com­por­te­ment, soit par le pres­tige de son image, soit par une forme quel­conque de per­sua­sion ou de for­ma­tage” des cri­tères de juge­ment, soit, enfin, par la média­tion d’alliés ou de réseau. »

Fran­çois-Ber­nard Huyghe
Maîtres du faire croire, de la pro­pa­gande à l’influence, édi­tions Vui­bert, coll. Com­prendre les médias, 2008

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