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Yukio Mishima

Yukio Mishima (nom de plume de Kimitake Hiraoka) est un écrivain japonais, né le 14 janvier 1925, et qui s'est suicidé par seppuku le 25 novembre 1970. Mishima écrit sa première histoire à douze ans. Il lit avec voracité les œuvres d'Oscar Wilde, Rainer Maria Rilke et les classiques japonais. Il va à l'école d'élite de Gakushūin à l'insistance de sa grand-mère. On peut citer ses romans Amours interdites (1951), paru l'année de son premier voyage en Occident, Le Tumulte des flots (1954), Le Pavillon d'or (1956) ou Après le banquet (1960). Il écrit également des récits populaires pour s’assurer le confort matériel, des pièces de théâtre kabuki pour la compagnie théâtrale le Bungaku-za ainsi que des recueils de nouvelles et des essais littéraires. Il obtient une renommée internationale, notamment en Europe et aux États-Unis. Il voyage beaucoup et est pressenti trois fois pour le prix Nobel de littérature. Il rédige de 1965 jusqu'à sa mort en 1970 l'œuvre qu’il considère comme sa plus importante, un cycle de quatre romans intitulé La Mer de la fertilité (Neige de printemps, Chevaux échappés, Le Temple de l'aube, L'Ange en décomposition). Dans les années 1960, il exprime des idées fortement nationalistes. En 1967, il s’engage dans les Forces japonaises d'autodéfense, puis forme la milice privée Tatenokai (« société du bouclier ») destinée à assurer la protection de l’empereur. À la fin de sa vie, il joue dans plusieurs films et coréalise une adaptation de sa nouvelle Patriotisme.

Source : wiki­pe­dia

Découvrez 35 citations d’Yukio Mishima

Il y avait dans son application quelque chose de somptueux et de théâtral…

« Devant le grand miroir de la pièce à quatre nattes et demie elle se regar­da. Les taches de sang for­maient, sur la moi­tié infé­rieure de son kimo­no blanc, un des­sin har­di et violent. Lorsqu’elle s’assit devant le miroir elle sen­tit sur ses cuisses quelque chose de froid et d’humide ; c’était le sang de son mari. Elle fris­son­na. Puis elle prit à loi­sir le temps de s’apprêter. (…) Ce n’était plus se maquiller pour plaire à son mari. C’était se maquiller pour le monde qu’elle allait lais­ser der­rière elle ; il y avait dans son appli­ca­tion quelque chose de somp­tueux et de théâ­tral. Lorsqu’elle se leva, la natte devant le miroir était trem­pée de sang. Elle n’allait pas s’en soucier. »

Yukio Mishi­ma
Patrio­tisme, 1961, in La mort en été, trad. Geof­frey W. Sargent puis Domi­nique Aury, édi­tions Gal­li­mard 1983, coll. Folio, 1988

Se dresser pour combattre sans rien d’autre que le sabre…

« Se dres­ser pour com­battre sans rien d’autre que le sabre, accep­ter jusqu’au risque d’une défaite écla­tante – c’était là l’unique moyen qu’avaient de s’exprimer les aspi­ra­tions fer­ventes de chaque membre de la Socié­té. C’était l’essence même du vaillant esprit de Yamato. »

Yukio Mishi­ma
Che­vaux échap­pés, 1969, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard 1980, coll. Quar­to, 2004

La douleur irradiait le ventre entier…

« Len­te­ment, des pro­fon­deurs internes, la dou­leur irra­diait le ventre entier. Des cloches en folie son­naient, mille cloches ensemble à chaque souffle, à chaque bat­te­ment du pouls, ébran­lant tout son être. Le lieu­te­nant ne pou­vait plus s’empêcher de gémir. Mais la lame était arri­vée à l’aplomb du nom­bril et, lorsqu’il le consta­ta, il fut content et reprit cou­rage.
Le volume de sang répan­du avait régu­liè­re­ment aug­men­té et com­men­çait à jaillir de la bles­sure au rythme même du pouls. La natte devant le lieu­te­nant était trem­pée de rouge pas les écla­bous­sures du sang qui conti­nuait à s’écouler des flaques que rete­nait de ses plis le pan­ta­lon d’uniforme. Une goutte unique s’envola comme un oiseau jusqu’à Rei­ko pour se poser sur ses genoux et tacher sa robe blanche. »

Yukio Mishi­ma
Patrio­tisme, 1961, in La mort en été, trad. Geof­frey W. Sargent puis Domi­nique Aury, édi­tions Gal­li­mard 1983, coll. Folio, 1988

Elle aussi, Reiko, considérait passionnément son mari…

« Elle aus­si, Rei­ko, consi­dé­rait pas­sion­né­ment son mari, qui si vite allait mou­rir, et se disait qu’elle n’avait jamais vu rien au monde d’aussi beau. Le lieu­te­nant avait tou­jours bien por­té l’uniforme, mais aujourd’hui, regar­dant la mort en face, les sour­cils droits et les lèvres bien ser­rées, il offrait peut-être le plus superbe exemple pos­sible de beau­té masculine. »

Yukio Mishi­ma
Patrio­tisme, 1961, in La mort en été, trad. Geof­frey W. Sargent puis Domi­nique Aury, édi­tions Gal­li­mard 1983, coll. Folio, 1988

Le seppuku, se dit-il, est-ce cela ?

« Le sep­pu­ku, se dit-il, est-ce cela ? On aurait dit le chaos abso­lu, comme si le ciel lui était tom­bé sur la tête, comme si l’univers, ivre, titu­bait. Sa volon­té et son cou­rage, qui avaient sem­blé si fermes avant qu’il ne fît l’entaille, s’étaient réduits à l’épaisseur d’un seul fil d’acier aus­si fin qu’un che­veu, et il éprou­va comme un affreux malaise le soup­çon qu’il lui fal­lait avan­cer le long de ce fil et s’y atta­cher déses­pé­ré­ment. Son poing cris­pé était tout humide. Il bais­sa les yeux. Il vit que sa main et l’étoffe qui enve­lop­pait sa lame étaient trem­pées de sang. Son pagne aus­si était pro­fon­dé­ment teint de rouge. »

Yukio Mishi­ma
Patrio­tisme, 1961, in La mort en été, trad. Geof­frey W. Sargent puis Domi­nique Aury, édi­tions Gal­li­mard 1983, coll. Folio, 1988

Ce qu’il allait accomplir appartenait à sa vie publique, à sa vie de soldat…

« Ce qu’il allait accom­plir appar­te­nait à sa vie publique, à sa vie de sol­dat dont sa femme n’avait jamais été témoin. Cet acte exi­geait autant de volon­té que se battre exige de cou­rage ; c’était une mort dont la digni­té et la qua­li­té n’étaient pas moindre que celles de la mort en pre­mière ligne. Ce dont il allait main­te­nant faire montre, c’était de sa conduite sur le champ de bataille. »

Yukio Mishi­ma
Patrio­tisme, 1961, in La mort en été, trad. Geof­frey W. Sargent puis Domi­nique Aury, édi­tions Gal­li­mard 1983, coll. Folio, 1988

Il mourait sur un champ de bataille sans gloire…

« Tout autour de lui, dans l’immensité et le désordre, s’étendait le pays pour lequel il souf­frait. Il allait lui don­ner sa vie. Mais ce grand pays, qu’il était prêt à contes­ter au point de se détruire lui-même, ferait-il seule­ment atten­tion à sa mort ? Il n’en savait rien ; et tant pis. Il mou­rait sur un champ de bataille sans gloire, un champ de bataille où ne pou­vait s’accomplir aucun fait d’armes : le lieu d’un com­bat spirituel. »

Yukio Mishi­ma
Patrio­tisme, 1961, in La mort en été, trad. Geof­frey W. Sargent puis Domi­nique Aury, édi­tions Gal­li­mard 1983, coll. Folio, 1988

Car il n’est rien qui puisse me satisfaire…

« Car il n’est rien qui puisse me satisfaire ;
La nou­veau­té, sur terre, est si tôt défraîchie ;
Je me sens aspi­ré sans cesse vers le haut, plus détaché,
Proche de plus en plus de la splen­deur solaire. »

Yukio Mishi­ma
Poème Icare in Le soleil et l’acier, 1968, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard, coll. Du monde entier, 1973, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1993

Le sang s’écoule, l’existence est détruite…

« Le sang s’écoule, l’existence est détruite et les sens anéan­tis accré­ditent pour la pre­mière fois l’existence conçue comme un tout, com­blant l’espace logique entre voir et exis­ter… C’est cela, la mort.
Voi­là com­ment j’appris que l’heureux sen­ti­ment d’exister éprou­vé un moment au cou­cher du soleil dans une vie de sol­dat ne pou­vait être fina­le­ment accré­di­té que par la mort. »

Yukio Mishi­ma
Le soleil et l’a­cier, 1968, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard, coll. Du monde entier, 1973, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1993

S’il était vrai que mon moi fût ma demeure…

« S’il était vrai que mon moi fût ma demeure, mon corps figu­rait en ce cas un ver­ger à l’entour. Il m’était loi­sible soit de culti­ver à plein ce ver­ger, soit de le lais­ser enva­hir par la mau­vaise herbe. Libre à moi de choi­sir, mais cette liber­té n’allait pas de soi autant qu’on pour­rait le croire. Bien des gens, à la véri­té, vont jusqu’à bap­ti­ser des­ti­née” les ver­gers de leur demeure.
Un beau jour, il me vint à l’esprit de culti­ver mon ver­ger de toutes mes forces. À cette fin, j’utilisai le soleil et l’acier. »

Yukio Mishi­ma
Le soleil et l’a­cier, 1968, trad. Tan­guy Kenec’hdu, édi­tions Gal­li­mard, coll. Du monde entier, 1973, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1993

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