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Les législateurs doivent être de leur pays et de leur temps…

« On a sou­vent cité les plai­san­te­ries que fai­sait, en 1796, Joseph de Maistre à pro­pos des tra­vaux de nos assem­blées consti­tuantes ; elles avaient vou­lu faire des lois pour l’homme. Or, disait-il, il n’y a point d’homme dans le monde. J’ai vu des Fran­çais, des Ita­liens, des Russes, etc. ; mais quant à l’homme, je déclare ne l’a­voir ren­con­tré de ma vie ; s’il existe, c’est bien à mon insu… Une consti­tu­tion qui est faite pour toutes les nations, n’est faite pour aucune : c’est une pure abs­trac­tion, une œuvre sco­las­tique faite pour exer­cer l’es­prit d’a­près une hypo­thèse idéale et qu’il faut adres­ser à l’homme, dans les espaces ima­gi­naires où il habite. Qu’est-ce qu’une consti­tu­tion ? N’est-ce pas la, solu­tion du pro­blème sui­vant ? Étant don­nées la popu­la­tion, la reli­gion, la situa­tion géo­gra­phique, les rela­tions poli­tiques, les richesses, les bonnes et les mau­vaises qua­li­tés de chaque nation, trou­ver les lois qui lui conviennent ?”.
Les for­mules du trop spi­ri­tuel écri­vain reviennent à dire que les légis­la­teurs doivent être de leur pays et de leur temps ; il ne semble pas d’ailleurs que les hommes de la Révo­lu­tion aient oublié cette véri­té autant que le dit Joseph de Maistre ; on a sou­vent remar­qué que dans les cas mêmes où ils affi­chaient la pré­ten­tion de rai­son­ner sur l’homme anhis­to­rique, ils avaient, d’or­di­naire, tra­vaillé à satis­faire les besoins, les aspi­ra­tions ou les ran­cunes des classes moyennes contem­po­raines ; tant de règles rela­tives au droit civil ou à l’ad­mi­nis­tra­tion n’au­raient pas sur­vé­cu à la Révo­lu­tion si leurs auteurs eussent tou­jours navi­gué dans des espaces ima­gi­naires, à la recherche de l’homme abso­lu. »

Georges Sorel
Réflexions sur la vio­lence, 1908, édi­tions du Tri­dent, 1987

À propos de l'auteur

Georges Eugène Sorel, né à Cherbourg le 2 novembre 1847 et mort à Boulogne-sur-Seine le 29 août 1922, est un philosophe et sociologue français, connu pour sa théorie du syndicalisme révolutionnaire. Il peut être considéré comme un des principaux introducteurs du marxisme en France. Sa pensée a exercé une très grande influence sur des penseurs et des hommes politiques aussi bien du marxisme que du fascisme, Benito Mussolini ayant même reconnu que Georges Sorel avait été sa « principale source d'inspiration » et notamment son principal ouvrage : Réflexions sur la violence (1908).
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L’histoire est un drame…

« L’his­toire est un drame, chaque géné­ra­tion a son drame. Il y a des drames qui se ter­minent bien, d’autres qui se ter­minent très mal. Nous en savons quelque chose en ce siècle. Ce que nous pou­vons faire, c’est d’o­rien­ter les nations euro­péennes selon la réa­li­té et selon leur voca­tion. Si nous sommes sub­mer­gés par l’a­mé­ri­ca­ni­sa­tion, c’est que nous n’au­rons pas été assez intel­li­gents ni sub­tils pour assu­rer la suture entre pas­sé et avenir. »

Marc Fuma­ro­li
Notre art de vivre est né du mariage des lettres et de l’é­pée, entre­tien. Pro­pos recueillis par Patrick Jan­sen, Enquête sur l’his­toire n°24, décembre 1997 – jan­vier 1998

On ne dira jamais assez ce que la littérature, les arts…

« On ne dira jamais assez ce que la lit­té­ra­ture, les arts, le savoir ont dû à l’hos­pi­ta­li­té des grands sei­gneurs fran­çais et à l’exemple qu’ils ont don­né à l’Eu­rope. On ne dira jamais assez non plus ce qu’ils ont appris aux écri­vains, leur sens du style. Eux-mêmes ont été sou­vent des écri­vains supé­rieurs. La Roche­fou­cauld, Saint-Simon, le prince de Ligne, la mar­quise du Def­fand. Cela com­pense peut-être leur naï­ve­té politique. »

Marc Fuma­ro­li
Notre art de vivre est né du mariage des lettres et de l’é­pée, entre­tien. Pro­pos recueillis par Patrick Jan­sen, Enquête sur l’his­toire n°24, décembre 1997 – jan­vier 1998

On a beau dire qu’Internet est une interactivité mondiale…

« On a beau dire qu’Inter­net est une inter­ac­ti­vi­té mon­diale : il lui man­que­ra tou­jours ce qui fait le propre de la conver­sa­tion, comme d’ailleurs du théâtre : la pré­sence vivante, char­nelle, émo­tion­nelle d’un inter­lo­cu­teur avec lequel on se sent enga­gé dans un espace qui n’a rien de vir­tuel. »

Marc Fuma­ro­li
Notre art de vivre est né du mariage des lettres et de l’é­pée, entre­tien. Pro­pos recueillis par Patrick Jan­sen, Enquête sur l’his­toire n°24, décembre 1997 – jan­vier 1998

Il faut faire ses preuves devant soi-même…

« Il faut faire ses preuves devant soi-même, pour démon­trer que l’on est né pour l’indépendance et le com­man­de­ment, il faut les faire au bon moment. »

Frie­drich Nietzsche
Par delà le bien et le mal – Pré­lude d’une phi­lo­so­phie de l’avenir (Jen­seits von Gut und Böse – Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886, trad. Hen­ri Albert, Mer­cure de France, 1913

Le simple jeu de l’imagination, cette faculté que nous avons de créer…

« Le simple jeu de l’i­ma­gi­na­tion, cette facul­té que nous avons de créer, par des mots, un monde irréel, et de l’im­po­ser, ne serait-ce que fugi­ti­ve­ment, à l’es­prit d’au­trui, c’est une sorte de sport, aus­si satis­fai­sant, à sa manière, que celui qui consiste à feindre une petite guerre entre deux équipes dont cha­cune s’ef­force de reje­ter, dans le camp adverse, un bal­lon ovale ou un bal­lon rond. »

Pierre Gri­pa­ri
Cri­tique et auto­cri­tique, édi­tions L’Âge d’Homme, 1981

L’Europe, la vraie, ne se fera pas sans les peuples slaves…

« À côté des âne­ries du réa­lisme socia­liste” s’est déve­lop­pé, dans des cir­cons­tances dra­ma­tiques, un under­ground” est-euro­péen d’une vita­li­té sai­sis­sante, et d’une extra­or­di­naire qua­li­té. Quatre au moins, par­mi les plus grands écri­vains du siècle, nous viennent des pays com­mu­nistes : les Russes Boul­ga­kov, Siniavs­ki et Sol­jé­nit­syne ; le Tchèque Kun­de­ra. Si enne­mis que nous soyons de l’i­déo­lo­gie mar­xiste, nous main­te­nons que l’Eu­rope, la vraie, ne se fera pas sans les peuples slaves — encore moins contre eux ! »

Pierre Gri­pa­ri
Cri­tique et auto­cri­tique, édi­tions L’Âge d’Homme, 1981

Tel est le romantisme : une passionnante plongée dans le subconscient européen…

« Tel est le roman­tisme : une pas­sion­nante plon­gée dans le sub­cons­cient euro­péen, un inven­taire, non encore exhaus­tif, mais déjà d’une richesse incroyable, de notre domaine cultu­rel. Après cela, l’Eu­rope se conso­lide sous la forme que nous lui connais­sons : bour­geoise, mer­can­tile, colo­nia­liste, démo­cra­ti­sante, nive­leuse, nationaliste… »

Pierre Gri­pa­ri
Cri­tique et auto­cri­tique, édi­tions L’Âge d’Homme, 1981

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