Citation

Je ne pense pas que je puisse apprendre quelque chose…

« Je ne pense pas que je puisse apprendre quelque chose aux gens de mon île. Mais ce matin, quand le soleil de l’an nou­veau se lève, je sais qu’il va éclai­rer, avant mon île, tout un conti­nent, là-bas vers l’est, qui émerge du som­meil et de la si longue nuit.
Immense et rouge, le soleil illu­mine une année nou­velle. Les rochers sont comme des aiguilles sombres. Des paillettes jaune pâle scin­tillent sur la mer. Mon île, mon pays, mon peuple, mes amis saluent le soleil.
Et len­te­ment, tu sur­gis du som­meil. J’ai veillé sur toi pen­dant toute cette nuit, ô mon Europe aux longs che­veux d’or dénoués sur mon épaule. Ouvre les yeux, vois, nous allons par­tir ensemble, pour une île immense, héris­sée de cathé­drales et de stades. Nous navi­gue­rons du Cap Nord au détroit de Gibral­tar, de la mer d’Irlande au golfe de Corinthe. Nous décou­vri­rons les Shet­lands et les Cyclades, les Baléares et les Lofo­ten, îles innom­brables de ta cou­ronne, mer­veilleux royaume de ta beau­té et de ta puis­sance, sous le grand tour­nant du soleil.
Viens, c’est une année nouvelle. »

Jean Mabire
L’Esprit public, 1963

À propos de l'auteur

Jean Mabire, né en 1927 à Paris et mort en 2006 à Saint-Malo, est un écrivain, journaliste et critique littéraire français. Proche du Groupement d’études et de recherche pour la civilisation européenne (GRECE), il est également engagé au sein des milieux régionalistes normands, où il défend une philosophie néo-païenne. Auteur d'une centaine d'ouvrages, Jean Mabire débute dans l'écriture avec Drieu parmi nous (1963), hommage à Pierre Drieu La Rochelle. Sa production est dès lors prolifique et met régulièrement en avant les thèmes de l'aventure, la figure du guerrier, et l'histoire de la Seconde guerre mondiale.