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Le Rebelle a pour devise hic et nunc, car il est…

« Le Rebelle a pour devise hic et nunc, car il est l’homme des coups de main, libre et indé­pen­dant. Nous avons vu que nous ne pou­vons com­prendre sous ce type humain qu’une frac­tion des masses ; et pour­tant, c’est ici que se forme la petite élite, capable de résis­ter à l’automatisme, qui tien­dra en échec le déploie­ment de la force brute. C’est la liber­té ancienne, vêtue à la mode du temps : la liber­té sub­stan­tielle, élé­men­taire, qui se réveille au cœur des peuples quand la tyran­nie des par­tis ou des conqué­rants étran­gers pèse sur leurs pays. Il ne s’agit pas d’une liber­té qui pro­teste ou émigre, mais d’une liber­té qui décide d’engager la lutte.
C’est une dis­tinc­tion qui agit sur la sphère des croyances. Le Rebelle ne peut se per­mettre l’indifférence, signe d’une époque révo­lue, au même titre que la neu­tra­li­té des petits États ou la déten­tion en for­te­resse pour délit poli­tique. Le recours aux forêts mène à de graves déci­sions. Le Rebelle a pour tâche de fixer la mesure de liber­té qui vau­dra dans des temps à venir, en dépit de Lévia­than. Adver­saire dont il n’entamera pas le pou­voir à coups de concepts.
La résis­tance du Rebelle est abso­lue : elle ne connaît pas de neu­tra­li­té, ni de grâce ni de déten­tion en for­te­resse. Il ne s’attend pas à ce que l’ennemi se montre sen­sible aux argu­ments, encore moins à ce qu’il s’astreigne à des règles che­va­le­resques. Il sait aus­si qu’en ce qui le concerne, la peine de mort n’est pas sup­pri­mée. Le Rebelle connaît une soli­tude nou­velle, telle que l’implique avant tout l’épanouissement sata­nique de la cruau­té – son alliance avec la science et le machi­nisme, qui fait appa­raître dans l’histoire, non pas un élé­ment nou­veau, mais des mani­fes­ta­tions nouvelles. »

Ernst Jün­ger
Trai­té du rebelle ou le recours aux forêts (Der Wald­gang), 1951, trad. Hen­ri Plard, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 1995

À propos de l'auteur

Ernst Jünger, né le 29 mars 1895 à Heidelberg et mort le 17 février 1998 à Riedlingen, est un écrivain allemand. Il a participé aux deux guerres mondiales, d'abord dans les troupes de choc au cours de la Première Guerre mondiale, puis comme officier de l'administration militaire d'occupation à Paris à partir de 1941. Devenu célèbre après la publication de ses souvenirs de la Première Guerre mondiale dans Orages d'acier en 1920, il a été une figure intellectuelle majeure de la Révolution conservatrice à l'époque de Weimar, mais s'est tenu éloigné de la vie politique à partir de l'accession des nazis au pouvoir. Jusqu'à la fin de sa vie à plus de cent ans, il a publié des récits et de nombreux essais ainsi qu'un journal des années 1939 à 1948 puis de 1965 à 1996. Parmi ses récits, Sur les falaises de marbre (1939) est l'un des plus connus.
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Quelques toquées assurant qu’on ne naît pas femme, mais qu’on le devient…

« Il a fal­lu les cham­bar­de­ments du XXème siècle pour qu’on écoute quelques toquées assu­rant qu’on ne naît pas femme, mais qu’on le devient. Sans doute pen­saient-elles aus­si qu’on ne naît pas cerf ou biche mais qu’on le devient en brou­tant de l’herbe. »

Domi­nique Venner
Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

Les hommes ont besoin de donner du sens à leur vie…

« A la dif­fé­rence des autres mam­mi­fères, les hommes ont besoin de don­ner du sens à leur vie. Ils en ont besoin plus encore que de pain ou de riz. Ils n’existent que par les « repré­sen­ta­tions » qu’ils se font d’eux-mêmes, de l’existence et de ses fina­li­tés. Ces repré­sen­ta­tions changent selon les cultures, les croyances et les époques, seule leur néces­si­té est universelle. »

Domi­nique Venner
Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

Victimes de notre absence de mémoire identitaire…

« Vic­times de notre absence de mémoire iden­ti­taire, nous en sommes res­tés au stade pri­mi­tif de la quête d’efficacité. Nous ana­ly­sons le déclin comme une simple défaillance tech­nique, poli­tique ou struc­tu­relle. Mais cela aura une fin. Face aux grandes épreuves qui viennent, nous n’aurons pas d’autre choix que d’en appe­ler nous aus­si à notre foyer d’énergie spi­ri­tuelle. Celui d’où avait sur­gi l’impulsion pri­mor­diale de notre civi­li­sa­tion voi­ci plu­sieurs mil­lé­naires, et qui a conti­nué d’animer sa meilleure part. »

Domi­nique Venner
Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

Plus on en bave, plus forte est l’ivresse…

« Le cœur aven­tu­reux se recon­naît à ce qu’il tire son plai­sir de ce qui serait pour les autres un enfer. Plus on en bave, plus forte est l’ivresse. »

Domi­nique Venner
Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

Par la chasse, je fais retour à mes sources nécessaires…

« Avec ou sans arme, par la chasse, je fais retour à mes sources néces­saires : la forêt enchan­tée, le silence, le mys­tère du sang sau­vage, l’ancien com­pa­gnon­nage cla­nique. A mes yeux, la chasse n’est pas un sport. C’est un rituel néces­saire où cha­cun, pré­da­teur ou proie, joue la par­ti­tion que lui impose sa nature. Avec l’enfantement, la mort et les semailles, je crois que la chasse, si elle est vécue dans les règles, est le der­nier rite pri­mor­dial à échap­per par­tiel­le­ment aux défi­gu­ra­tions et mani­pu­la­tions de la moder­ni­té ration­nelle et scientifique. »

Domi­nique Venner
Le Choc de l’Histoire, édi­tions Via Roma­na, 2011

Sont purs tous les sentiments qui vous saisissent et vous élèvent…

« Sont purs tous les sen­ti­ments qui vous sai­sissent et vous élèvent ; impur, le sen­ti­ment qui ne s’empare que d’un seul aspect de votre être et, ain­si, vous déchire. Tout ce que vous pou­vez pen­ser eu égard à votre enfance est bien. Tout ce qui fait de vous plus que ce que vous avez été jusque-là dans vos meilleurs moments est juste. Toute élé­va­tion est bonne lorsqu’elle par­court tout votre sang, lorsqu’elle n’est point ivresse, lorsqu’elle n’est pas trouble mais joie de part en part transparente. »

Rai­ner Maria Rilke
Lettres à un jeune poète (Briefe an einen jun­gen Dich­ter), 1929, trad. Marc Buhot de Lau­nay, édi­tions Gal­li­mard, coll. Poé­sie, 1993

Vous rappelez vous à quel point cette vie a voulu sortir de l’enfance…

« Vous rap­pe­lez vous à quel point cette vie a vou­lu sor­tir de lenfance, aspi­rant aux « grandes choses » ? Je constate aujourd’hui que, à par­tir des grandes choses, elle conti­nue d’aspirer aux plus grandes. C’est pour­quoi elle ne ces­se­ra pas d’être dif­fi­cile, mais c’est aus­si pour­quoi elle ne ces­se­ra de croître. »

Rai­ner Maria Rilke
Lettres à un jeune poète (Briefe an einen jun­gen Dich­ter), 1929, trad. Marc Buhot de Lau­nay, édi­tions Gal­li­mard, coll. Poé­sie, 1993

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