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Citations sur Dionysos

Citations sur Dionysos : découvrez 3 citations de Michel Maffesoli, Friedrich Nietzsche, Albert Thibaudet

Dieu chtonien, c’est à dire dieu de cette terre-ci…

« À la figure de Pro­mé­thée”, qui fut la figure emblé­ma­tique de la Moder­ni­té est en train de se sub­sti­tuer celle de Dio­ny­sos. Dieu chto­nien, c’est à dire dieu de cette terre-ci, dieu autoch­tone. Arché­type de la sen­si­bi­li­té éco­so­phique”, Dio­ny­sos a de la glèbe aux pieds. Il sait jouir de ce qui se pré­sente et des fruits offerts par ce monde, ici et main­te­nant. On a pu qua­li­fier cette figure emblé­ma­tique de divi­ni­té arbus­tive. Un dieu enra­ci­né ! »

Michel Maf­fe­so­li
« Éco­so­phie : une « ein­stei­ni­sa­tion » du temps », Livr’ar­bitres, hors-série « La nature comme socle – Actes du 7e col­loque annuel de l’Institut Iliade – Pour une éco­lo­gie à l’endroit », automne 2020

La vie éternelle, l’éternel retour de la vie…

« Ce n’est que par les mys­tères dio­ny­siens, par la psy­cho­lo­gie de l’état dio­ny­sien que s’exprime la réa­li­té fon­da­men­tale de l’instinct hel­lé­nique — sa volon­té de vie”. Qu’est-ce que l’Hel­lène se garan­tis­sait par ces mys­tères ? La vie éter­nelle, l’éternel retour de la vie ; l’avenir pro­mis et sanc­ti­fié dans le pas­sé ; l’affirmation triom­phante de la vie au-des­sus de la mort et du chan­ge­ment ; la vie véri­table comme pro­lon­ge­ment col­lec­tif par la pro­créa­tion, par les mys­tères de la sexua­li­té. C’est pour­quoi le sym­bole sexuel était pour les Grecs le sym­bole véné­rable par excel­lence, le véri­table sens pro­fond dans toute la pié­té antique. Toutes les par­ti­cu­la­ri­tés de l’acte de la géné­ra­tion, de la gros­sesse, de la nais­sance éveillent les sen­ti­ments les plus éle­vés et les plus solen­nels. Dans la science des mys­tères la dou­leur est sanc­ti­fiée : le tra­vail d’enfantement” ren­dant la dou­leur sacrée, — tout ce qui est deve­nir et crois­sance, tout ce qui garan­tit l’avenir néces­site la dou­leur… Pour qu’il y ait la joie éter­nelle de la créa­tion, pour que la volon­té de vie s’affirme éter­nel­le­ment par elle-même il faut aus­si qu’il y ait les dou­leurs de l’enfantement”… Le mot Dio­ny­sos signi­fie tout cela : je ne connais pas de sym­bo­lisme plus éle­vé que ce sym­bo­lisme grec, celui des fêtes dio­ny­siennes. Par lui le plus pro­fond ins­tinct de la vie, celui de la vie à venir, de la vie éter­nelle est tra­duit d’une façon reli­gieuse, — la voie même de la vie, la pro­créa­tion, comme la voie sacrée… »

Frie­drich Nietzsche
Cré­pus­cule des idoles ou Com­ment on phi­lo­sophe avec un mar­teau (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2005

L’idée de la destinée tragique…

« L’idée de la des­ti­née tra­gique, c’est-à-dire la mise face à face, en pleine clar­té, de l’homme et des puis­sances dont il dépend, est offerte aux Grecs par leur his­toire légen­daire. Les récits tou­chant les familles divines, héroïques ou royales four­nissent un sché­ma, un motif musi­cal, et l’œuvre du poète tra­gique consiste à don­ner à ce sché­ma, à ce motif une durée réelle, mar­quée et mesu­rée par des rythmes, consti­tuée par la vie sous le masque dio­ny­siaque de per­son­nages de chair et d’os : de la scène, ces per­son­nages se relient par le plan incli­né du chœur à la foule qui les écoute, à l’humanité qui les encadre et les délègue. Le récit épique, l’épopée homé­rique ani­maient dans leur tableau cette même idée de la des­ti­née : mais la tra­gé­die attique naît de l’effort pour la sor­tir de cette gangue, pour la réa­li­ser sous forme de per­sonnes, pour mener à bien, paral­lè­le­ment à la sculp­ture, l’œuvre propre de la vie hel­lé­nique, la créa­tion inté­grale de l’homme. »

Albert Thi­bau­det
La cam­pagne avec Thu­cy­dide, 1922

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