Citation

Je ne fréquente mes semblables qu’avec parcimonie…

« Je ne fré­quente mes sem­blables qu’avec par­ci­mo­nie […], consi­dé­rant l’amour de l’humanité comme une illu­sion sen­ti­men­tale autant que poli­tique, et tenant de com­prendre com­ment l’humanité s’abolit dans l’illégitimité du nombre, par exemple dans la foule que je tra­ver­sais, ce jour-là, prin­ci­pa­le­ment com­po­sée de Noirs, de Magh­ré­bins, de Pakis­ta­nais, d’Asiatiques, de diverses sortes de métis, et de quelques Blancs, hommes et femmes, dont deux petites les­biennes se tenant par la main avec défi, sui­vies d’un nain dan­di­nant son corps pitoyable entre de jeunes beau­tés tapa­geuses, et des enfants, des vieillards, laids, mal vêtus, l’ensemble se mou­vant dans une puan­teur consti­tuée de relents d’égouts, de vien­noi­se­ries, de par­fums et de pro­duits de chez Mc Donald’s, au sein d’un vacarme dont on ne savait plus s’il annon­çait la fin du monde ou s’il la fai­sait dési­rer, sur ce quai de la sta­tion Châ­te­let-les-Halles, un same­di après-midi, dans ce qui fut le ventre de Paris, et qui est deve­nu cette gigan­tesque gare sou­ter­raine, au-des­sous des anciens cime­tières des Inno­cents et de Saint-Eus­tache : des bas-fonds, où je ne des­cends jamais sans son­ger qu’à la foule se mêlent les spectres d’innombrables défunts, dont j’avais vu exhu­mer les os, qua­rante ans aupa­ra­vant, et me deman­dant au milieu des gron­de­ments, des rumeurs et des cris, si, plus encore que la lumière, l’air libre n’est pas la pre­mière mani­fes­ta­tion de la vérité. »

Richard Millet
Argu­ments d’un déses­poir contem­po­rain, Her­mann édi­teurs, 2011

À propos de l'auteur

Richard Millet, né le 29 mars 1953 à Viam (Corrèze), est un écrivain et éditeur français. Il participe à la guerre du Liban en 1975-1976 en tant que volontaire auprès de la communauté chrétienne. Il enseigne les lettres pendant vingt ans avant d'y renoncer pour se consacrer entièrement à l'écriture. Romancier et essayiste, il peint sa Corrèze natale dans de nombreux romans ou récits et s'attache, dans ses essais, à défendre une certaine idée de la littérature. L'œuvre de Richard Millet se construit autour des thèmes du temps, de la mort, de la langue. Son style se veut l'héritier de la grande prose française « de Bossuet à Claude Simon ». Il entremêle références religieuses et mots crus, ce qui l'inscrit à la fois dans la tradition catholique et dans une certaine modernité littéraire (celle de la liberté sexuelle). Le désir, le mal et la souffrance sont autant de thèmes qui traversent toute son œuvre.
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L’esprit est content avec des phrases…

« L’esprit est content avec des phrases, le corps c’est pas pareil, il est plus dif­fi­cile lui, il lui faut des muscles. C’est quelque chose de tou­jours vrai un corps, c’est pour cela que c’est presque tou­jours triste et dégoû­tant à regarder. »

Louis-Fer­di­nand Céline
Voyage au bout de la nuit (1932), édi­tions Gal­li­mard, coll. « Folio », 1972

Quand on sera au bord du trou faudra pas faire les malins…

« La grande défaite, en tout, c’est d’oublier, et sur­tout ce qui vous a fait cre­ver, et de cre­ver sans com­prendre jamais jusqu’à quel point les hommes sont vaches. Quand on sera au bord du trou fau­dra pas faire les malins nous autres, mais fau­dra pas oublier non plus, fau­dra racon­ter tout sans chan­ger un mot, de ce qu’on a vu de plus vicieux chez les hommes et puis poser sa chique et puis des­cendre. Ça suf­fit comme bou­lot pour une vie toute entière. »

Louis-Fer­di­nand Céline
Voyage au bout de la nuit (1932), édi­tions Gal­li­mard, coll. « Folio », 1972

Il vaut la peine d’admirer aussi ce point de l’œuvre de Lycurgue…

« Il vaut la peine d’admirer aus­si ce point de l’œuvre de Lycurgue : il est par­ve­nu à impo­ser dans la cité que la belle mort est pré­fé­rable à la vie hon­teuse ; et en effet, si on pro­cé­dait à un exa­men pré­cis, on trou­ve­rait qu’il en meurt moins par­mi les tenants de cette mort que par­mi ceux qui ont choi­si de s’éloigner du lieu effrayant. A dire vrai, le salut accom­pagne la ver­tu pour un temps plus long qu’il n’accompagne la lâche­té ; et en effet, la ver­tu est plus aisée, plus agréable, plus fer­tile et plus solide. »

Xéno­phon
Consti­tu­tion des Lacé­dé­mo­niens, trad. Michel Case­vitz, édi­tions Les Belles Lettres, 2008

Dans les autres cités, chaque fois que surgit un lâche…

« Dans les autres cités, chaque fois que sur­git un lâche, il a juste l’appellation de lâche et le lâche va sur l’agora, siège et s’exerce au même endroit que le brave, s’il le veut ; à Lacé­dé­mone, cha­cun rou­gi­rait d’avoir le lâche pour com­men­sal, de l’avoir pour com­pa­gnon d’exercices à la lutte. »

Xéno­phon
Consti­tu­tion des Lacé­dé­mo­niens, trad. Michel Case­vitz, édi­tions Les Belles Lettres, 2008

Je ne pense pas que même le Pouvoir…

« Je ne pense pas que même le Pou­voir ou la Domi­na­tion soit le véri­table centre de mon his­toire. Cela four­nit le thème de la Guerre, d’une chose suf­fi­sam­ment sombre et mena­çante pour paraître d’une impor­tance extrême, à cette époque ; mais il s’agit avant tout d’un cadre” per­met­tant aux per­son­nages de se révé­ler. Le véri­table thème, pour moi, est lié à quelque chose de beau­coup plus intem­po­rel et dif­fi­cile : la Mort et l’Immor­ta­li­té : le mys­tère de l’amour du monde dans le cœur d’un peuple condam­né” à le quit­ter et à le perdre (appa­rem­ment). »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n° 186, édi­ter par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

Mes opinions politiques penchent de plus en plus vers l’Anarchie…

« Mes opi­nions poli­tiques penchent de plus en plus vers l’Anar­chie (au sens phi­lo­so­phique, dési­gnant l’abolition du contrôle, non pas des hommes mous­ta­chus avec des bombes) – ou vers la Monar­chie non consti­tu­tion­nelle”. J’arrêterais qui­conque uti­lise le mot État (dans un sens autre que le domaine inani­mé qui recouvre l’Angleterre et ses habi­tants, chose qui n’a ni pou­voir, ni droits, ni esprit) ; et après lui avoir lais­sé une chance de se rétrac­ter, l’exécuterais s’il s’obstinait ! »

John Ronald Reuel Tolkien
Lettres (1981), n° 52, édi­ter par Hum­phrey Car­pen­ter et Chris­to­pher Tol­kien, trad. Del­phine Mar­tin et Vincent Fer­ré, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2005

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