Citation

Monsieur Naudy me rattrapa…

« Mon­sieur Nau­dy me rat­tra­pa si je puis dire par la peau du cou et avec une bourse muni­ci­pale me fit entrer en sixième à Pâques, dans l’ex­cel­lente sixième de Mon­sieur Guer­rier. Il faut qu’il fasse du latin, avait-il dit […] Ce que fut pour moi cette entrée dans cette sixième à Pâques, l’é­ton­ne­ment, la nou­veau­té devant rosa, rosae, l’ou­ver­ture de tout un monde, tout autre, de tout un nou­veau monde, voi­là ce qu’il fau­drait dire, mais voi­là ce qui m’en­traî­ne­rait dans des ten­dresses. Le gram­mai­rien qui une fois la pre­mière ouvrit la gram­maire latine sur la décli­nai­son de rosa, rosae n’a jamais su sur quels par­terres de fleurs il ouvrait l’âme de l’en­fant. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

À propos de l'auteur

Né le 7 janvier 1873 à Orléans (Loiret) et mort pour la France le 5 septembre 1914 à Villeroy (Seine-et-Marne), Charles Péguy est un écrivain, poète, essayiste et officier de réserve français. Son œuvre, multiple, comprend des mystères d'inspiration médiévale en vers libres, comme Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1912) et des recueils de poèmes en vers réguliers, comme La Tapisserie de Notre-Dame (1913) d'inspiration mystique et évoquant notamment Jeanne d'Arc, un symbole de l'héroïsme des temps sombres, auquel il reste toute sa vie profondément attaché. Intellectuel engagé : d’abord militant socialiste, anticlérical, puis dreyfusard au cours de ses études, il se rapproche à partir de 1908 du catholicisme et du nationalisme ; il reste connu pour sa poésie et ses essais, notamment Notre Jeunesse (1910) ou L'Argent (1913), où il exprime ses préoccupations sociales et son rejet de l'âge moderne, où toutes les antiques vertus se sont altérées.