Citation

Les hommes les plus semblables et les plus ordinaires…

« Si l’on admet […] que, de tout temps, le dan­ger n’a rap­pro­ché que des hommes qui pou­vaient dési­gner, au moyen de signes sem­blables, des besoins sem­blables, des évé­ne­ments sem­blables, il résulte, dans l’ensemble, que la faci­li­té de com­mu­ni­quer dans le péril, c’est-à-dire en somme le fait de ne vivre que des évé­ne­ments moyens et com­muns, a dû être la force la plus puis­sante de toutes celles qui ont domi­né l’homme jusqu’ici. Les hommes les plus sem­blables et les plus ordi­naires eurent tou­jours et ont encore l’avantage ; l’élite, les hommes raf­fi­nés et rares, plus dif­fi­ciles à com­prendre, courent le risque de res­ter seuls et, à cause de leur iso­le­ment, ils suc­combent aux dan­gers et se repro­duisent rare­ment. Il faut faire appel à de pro­di­gieuses forces adverses pour entra­ver ce natu­rel, trop natu­rel, pro­gres­sus in simile, le déve­lop­pe­ment de l’homme vers le sem­blable, l’ordinaire, le médiocre, le trou­peau — le commun ! »

Frie­drich Nietzsche
Par-delà le bien et le mal – Pré­lude d’une phi­lo­so­phie de l’a­ve­nir (Jen­seits von Gut und Böse – Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2000

À propos de l'auteur

Friedrich Wilhelm Nietzsche est un philosophe et philologue allemand né le 15 octobre 1844 à Röcken et mort le 25 août 1900 à Weimar. L'œuvre de Nietzsche est une généalogie critique de la culture occidentale moderne et de l'ensemble de ses valeurs morales, politiques (la démocratie, l'égalitarisme), philosophiques (le platonisme et toutes les formes de dualisme métaphysique) et religieuses (le christianisme). Cette critique procède d'un projet de dévaluer ces valeurs et d'en instituer de nouvelles dépassant le ressentiment et la volonté de néant qui ont dominé l'histoire de l'Europe. L'exposé de ses idées prend dans l'ensemble une forme aphoristique ou poétique.