« En Afrique, cet amour anor­mal [l’ho­mo­sexua­li­té] est entré si pro­fon­dé­ment dans les mœurs que les Arabes semblent le consi­dé­rer comme aus­si natu­rel que l’autre. D’où vient cette dévia­tion de l’ins­tinct ? De plu­sieurs causes sans doute. La plus appa­rente est la rare­té des femmes, séques­trées par les riches qui pos­sèdent quatre épouses légi­times et autant de concu­bines qu’ils en peuvent nour­rir. Peut-être aus­si l’ar­deur du cli­mat, qui exas­père les dési­rs sen­suels, a‑t-elle émous­sé chez ces hommes de tem­pé­ra­ment violent la déli­ca­tesse, la finesse, la pro­pre­té intel­lec­tuelle qui nous pré­servent des habi­tudes et des contacts répu­gnants. Peut-être encore trouve-t-on là une sorte de tra­di­tion des mœurs de Sodome, une héré­di­té vicieuse chez ce peuple nomade, inculte, presque inca­pable de civi­li­sa­tion, demeu­ré aujourd’­hui tel qu’il était aux temps bibliques. »

Guy de Mau­pas­sant
Pro­vince d’Al­ger, 1884, in Au soleil sui­vi de La Vie errante et autres voyages, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 2015