« La vie rurale se mani­feste à nous comme la réunion de deux acti­vi­tés contraires et com­plé­men­taires. Elle est, en effet, une puis­sante vie de groupe. Elle est aus­si une tâche de soli­tude et de silence où l’individu prit sa valeur.

Nous savons déjà ce que fut cette com­mu­nau­té rurale. Nous savons d’où elle vient his­to­ri­que­ment. Mais c’est la men­ta­li­té pri­mi­tive qui en a déter­mi­né l’esprit. Le vil­lage agri­cole fut le suc­ces­seur du clan toté­mique. La puis­sance fixa­trice qui a éta­bli pour tou­jours le groupe humain sur un coin de sol était un ordre des dieux. Ces dieux étaient sur cette terre, ces eaux, ces arbres. L’homme est res­té immo­bi­li­sé de cette impas­sible immo­bi­li­té des choses. Ces maîtres muets…, ils ont pris jadis au hasard d’une tri­bu, une poi­gnée d’humanité, et ne l’ont jamais lâchée !… Et chaque vil­lage est encore sous cette main mus­clée de roche qui le tient depuis l’âge de pierre. »

Gas­ton Roup­nel
His­toire de la cam­pagne fran­çaise, Édi­tions Ber­nard Gras­set, 1932