« Le sang s’écoule, l’existence est détruite et les sens anéantis accréditent pour la première fois l’existence conçue comme un tout, comblant l’espace logique entre voir et exister… C’est cela, la mort.
Voilà comment j’appris que l’heureux sentiment d’exister éprouvé un moment au coucher du soleil dans une vie de soldat ne pouvait être finalement accrédité que par la mort. »
« Au cours de la période d’après-guerre, où étaient renversées toutes les valeurs convenues, j’avais souvent pensé et fait part à autrui que c’était le moment ou jamais de ressusciter le vieil idéal japonais, où se combinaient les lettres et les arts guerriers, l’art et l’action ? »
« Ce que je voulais, c’était mourir parmi des étrangers, paisiblement, sous un ciel sans nuages. Pourtant mon désir était bien éloigné des sentiments de cet ancien Grec qui souhaitait mourir sous un ciel éclatant. Ce que je voulais, c’était un suicide naturel, spontané. »
« La guerre avait suscité en nous une maturité étrangement sentimentale. Elle venait de ce que la vie nous paraissait susceptible de se terminer vers nos vingt ans ; nous n’envisagions même pas qu’il pût y avoir quelque chose au-delà de ces quelques années qui nous restaient. »
« La victime offerte en sacrifice devait lancer de longs cris, lugubres et pathétiques, afin que ceux qui les entendaient vinssent à sentir l’inexprimable solitude de l’existence. Alors ma joie de vivre, jaillissant de quelque endroit secret au plus profond de moi, poussait finalement une clameur de joie triomphante, répondant cri pour cri à la victime. N’était-ce pas exactement semblable à la joie que l’homme d’autrefois trouvait dans la chasse ? »