« (…) Je conclus que si le pouvoir corrosif des mots avait quelque fonction créatrice, c’est dans la beauté formelle de ce « corps idéal » qu’il devait trouver un modèle, et que l’idéal, dans les arts du verbe, devait reposer uniquement sur l’imitation de cette beauté physique, en d’autres termes, sur la poursuite d’une beauté exempte absolument de toute corrosion. »
« Au cours de la période d’après-guerre, où étaient renversées toutes les valeurs convenues, j’avais souvent pensé et fait part à autrui que c’était le moment ou jamais de ressusciter le vieil idéal japonais, où se combinaient les lettres et les arts guerriers, l’art et l’action ? »
« Jamais la munificence inépuisable et l’extravagance inutile de la Nature n’avaient déployé une beauté aussi fantastique. Je me demandais avec inquiétude si la Nature n’en était pas venue à reconquérir la terre à son bénéfice. Il y avait certainement quelque chose d’insolite dans l’éclat de ce printemps. »
« Ce que je voulais, c’était mourir parmi des étrangers, paisiblement, sous un ciel sans nuages. Pourtant mon désir était bien éloigné des sentiments de cet ancien Grec qui souhaitait mourir sous un ciel éclatant. Ce que je voulais, c’était un suicide naturel, spontané. »
« La guerre avait suscité en nous une maturité étrangement sentimentale. Elle venait de ce que la vie nous paraissait susceptible de se terminer vers nos vingt ans ; nous n’envisagions même pas qu’il pût y avoir quelque chose au-delà de ces quelques années qui nous restaient. »
« La victime offerte en sacrifice devait lancer de longs cris, lugubres et pathétiques, afin que ceux qui les entendaient vinssent à sentir l’inexprimable solitude de l’existence. Alors ma joie de vivre, jaillissant de quelque endroit secret au plus profond de moi, poussait finalement une clameur de joie triomphante, répondant cri pour cri à la victime. N’était-ce pas exactement semblable à la joie que l’homme d’autrefois trouvait dans la chasse ? »