« Pour garder le pouvoir, il faut le développer. Il s’impose comme étant indivisible et ne se partageant pas. Il est “l’attribut d’êtres qui le payent de leur personne : pas de pouvoir sans que sur son détenteur la corne d’un taureau ne projette son ombre. Son sacre n’est que l’annonce ou l’amorce de son sacrifice”. (G. Bataille, in D. Hollier, Collège de sociologie 1937-1939, 1995, p. 173) L’audace des Athéniens vantée par Périclès et dont parlaient les Corinthiens à la fameuse assemblée de Sparte, avant le début du conflit, cette incapacité à rester en repos et à laisser les autres tranquilles, font apparaître la notion d’un pouvoir défini, à la fois, comme pouvoir de tuer et pouvoir d’être tué. “La souveraineté n’est que différence souveraine, état, comme le dit Dumézil, d’une victime en sursis permanent d’exécution (Flamen-Brahman, 1935), dont la religion romaine offre la figure exemplaire avec le prêtre-roi de Némi, Dianus : sa souveraineté est coextensive à son être-pour-la-mort.” Le pouvoir est chose redoutable pour son détenteur, comme pour celui qui le subit. Celui qui, provisoirement, dispose du kratos, est, dans l’univers de la praxis et de l’action, soumis à la même nécessité que le faible. Ils sont victimes tous deux de cette force de nature dont il est question ici. »
Olivier Battistini La guerre : un maître de violence, Éditions Perspectives libres, 2025
