« Salamine, la “divine”, est le mythe fondateur de l’archè des Athéniens et de leur nomos de la mer, un mythe politique. Par la poésie d’Eschyle, la bataille de Salamine, objet d’une mimèsis, devient un mythe. L’action a lieu à Suse, et ce renversement compense l’absence d’éloignement temporel nécessaire à la distanciation tragique. La Salamine des Perses est un univers perse imaginé par le poète – “l’Imagination seule contient la poésie”. La vision du vaincu est dite et imposée par le vainqueur, suprême victoire. L’anéantissement de la flotte de Xerxès est, alors, “célébré” par l’ennemi. Eschyle chante la Salamine des Grecs, en mettant en scène l’infortune des vaincus écrasés de malheur. Et les spectateurs, ceux qui ont combattu à Salamine, contemplent, fascinés, le désespoir de ceux qu’ils ont vaincus. Leur plaisir est étrange, ambigu et bientôt lourd d’inquiétude. Ne sont-ils pas face à leur propre destin, les empires ne sont-ils pas éphémères ? »
Olivier Battistini La guerre : un maître de violence, Éditions Perspectives libres, 2025
