« Avec soixante trières, Eurymédon est à Corcyre. La mort se manifeste sous toutes les formes. Les Corcyréens exécutent tous ceux pris pour des ennemis : ils ont voulu attenter à la démocratie. Toutes les horreurs sont commises et mêmes surpassées. Le père assassine son fils, on arrache sa victime aux sanctuaires, on la frappe sous les yeux mêmes des Immortels. Certains périssent, murés dans le temple de Dionysos : tant est horrible la stasis. Elle le paraît encore davantage, parce que l’île est la première à offrir le spectacle de toutes les démesures, de toutes les fureurs. Bientôt la Grèce tout entière, empoisonnée de malheurs et de crimes, est divisée en deux factions. Celle du parti populaire invoque les Athéniens, celle du petit nombre, les Lacédémoniens. Les acteurs de la sédition, quand il s’agit de se venger, vont loin dans le mépris des lois. Ils accumulent les crimes sans se laisser arrêter par le souci de la justice et du bien public et sans autre règle que leur caprice. Les citoyens, séparés en deux camps, s’observent avec défiance. Pour assurer leur réconciliation, il n’y a pas d’arguments assez forts, pas de serments assez horribles. Tous ont fini par se convaincre qu’il n’y a aucun règlement durable à espérer. Les méchants triomphent et imposent de nouveaux codes pour justifier leurs actes, pour les colorer du nom de justice. La cause de tout cela est l’appétit de pouvoir qu’excitent la recherche du profit et celle des honneurs : ces deux mobiles sont à l’origine de rivalités où se déchaînaient les passions. »
Olivier Battistini La guerre : un maître de violence, Éditions Perspectives libres, 2025
