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Le livre
Crépuscule des idoles

Crépuscule des idoles

Auteur : Frie­drich Nietzsche
Édi­teur : édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio Essai (22 mars 1988)

Pré­sen­ta­tion par l’au­teur : « Il y a dans le monde plus d’i­doles que de réa­li­tés : c’est ce que m’ap­prend le « mau­vais œil » que je jette sur le monde, et aus­si la « méchante oreille » que je lui prête… Ce petit livre est une grande décla­ra­tion de guerre. Quant aux idoles qu’il s’a­git d’aus­cul­ter, ce ne sont cette fois pas des idoles de l’é­poque, mais des idoles éter­nelles, que l’on frappe ici du mar­teau comme d’un dia­pa­son – il n’est pas d’i­doles plus anciennes, plus sûres de leur fait, plus enflées de leur impor­tance… Pas non plus de plus creuses… Cela ne les empêche pas d’être celles aux­quelles on croit le plus. Aus­si, sur­tout dans le cas de la plus dis­tin­guée d’entre elles, ne les appelle-t-on jamais des idoles…»

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Découvrez 14 citations extraites du livre

La beauté d’une race, d’une famille, sa grâce, sa perfection dans...

« La beau­té d’une race, d’une famille, sa grâce, sa per­fec­tion dans tous les gestes est acquise péni­ble­ment : elle est comme le génie, le résul­tat du tra­vail accu­mu­lé des géné­ra­tions. Il faut avoir fait de grands sacri­fices au bon goût, il faut à cause de lui avoir fait et aban­don­né bien des choses ; le dix-sep­tième siècle, en France, mérite d’être admi­ré sous ce rap­port, — on avait alors un prin­cipe d’élection pour la socié­té, le milieu, le vête­ment, les satis­fac­tions sexuelles ; il fal­lut pré­fé­rer la beau­té à l’utilité, à l’habitude, à l’opinion, à la paresse. Règle supé­rieure : on ne doit pas se lais­ser aller” même devant soi-même. »

Frie­drich Nietzsche
Cré­pus­cule des idoles ou Com­ment on phi­lo­sophe avec un mar­teau (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2005

Lorsque l’anarchiste, comme porte-parole des couches sociales...

« Lorsque l’anarchiste, comme porte-parole des couches sociales en déca­dence, réclame, dans une belle indi­gna­tion, le « droit », la « jus­tice », les « droits égaux », il se trouve sous la pres­sion de sa propre incul­ture qui ne sait pas com­prendre pour­quoi au fond il souffre, — en quoi il est pauvre en vie… Il y a en lui un ins­tinct de cau­sa­li­té qui le pousse à rai­son­ner : il faut que ce soit la faute à quelqu’un s’il se trouve mal à l’aise… Cette « belle indi­gna­tion » lui fait déjà du bien par elle-même, c’est un vrai plai­sir pour un pauvre diable de pou­voir inju­rier — il y trouve une petite ivresse de puis­sance. Déjà la plainte, rien que le fait de se plaindre peut don­ner à la vie un attrait qui la fait sup­por­ter : dans toute plainte il y a une dose raf­fi­née de ven­geance, on reproche son malaise, dans cer­tains cas même sa bas­sesse, comme une injus­tice, comme un pri­vi­lège inique, à ceux qui se trouvent dans d’autres condi­tions. « Puisque je suis une canaille tu devrais en être une aus­si » : c’est avec cette logique qu’on fait les révo­lu­tions. Les doléances ne valent jamais rien : elles pro­viennent tou­jours de la fai­blesse. »

Frie­drich Nietzsche
Cré­pus­cule des idoles ou Com­ment on phi­lo­sophe avec un mar­teau (Göt­zen-Däm­me­rung oder wie man mit dem Ham­mer phi­lo­so­phiert), 1888, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2005