« Les protagonistes, à Mélos, auxquels Thucydide donne la parole montrent une étrange prescience des événements à venir : alors que les Athéniens sont à l’acmè de leur puissance et les Spartiates en retrait, les Méliens, qui savent que les neutres se détacheront des Athéniens, et que ce ne sont pas ceux qui commandent à d’autres peuples qui sont à craindre, mais les sujets, s’il arrive qu’ils se soulèvent et l’emportent sur leurs anciens maîtres, prévoient leur défaite finale et le fait qu’ils seront sauvés par leurs rivaux, car les cités maîtresses cherchent à soumettre et non à détruire, les sujets étant guidés par la haine et la vengeance, les empires, par l’esprit politique. Ce ne sont pas les peuples qui ont un empire, les peuples habitués à la domination, comme c’est le cas des Lacédémoniens, qui sont les plus redoutables pour leurs adversaires vaincus – et du reste ce n’est pas aux Lacédémoniens que les Athéniens ont affaire en ce moment. Ce sont les sujets, lorsqu’ils attaquent leurs anciens maîtres et réussissent à les vaincre, ce sont les cités soumises qui, à l’issue d’une révolte brutale, s’emparent du pouvoir et prennent l’avantage. Là est le danger pour ceux qui se sont emparé de l’archè. Ce qui revient à dire, pour Denys d’Halicarnasse, qu’entre tyrans, on ne se hait pas (Denys d’Halicarnasse, Thucydide, VII, 39). »
Olivier Battistini La guerre : un maître de violence, Éditions Perspectives libres, 2025
