« Pour Platon, l’imitation ne produit que de l’apparence. La mimésis est l’image d’une image, la copie dégradée de la vérité ou de la réalité première. La mimésis ne met en scène qu’un fantôme de chaque chose et fait illusion. Chez Aristote, on le sait, la représentation de la réalité (ou sa “mise en présence”) conduit à une riche signification universelle. Il faut relire la Poétique. Dans les Mémorables de Xénophon, le dialogue de Socrate et de Parrhasios, le peintre au manteau de pourpre, ce “sophiste du visible” selon Platon, évoque, à propos de la nature de la peinture et de son essence, les correspondances entre les apparences et l’invisible. La peinture ne représente pas, n’imite pas seulement ce que l’on voit, les images des choses, mais révèle, par la distanciation et la catharsis, la beauté et ses signes, puis les paysages de l’âme, l’éthos de la psychè, l’expression pourtant invisible de l’âme : l’effroi émerveillé, le thambos. »
Olivier Battistini Les saisons de la loi, Éditions Klincksieck, coll. Études et commentaires, 2000, édition revue, corrigée et augmentée, Éditions Clémentine, coll. Studia Humanitatis, 2013
