« Le choix d’Alexandre du licenciement de sa flotte, à Milet, est pragmatique. Comme il sait qu’il ne peut vaincre quatre cents navires perses et qu’il se méfie de sa propre flotte dont les vaisseaux et les équipages sont grecs, il enlève à ses troupes toute possibilité de retour en arrière, et les condamne à la victoire, comme cela a été le cas au Granique. Ce choix est aussi stratégique. Il implique la nécessité de l’emporter sur le continent. Son idée de neutraliser la flotte ennemie depuis la terre est liée à un logismos, à une mètis, à un kairos, également à une tolma et à une pleonexia, le désir d’avoir la supériorité. Enfin, il est métapolitique. Le licenciement de la flotte grecque a révélé l’opposition de deux visions géopolitiques, de deux conceptions de la guerre et de l’impérialisme, de deux nomoi. Carl Schmitt parlera, pour approcher “l’ordre spatial”, de l’opposition terre/mer puis de la distinction terre/mer : une dialectique inventée par Thucydide. »
Olivier Battistini La guerre : un maître de violence, Éditions Perspectives libres, 2025
