« La fascination pour les affaires de la cité, l’intelligence à concevoir sous la forme d’un art, d’une theôria, l’essence et la tension politiques, le regard mimétique, en distanciation, révèlent le Grec comme l’être politique par excellence. Ce dernier réfléchit sur le modèle de la callipolis, sur la meilleure politeia possible et sur le souverain bien compris comme la fin de toute communauté. Il raconte, “trésor pour toujours”, l’affrontement nécessaire des cités – réelles puissances de proie –, et les inévitables ruines d’hommes et d’empires. Ce rapport au politique se dévoile également dans la praxis ou encore dans le plus grand mouvement, la kinèsis. La guerre grecque, par la dialectique d’un achèvement et d’une négation, apparaît comme l’acte politique suprême. La guerre victorieuse qui oscille entre des pôles apparemment opposés – la violence première et le raffinement absolu – est le moyen de tendre à l’hègémonia et à l’autonomia, et, au-delà, d’imaginer l’archè, la participation, le maintien de la cité dans l’horreur de l’histoire, pour un temps nécessairement bref. »
Olivier Battistini Les saisons de la loi, Éditions Klincksieck, coll. Études et commentaires, 2000, édition revue, corrigée et augmentée, Éditions Clémentine, coll. Studia Humanitatis, 2013
