« Un Platon le plus grand des sophistes ? Fin connaisseur de leurs ruses, maître de la rhétorique, de tous les artifices d’un logos, arme de guerre, il les combat avec la plus grande des énergies, eux qui sont les pervertisseurs, les corrupteurs de la cité. Ses ennemis. Il les hait avec une obstination pleine de passion et comme avec une “suite enragée”. D’une manière telle qu’on imaginerait, en étant audacieux, qu’en les affrontant, il se combat lui-même. Ses trois terribles adversaires, Protagoras d’Abdère, le maître des Antilogies, Thrasymaque, au regard de loup, Gorgias de Léontium, le redoutable, auteur du Traité du non-être, ne sont-ils pas, secrètement, une part de lui-même ? Sans oublier, invention du philosophe, la figure inquiétante de l’énigmatique Calliclès – un masque pour cacher, peut-être, Critias ou même Alcibiade – qui, par la force et l’audace de ses conceptions, pourrait, autre hypothèse, dissimuler celui que Platon aurait pu être sans la rencontre avec Socrate ou celui qu’il est toujours resté, secrètement, lui “le plus puissant et le plus radical penseur antidémocratique que le monde ait jamais connu”. »
Olivier Battistini Platon. Le philosophe-roi, Éditions Ellipses, coll. Biographies & mythes historiques, 2024
