Thème

Citations sur le courage

Ce long compagnonnage avec le courage…

« Ce long com­pa­gnon­nage avec le cou­rage m’a été utile en pri­son et lorsque je suis tom­bé malade, à la fin des années soixante-dix. Les heures tom­baient une à une dans le silence. Je m’a­van­çais sur les rebords du ver­tige, lorsque la ten­ta­tion de céder était trop forte. Je pen­sais alors à la nuit du tun­nel et à mes frères de mal­heur, aux heures d’at­tente dans les car­lingues avant de sau­ter, et à ma mère devant son ouvrage, avec son aiguille, point par point, dans la lumière pâle de l’hi­ver. Alors je mar­chais inté­rieu­re­ment, une res­pi­ra­tion après l’autre, pour atteindre la terre ferme, ou l’an­goisse lâchait prise.
Ce cou­rage-là me sera sans doute néces­saire en appro­chant de la mort. J’ai suf­fi­sam­ment vécu pour savoir que mes vic­toires pas­sées ne me garan­tissent pas contre l’af­fo­le­ment final. Cha­cun rejoue sa vie jus­qu’à la der­nière seconde. C’est sans doute à ce moment-là qu’il me fau­dra retrou­ver, une der­nière fois, le cou­rage de ma mère, son sou­rire et son regard vert. »

Hélie Denoix de Saint Marc
Les sen­ti­nelles du soir, édi­tions les arènes, 1999

Si nous étions malheureux, mourant de faim et de froid…

« Bour­gogne n’é­tait pas en reste dans l’af­fec­tion au chef, mais autour d’une page, il livrait une autre clé : Si nous étions mal­heu­reux, mou­rant de faim et de froid, il nous res­tait encore quelque chose qui nous sou­te­nait : l’hon­neur et le cou­rage.” L’hon­neur et le cou­rage ! Comme ils réson­naient étran­ge­ment, ces mots, deux cents années plus tard. Étaient-ils encore en vie, ces mots, dans ce monde que nous tra­ver­sions pleins phares ? Nous fîmes une courte halte sur le bas-côté, il nei­geait, la nuit sem­blait en larmes dans le fais­ceau des phares. Dieux, me disais-je, en pis­sant dans le noir, nous autres, pauvres gar­çons du XXIème siècle, ne sommes-nous pas des nains ? Alan­guis dans la man­grove du confort, pou­vions-nous com­prendre ces spectres de 1812 ? »

Syl­vain Tesson
Bere­zi­na, édi­tions Gué­rin, 2015, 978−2−35221−089−4, p. 103

Nous voyons souvent mentionner le courage…

« De nos jours, nous voyons sou­vent men­tion­ner le cou­rage ou l’au­dace avec les­quels cer­tain rebelle s’en pren­dra à une tyran­nie sécu­laire ou une super­sti­tion désuète. Ce n’est pas faire preuve de cou­rage que de s’en prendre à des choses sécu­laires ou désuètes, pas plus que de pro­vo­quer sa grand-mère. L’homme réel­le­ment cou­ra­geux est celui qui brave des tyran­nies jeunes comme le matin ou des super­sti­tions fraîches comme les pre­mières fleurs. »

Gil­bert Keith Chesterton
Le monde comme il ne va pas, 1910, trad. Marie-Odile For­tier-Masek, Édi­tions L’Âge d’Homme, 1994

Le courage est presque une contradiction dans les termes…

« Le cou­rage est presque une contra­dic­tion dans les termes. C’est un puis­sant désir de vivre qui prend la forme d’un empres­se­ment à mou­rir. Celui qui per­dra sa vie la sau­ve­ra” n’est pas une sen­tence mys­tique à l’u­sage des saints et des héros. C’est le conseil quo­ti­dien aux marins et aux mon­ta­gnards. On pour­rait l’im­pri­mer dans un guide des Alpes ou dans un manuel de manœuvres mari­times. Ce para­doxe est tout le prin­cipe du cou­rage, même du cou­rage tout à fait ter­restre ou tout à fait brutal. »

Gil­bert Keith Chesterton
Ortho­doxie, 1908, trad. Lucien d’A­zay, édi­tions Flam­ma­rion, coll. « Cli­mats », 2010

Le déclin du courage…

« Le déclin du cou­rage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étran­ger dans l’Oc­ci­dent d’au­jourd’­hui. Le cou­rage civique a déser­té non seule­ment le monde occi­den­tal dans son ensemble, mais même cha­cun des pays qui le com­posent, cha­cun de ses gou­ver­ne­ments, cha­cun de ses par­tis, ain­si que, bien enten­du, l’Or­ga­ni­sa­tion des Nations Unies. Ce déclin du cou­rage est par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible dans la couche diri­geante et dans la couche intel­lec­tuelle domi­nante, d’où l’im­pres­sion que le cou­rage a déser­té la socié­té tout entière. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

Cerné de toutes parts sans issue possible…

« Cer­né de toutes parts sans issue pos­sible, le devoir est de se faire connaître, comme un navire de guerre his­sant le pavillon. »

Ernst Jün­ger
Jour­nal de guerre (Strah­lun­gen), 1949, trad. Hen­ri Plard, édi­tions Jul­liard, 1990

L’Allemagne brûlait sourdement dans quelques cerveaux hardis…

« L’Allemagne brû­lait sour­de­ment dans quelques cer­veaux har­dis. […] L’Allemagne était là où on lut­tait pour elle ; elle se mon­trait là où des enne­mis en armes vou­laient s’emparer de ses biens, elle brillait d’un éclat radieux là où ceux qui étaient péné­trés de son esprit ris­quaient pour elle le der­nier enjeu. »

Ernst von Salomon
Les Réprou­vés (Die Geäch­te­ten), 1930, trad. Andh­rée Vaillant et Jean Kucken­berg, édi­tions Plon, coll. Feux croi­sés, 1931

La part d’imprévu que recèle le cours de l’Histoire…

« Contre les lec­tures cano­niques, sot­te­ment engen­drées par l’optimisme pro­gres­siste, de ce que fut en réa­li­té le sombre XXe siècle”, il [Domi­nique Ven­ner] éva­luait l’ampleur de la catas­trophe sur­ve­nue en 1914, point de départ de la sui­ci­daire guerre de trente ans” euro­péenne. Géné­ra­teur du chaos que l’on sait et de l’effacement de ce qui avait consti­tué cinq siècles durant, pour reprendre le mot de Valé­ry, la par­tie pré­cieuse de l’Humanité”, cet effon­dre­ment de la vieille Europe” n’avait cepen­dant, selon Domi­nique Ven­ner, rien de fatal.
La part d’imprévu que recèle le cours de l’Histoire, tout comme la volon­té et le cou­rage de géné­ra­tions capables de renouer avec leur iden­ti­té fai­saient, selon lui, que l’actuelle dor­mi­tion” de l’Europe n’était pas, dans le nou­vel ordre du monde en train de s’établir, le pré­lude à sa disparition. »

Phi­lippe Conrad
Domi­nique Ven­ner : un regard ins­pi­ré sur l’Histoire, allo­cu­tion au Col­loque Domi­nique Ven­ner, Paris, Mai­son de la Chi­mie, 17 mai 2014

Nous n’avons qu’une seule vie…

« Nous n’avons qu’une seule vie et il faut lui don­ner du sens. Il faut don­ner du sens à ses actes, ne jamais renier ses ori­gines mais y pui­ser la force d’aller plus loin, refu­ser le confor­misme, cher­cher l’originalité et être capable de com­prendre tout le monde, de s’adapter, d’être indul­gent, sans oublier d’être exi­geant et sur­tout ne jamais céder sur les principes. »

Ber­nard Barrera
Opé­ra­tion Ser­val, Notes de guerre – Mali 2013, édi­tions du Seuil, 2015

Auteurs

Auteurs récemment ajoutés