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Citations sur le courage

Ces chefs sont essentiellement des guerriers…

« Les poèmes homé­riques nous montrent les chefs achéens régnant cha­cun sur un petit royaume ; la Grèce de l’âge héroïque, divi­sée en autant de royaumes indé­pen­dants qu’il y a de can­tons, était déjà mor­ce­lée à l’extrême, comme le sera plus tard celle de l’époque classique. […]
Cha­cun de ces rois est indé­pen­dant : Aga­mem­non n’est choi­si comme chef de guerre contre Troie que parce qu’il com­mande à la troupe la plus nom­breuse ; mais avant de prendre une déci­sion il consulte les autres chefs, ses pairs, réunis en conseil. […] Ces chefs sont essen­tiel­le­ment des guer­riers. La guerre est leur prin­ci­pale occu­pa­tion, la source prin­ci­pale de leur richesse. Ils ne rêvent que batailles et pillages, expé­di­tions sur terre ou sur mer. Entre voi­sins, les guerres sont inces­santes : la paix leur pèse, le repos les ennuie, l’aventure les attire ; et, lors même que, vain­cus par l’âge, ils chauffent leurs vieux membres à la flamme du foyer dans la haute salle de leur manoir, ils n’ont pas de plus grande joie que d’écouter après un fes­tin le récit des exploits de leur jeunesse. […]
Le pou­voir de ces rois, tel qu’il nous est pré­sen­té dans l’Iliade et dans l’Odys­sée, est de carac­tère féo­dal. Plus qu’il ne gou­verne un can­ton, cha­cun d’eux com­mande à un groupe de guer­riers qui le recon­naissent comme leur chef. Autant que ses sol­dats, ses com­pa­gnons d’armes sont ses amis, en même temps que ses ser­vi­teurs, et, en expé­di­tion loin­taine comme au pays, ils sont convo­qués en assem­blée lorsque se pré­sente une affaire grave. Bien que la royau­té soit héré­di­taire, chaque chef doit méri­ter son rang par sa pru­dence au conseil et son cou­rage au com­bat. À la guerre, qui est encore conçue comme une série d’engagements indi­vi­duels, il paye de sa per­sonne, et, de retour chez lui, en son manoir ou dans son domaine, il ne croit pas déchoir en pre­nant part à l’apprêt d’un fes­tin ou aux tra­vaux des champs. »

Robert Fla­ce­lière
Intro­duc­tion aux poèmes homé­riques, 1955

Ils avaient été des hommes qui connaissaient la peine…

« Mais en véri­té, ils avaient été des hommes qui connais­saient la peine, les pri­va­tions, la vio­lence, la débauche — mais ne connais­saient point la peur et n’é­prou­vaient aucun élan de méchan­ce­té en leur cœur. Des hommes dif­fi­ciles à diri­ger, mais faciles à ins­pi­rer, des hommes sans voix — mais suf­fi­sam­ment virils pour mépri­ser dans leur cœur les voix sen­ti­men­tales qui se lamen­taient sur la dure­té de leur des­tin. C’é­tait un des­tin et c’é­tait le leur ; cette capa­ci­té de le sup­por­ter leur sem­blait le pri­vi­lège des élus ! Leur géné­ra­tion vivait muette et indis­pen­sable, sans connaître les dou­ceurs de l’af­fec­tion ou le refuge du foyer — et mou­rait libre de la sombre menace d’une tombe froide. Ils étaient les éter­nels enfants de la mer mys­té­rieuse. Leurs suc­ces­seurs sont les fils adultes d’une terre insa­tis­faite. Ils sont moins dépra­vés mais moins inno­cents ; moins irré­vé­ren­cieux mais peut-être aus­si moins croyants ; et s’ils ont appris à par­ler, ils ont aus­si appris à gémir. »

Joseph Conrad
Le nègre du Nar­cisse, 1913, trad. Robert d’Hu­mières, édi­tions Gal­li­mard, coll. L’i­ma­gi­naire, 2007

Je suis content et fier d’y avoir été…

« Je suis content et fier d’y avoir été, même s’il a fal­lu payer le prix de la cap­ti­vi­té, parce que là-haut… Ah ! Com­ment dire ?… Là-haut, on a eu des exemples, mon vieux. Des maîtres. Des patrons. Des capi­taines ! Des hommes bien ! Je ne parle pas seule­ment du cou­rage, ce qui est essen­tiel… Je parle aus­si de la manière aus­si, la manière !… […]
Oh je sais bien que ce n’est pas parce qu’on accepte de se faire tuer pour une cause que cette cause est juste. Mais je m’en fous de la cause… je vous parle des hommes… je pour­rais vous don­ner la liste. De toutes les ori­gines, de tous les rangs de l’ar­mée. Il y en a je ne sais même pas leur nom. Je ne les ai vus qu’une fois. Je sens encore… leurs doigts sur mon cœur. Un seul type bien, vrai­ment bien, et ça change tout. Un seul ! Là-haut il y en avait plein ! Et ils avaient la manière. Je peux vous le dire… »

Pierre Schoen­doerf­fer
Là-haut, Édi­tions Gras­set, 1981

What I gave I have…

« Une épi­taphe gra­vée, Ky me l’a mon­trée ; elle lui a plu, c’est pour­quoi il avait ins­tal­lé son P.C à cet endroit.
What I gave I have
What I spent I had
What I kept I lost »

Pierre Schoen­doerf­fer
Là-haut, Édi­tions Gras­set, 1981

Hommes requis pour voyage périlleux…

« La célèbre annonce parue dans la presse bri­tan­nique au début du 20ème siècle, par laquelle l’ex­plo­ra­teur polaire Sha­ck­le­ton cherche à recru­ter son équi­page : Hommes requis pour voyage périlleux, bas salaire, froid intense, longs mois de ténèbres, dan­gers constants, retour incer­tain. Hon­neur et célé­bri­té en cas de suc­cès.”, je connais tant de jeunes (et de moins jeunes) qui y répon­draient tout de suite, Oui ! Mais qui aujourd’­hui pas­se­rait cette annonce ? »

Jean-Fran­çois Deniau
His­toires de cou­rage, édi­tions Plon, 2000

Ce long compagnonnage avec le courage…

« Ce long com­pa­gnon­nage avec le cou­rage m’a été utile en pri­son et lorsque je suis tom­bé malade, à la fin des années soixante-dix. Les heures tom­baient une à une dans le silence. Je m’a­van­çais sur les rebords du ver­tige, lorsque la ten­ta­tion de céder était trop forte. Je pen­sais alors à la nuit du tun­nel et à mes frères de mal­heur, aux heures d’at­tente dans les car­lingues avant de sau­ter, et à ma mère devant son ouvrage, avec son aiguille, point par point, dans la lumière pâle de l’hi­ver. Alors je mar­chais inté­rieu­re­ment, une res­pi­ra­tion après l’autre, pour atteindre la terre ferme, ou l’an­goisse lâchait prise.
Ce cou­rage-là me sera sans doute néces­saire en appro­chant de la mort. J’ai suf­fi­sam­ment vécu pour savoir que mes vic­toires pas­sées ne me garan­tissent pas contre l’af­fo­le­ment final. Cha­cun rejoue sa vie jus­qu’à la der­nière seconde. C’est sans doute à ce moment-là qu’il me fau­dra retrou­ver, une der­nière fois, le cou­rage de ma mère, son sou­rire et son regard vert. »

Hélie Denoix de Saint Marc
Les sen­ti­nelles du soir, édi­tions les arènes, 1999

Si nous étions malheureux, mourant de faim et de froid…

« Bour­gogne n’é­tait pas en reste dans l’af­fec­tion au chef, mais autour d’une page, il livrait une autre clé : Si nous étions mal­heu­reux, mou­rant de faim et de froid, il nous res­tait encore quelque chose qui nous sou­te­nait : l’hon­neur et le cou­rage.” L’hon­neur et le cou­rage ! Comme ils réson­naient étran­ge­ment, ces mots, deux cents années plus tard. Étaient-ils encore en vie, ces mots, dans ce monde que nous tra­ver­sions pleins phares ? Nous fîmes une courte halte sur le bas-côté, il nei­geait, la nuit sem­blait en larmes dans le fais­ceau des phares. Dieux, me disais-je, en pis­sant dans le noir, nous autres, pauvres gar­çons du XXIème siècle, ne sommes-nous pas des nains ? Alan­guis dans la man­grove du confort, pou­vions-nous com­prendre ces spectres de 1812 ? »

Syl­vain Tesson
Bere­zi­na, édi­tions Gué­rin, 2015, 978−2−35221−089−4, p. 103

Nous voyons souvent mentionner le courage…

« De nos jours, nous voyons sou­vent men­tion­ner le cou­rage ou l’au­dace avec les­quels cer­tain rebelle s’en pren­dra à une tyran­nie sécu­laire ou une super­sti­tion désuète. Ce n’est pas faire preuve de cou­rage que de s’en prendre à des choses sécu­laires ou désuètes, pas plus que de pro­vo­quer sa grand-mère. L’homme réel­le­ment cou­ra­geux est celui qui brave des tyran­nies jeunes comme le matin ou des super­sti­tions fraîches comme les pre­mières fleurs. »

Gil­bert Keith Chesterton
Le monde comme il ne va pas, 1910, trad. Marie-Odile For­tier-Masek, Édi­tions L’Âge d’Homme, 1994

Le courage est presque une contradiction dans les termes…

« Le cou­rage est presque une contra­dic­tion dans les termes. C’est un puis­sant désir de vivre qui prend la forme d’un empres­se­ment à mou­rir. Celui qui per­dra sa vie la sau­ve­ra” n’est pas une sen­tence mys­tique à l’u­sage des saints et des héros. C’est le conseil quo­ti­dien aux marins et aux mon­ta­gnards. On pour­rait l’im­pri­mer dans un guide des Alpes ou dans un manuel de manœuvres mari­times. Ce para­doxe est tout le prin­cipe du cou­rage, même du cou­rage tout à fait ter­restre ou tout à fait brutal. »

Gil­bert Keith Chesterton
Ortho­doxie, 1908, trad. Lucien d’A­zay, édi­tions Flam­ma­rion, coll. « Cli­mats », 2010

Le déclin du courage…

« Le déclin du cou­rage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étran­ger dans l’Oc­ci­dent d’au­jourd’­hui. Le cou­rage civique a déser­té non seule­ment le monde occi­den­tal dans son ensemble, mais même cha­cun des pays qui le com­posent, cha­cun de ses gou­ver­ne­ments, cha­cun de ses par­tis, ain­si que, bien enten­du, l’Or­ga­ni­sa­tion des Nations Unies. Ce déclin du cou­rage est par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible dans la couche diri­geante et dans la couche intel­lec­tuelle domi­nante, d’où l’im­pres­sion que le cou­rage a déser­té la socié­té tout entière. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

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