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Citations sur l'idéologie

Le journaliste et son journal sont-ils vraiment responsables…

« Le jour­na­liste et son jour­nal sont-ils vrai­ment res­pon­sables devant leurs lec­teurs ou devant l’Histoire ? Quand il leur est arri­vé, en don­nant une infor­ma­tion fausse ou des conclu­sions erro­nées, d’induire en erreur l’opinion publique ou même de faire faire un faux pas à l’État tout entier – les a‑t-on jamais vus l’un ou l’autre battre publi­que­ment leur coulpe ? Non, bien sûr, car cela aurait nui à la vente. Dans une affaire pareille, l’État peut lais­ser des plumes – le jour­na­liste, lui, s’en tire tou­jours. Vous pou­vez parier qu’il va main­te­nant, avec un aplomb renou­ve­lé, écrire le contraire de ce qu’il affir­mait auparavant. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

Mettre dans la bouche des malheureux des mots…

« Mettre dans la bouche des mal­heu­reux des mots qui appar­tiennent à la région moyenne des valeurs, tels que démo­cra­tie, droit ou per­sonne, c’est leur faire un pré­sent qui n’est sus­cep­tible de leur ame­ner aucun bien et qui leur fait inévi­ta­ble­ment beau­coup de mal.
Ces notions n’ont pas leur lieu dans le ciel, elles sont en sus­pens dans les airs, et pour cette rai­son même elles sont inca­pables de mordre la terre.
Seule la lumière qui tombe conti­nuel­le­ment du ciel four­nit à un arbre l’énergie qui enfonce pro­fon­dé­ment dans la terre les puis­santes racines. L’arbre est en véri­té enra­ci­né dans le ciel.
Seul ce qui vient du ciel est sus­cep­tible d’imprimer réel­le­ment une marque sur la terre. »

Simone Weil
La per­sonne et le sacré, 1943, édi­tions Gal­li­mard, coll. Espoir, 1957, R&N Édi­tions, 2016

L’idée d’une démocratie terminale…

« C’est ain­si que s’est impo­sé en quelques décen­nies l’idée d’une démo­cra­tie ter­mi­nale, fon­dée sur les réac­tions à chaud d’opi­nions son­da­gières et l’exhibition per­ma­nente des stig­mates du Bien” qui doit se pro­pa­ger coûte que coûte à tous les aspects, y com­pris les plus intimes, de la vie humaine. Nous sen­tons qu’il y a quelque chose de tota­li­taire là-dedans mais cha­cun s’y résigne et la pro­pa­ga­tion Illu­mi­niste du Bien” est désor­mais consi­dé­rée comme un moindre mal. »

Oli­vier Bardolle
Petit trai­té des ver­tus réac­tion­naires, L’Éditeur, 2010

La novlangue – la distorsion du sens des mots…

« La nov­langue – la dis­tor­sion du sens des mots pour chan­ger la nature de ce qu’ils dési­gnent – carac­té­rise l’ordre post-démo­cra­tique euro­péen. Elle est la langue des domi­nants qui vou­draient bien qu’elle devienne aus­si celle des sujets du Sys­tème afin qu’ils s’y soumettent. »

Jean-Yves Le Gal­lou (dir.)
Nou­veau dic­tion­naire de nov­langue, La nov­langue revi­si­tée (avant-pro­pos), Polé­mia édi­teur, 2013

Ce qui fut longtemps sagesse populaire…

« Ce qui fut long­temps sagesse popu­laire, morale ances­trale, bon sens pay­san et qui pou­vait alors suf­fire pour consti­tuer un esprit sain, a dis­pa­ru sous les effets conju­gués de l’information de masse, d’abord avec la télé­vi­sion, ensuite avec la pro­li­fé­ra­tion numé­rique. Jamais l’illettrisme n’a été autant haut-de-gamme, concer­nant par­fois plus les diplô­més que ceux qui ne le sont pas, tant le bour­rage de crâne idéo­lo­gique fait sa loi depuis plus d’un demi-siècle. »

Michel Onfray
« Dire la véri­té, toute la véri­té, rien que la véri­té », Élé­ments n°157, octobre 2015

Les effets politiquement catastrophiques de la croyance…

« Ce n’est que de nos jours, qu’il est pos­sible de com­men­cer à mesu­rer exac­te­ment les effets poli­ti­que­ment catas­tro­phiques de la croyance au carac­tère conser­va­teur de l’ordre éco­no­mique et libé­ral. C’est ce pos­tu­lat insen­sé qui, depuis trente ans, n’a ces­sé de conduire méca­ni­que­ment la plu­part des mili­tants de gauche, à tenir l’a­dop­tion a prio­ri de n’im­porte quelle pos­ture moder­ni­sa­trice ou pro­vo­ca­trice — que ce soit sur un plan tech­no­lo­gique, moral ou autre — pour un geste qui serait tou­jours, et par défi­ni­tion, révo­lu­tion­naire”, et anti-capi­ta­liste” ; ter­rible confu­sion qui, il est vrai, a tou­jours eu l’in­com­pa­rable avan­tage psy­cho­lo­gique d’au­to­ri­ser ceux qui s’y sou­met­taient, à vivre leur propre obéis­sance à l’ordre indus­triel et mar­chand comme une moda­li­té exem­plaire de la rebel attitude”. »

Jean-Claude Michéa
Impasse Adam Smith. Brèves remarques sur l’im­pos­si­bi­li­té de dépas­ser le capi­ta­lisme sur sa gauche, 2002, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Champs essais, 2006

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