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Citations sur l'héritage

Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait…

« Je veux ima­gi­ner sous quels traits nou­veaux le des­po­tisme pour­rait se pro­duire dans le monde : je vois une foule innom­brable d’hommes sem­blables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se pro­cu­rer de petits et vul­gaires plai­sirs, dont ils emplissent leur âme. […] Au-des­sus de ceux-là s’élève un pou­voir immense et tuté­laire, qui se charge seul d’assurer leur jouis­sance et de veiller sur leur sort. Il est abso­lu, détaillé, régu­lier, pré­voyant et doux. Il res­sem­ble­rait à la puis­sance pater­nelle si, comme elle, il avait pour objet de pré­pa­rer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irré­vo­ca­ble­ment dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pour­vu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il tra­vaille volon­tiers à leur bon­heur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pour­voit à leur sécu­ri­té, pré­voit et assure leurs besoins, faci­lite leurs plai­sirs, conduit leurs prin­ci­pales affaires, dirige leur indus­trie, règle leurs suc­ces­sions, divise leurs héri­tages ; que ne peut-il leur ôter entiè­re­ment le trouble de pen­ser et la peine de vivre ! »

Alexis de Tocqueville
De la démo­cra­tie en Amé­rique, 1840

Cette crise de la culture n’est pas le résultat…

« Cette crise de la culture n’est pas le résul­tat d’un pro­blème de moyens, de finan­ce­ment ou de ges­tion ; c’est un bou­le­ver­se­ment inté­rieur. Il s’est pro­duit, dans nos socié­tés occi­den­tales, un phé­no­mène unique, une rup­ture inédite : une géné­ra­tion s’est refu­sée à trans­mettre à la sui­vante ce qu’elle avait à lui don­ner, l’ensemble du savoir, des repères, de l’expérience humaine immé­mo­riale qui consti­tuait son héri­tage. Il y a là une ligne de conduite déli­bé­rée, jusqu’à l’explicite : j’étais loin d’imaginer, en com­men­çant à ensei­gner, l’impératif essen­tiel qui allait struc­tu­rer ma for­ma­tion de jeune pro­fes­seur. « Vous n’avez rien à trans­mettre » : ces mots, pro­non­cés à plu­sieurs reprises par un ins­pec­teur géné­ral qui nous accueillait dans le métier le jour de notre pre­mière ren­trée, avaient quelque chose de si éton­nant qu’ils ont pro­fon­dé­ment mar­qué ma mémoire. « Vous n’avez rien à trans­mettre. » La culture est pro­pre­ment ce qui se trans­met. Ne plus faire subir à nos suc­ces­seurs ce far­deau péri­mé que le pas­sé jet­te­rait sur leur liber­té nou­velle, voi­là le pro­jet qui nous est proposé.
Désor­mais, il faut faire en sorte que chaque enfant puisse, pour créer un che­min per­son­nel, pro­duire son propre savoir. Écar­tés, le « cours magis­tral » et le « par cœur » ; refu­sée, l’idée qu’une concep­tion du monde pour­rait être trans­mise aux enfants par leurs parents. Nous avons per­du le sens de la culture. Elle est pour nous, au mieux, un luxe inutile ; au pire, un bagage encom­brant. Bien sûr, nous conti­nuons de visi­ter les musées, d’aller au ciné­ma, d’écouter de la musique ; et en ce sens, nous n’avons pas consciem­ment reje­té loin de nous la culture. Mais elle ne nous inté­resse plus que sous la forme d’une dis­trac­tion super­fi­cielle, d’un plai­sir intel­li­gent ou d’un agré­ment décoratif. »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Les Déshé­ri­tés ou l’urgence de trans­mettre, édi­tions Plon, 2014

L’Europe est le nom de notre tradition, un murmure…

« L’Europe est le nom de notre tra­di­tion, un mur­mure des temps anciens et du futur. Notre tra­di­tion est une façon de se conduire et de conduire notre vie qui n’appartient qu’à nous. Elle nous est révé­lée par les poèmes d’Homère et par nos grandes légendes, celles de la Table Ronde ou des Nibe­lun­gen. Elle nous est révé­lée aus­si par le tré­sor des contes. Sous des appa­rences dif­fé­rentes, nos contes tissent la trame d’un même héri­tage de part et d’autre du Rhin, des Alpes et des Pyré­nées. Retrou­vés en Alle­magne par les frères Grimm et en France par Charles Per­rault, sans avoir l’air de rien, ils sont l’un de nos biens les plus pré­cieux. Ils ne se voilent d’obscurité que si l’on ne fait pas l’effort de les décou­vrir. Jadis, leur trans­mis­sion se fai­sait à la veillée, par le récit des Anciens. Se jouant du temps qui passe, ils conti­nuent de dire le retrait sal­va­teur dans la forêt, les forces de la nature, la soli­tude et la com­mu­nau­té, les rites de pas­sage de l’enfance à l’âge adulte, la ren­contre de la jeune fille et du che­va­lier, l’ordre du monde. Les contes sont le grand livre de notre tra­di­tion. Leur fonc­tion est de léguer la sagesse ances­trale de la com­mu­nau­té. Même quand on y ren­contre des elfes ou des fées auprès des sources et au coin des bois, ils sont le contraire des « contes de fées ». Sous l’apparence du diver­tis­se­ment, ils enseignent des leçons de vie. Ils disent les secrets qui feront que les demoi­selles devien­dront femmes et les gar­çons des hommes. Les contes disent les menaces à sur­mon­ter (le Chat bot­té), les limites à ne pas fran­chir (Barbe bleue), la ruse ter­ras­sant la force bru­tale (le Petit Pou­cet), la ran­çon de l’étourderie (le Petit Cha­pe­ron Rouge), le prix du ser­ment (Gri­sé­li­dis), l’effort sou­te­nu triom­phant d’une nature ingrate (Riquet à la houppe), les périls cou­rus par la jeune fille et la viri­li­té dévoyée (Peau d’âne). Les contes disent encore le cou­rage, l’espoir et la constance des jeunes filles triom­phant des épreuves (Cen­drillon). Ils disent aus­si la vigueur, l’audace, la vaillance et les rup­tures par quoi les gar­çons sont ce qu’ils sont (Per­ce­val). Les contes montrent qu’en s’appuyant sur les forces de la nature, la femme main­tient ou res­taure l’ordre du monde et de la com­mu­nau­té (Blanche Neige). Ces secrets sont nôtres, on pour­rait par­fois les croire per­dus alors qu’ils ne sont qu’assoupis. Comme dans le conte de la Belle au bois dor­mant, ils se réveille­ront. Ils se réveille­ront sous l’ardeur de l’amour que nous leur porterons. »

Domi­nique Venner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, 2002

Il y a deux façons principales d’envisager l’homme et la société…

« Il y a deux façons prin­ci­pales d’envisager l’homme et la socié­té. Ou bien la valeur fon­da­men­tale est pla­cée dans l’individu (et, par suite, dans l’humanité, for­mée de l’addition de tous les indi­vi­dus) : c’est l’idée chré­tienne, bour­geoise, libé­rale et socia­liste. Ou bien la valeur fon­da­men­tale, ce sont les peuples et les cultures, notions émi­nem­ment plu­rielles qui fondent une approche « holiste » de la socié­té. Dans un cas, l’humanité, somme de tous les indi­vi­dus, est éga­le­ment « conte­nue » dans chaque être humain par­ti­cu­lier : on est d’abord un « homme », et secon­dai­re­ment seule­ment, comme par acci­dent, membre d’une culture et d’un peuple. Dans l’autre, l’humanité n’est que l’ensemble des cultures et des com­mu­nau­tés popu­laires : c’est par ses appar­te­nances orga­niques que l’homme est fon­dé dans son huma­ni­té. D’un côté, on a Des­cartes, les Ency­clo­pé­distes et l’idéologie des droits de l’homme ; la natio­na­li­té et la socié­té reposent sur le choix élec­tif indi­vi­duel et le contrat-plé­bis­cite révo­cable uni­la­té­ra­le­ment. De l’autre, on a Leib­niz, Her­der, le droit des cultures et la cause des peuples ; la natio­na­li­té et la socié­té reposent sur l’héritage cultu­rel et his­to­rique. La dif­fé­rence entre ces deux concep­tions se retrouve jusque dans la façon d’envisager l’histoire et le struc­ture du réel. Nous sommes bien évi­dem­ment, quant à nous, du côté du holisme. L’individu, à nos yeux, n’existe qu’en liai­son avec les col­lec­ti­vi­tés dans les­quelles ils s’inclut (et par rap­port aux­quelles il se sin­gu­la­rise). Toute acti­vi­té indi­vi­duelle repré­sente un acte par­ti­ci­pant de la vie d’un peuple. L’intérêt de l’individu ne sau­rait être appré­cié « en soi ». »

Alain de Benoist
Orien­ta­tions pour des années déci­sives, édi­tions Le Laby­rinthe, 1982

Nous combattons à la fois pour l’héritage des ancêtres…

« Pour­quoi nous com­bat­tons ? Nous ne com­bat­tons pas prio­ri­tai­re­ment pour la « cause des peuples », car l’identité de chaque peuple le regarde et ne nous regarde pas, et parce que l’histoire est un cime­tière de peuples et de civi­li­sa­tions. Nous com­bat­tons pour la cause du des­tin de notre seul peuple. Même dans l’action poli­tique, cultu­relle ou méta­po­li­tique la plus quo­ti­dienne, la plus terre-à-terre (et qui est indis­pen­sable), la plus humble, même dans la for­mu­la­tion de pro­grammes pra­tiques, il faut avoir en tête cet impé­ra­tif de Grande poli­tique : nous com­bat­tons à la fois pour l’héritage des ancêtres et pour l’avenir des enfants. »

Guillaume Faye
Pour­quoi nous com­bat­tons – Mani­feste de la Résis­tance euro­péenne, Édi­tions de L’AEncre, 2001

Ici comme ailleurs, on ne fait plus que dilapider…

« Ici comme ailleurs, on ne fait plus que dila­pi­der sans ver­gogne les richesses du pas­sé. On tire des traites, sans comp­ter, sur un héri­tage qui nous a été confié, sans pou­voir ni l’accroître, ni même le sau­ver. Grand solde des décadences. »

Jean Clair
Jour­nal atra­bi­laire, édi­tions Gal­li­mard, coll. L’un et l’autre, 2006

La seule invention véritable est de déchiffrer le présent…

« La seule inven­tion véri­table est de déchif­frer le pré­sent sous ses aspects inco­hé­rents et son lan­gage contra­dic­toire. Mais si tu te laisses aller aux bali­vernes que sont tes songes creux concer­nant l’avenir, tu es sem­blable à celui-là qui croit pou­voir inven­ter sa colonne et bâtir des temples nou­veaux dans la liber­té de sa plume. Car com­ment ren­con­tre­rait-il son enne­mi et, ne ren­con­trant point d’ennemi, par qui serait-il fon­dé ? Contre qui modè­le­rait-il sa colonne ? La colonne se fonde, à tra­vers les géné­ra­tions, de son usure contre la vie. Ne serait-ce qu’une forme, tu ne l’inventes point mais tu la polis contre l’usage. Et ain­si naissent les grandes œuvres et les empires.
Il n’est jamais que du pré­sent à mettre en ordre. À quoi bon dis­cu­ter cet héri­tage ? L’avenir, tu n’as point à le pré­voir mais à le permettre. »

Antoine de Saint-Exupéry
Cita­delle, édi­tions Gal­li­mard, 1948

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