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Citations sur l'existence

Le totalitarisme est une structure indépendante du contenu qu’on y met…

« Alexandre Zino­viev me fai­sait obser­ver que le tota­li­ta­risme était une struc­ture indé­pen­dante du conte­nu qu’on y met, qu’il était pas­sé par diverses ébauches his­to­riques et qu’il consti­tuait l’a­ve­nir iné­luc­table de la socié­té indus­trielle où la fonc­tion prend le pas sur l’être. »

Slo­bo­dan Des­pot
Entre­tien accor­dé à la revue Rébel­lion, nº 55, juillet-août 2012

Libre de jouir sans entraves dans l’instantanéité du temps…

« Nos contem­po­rains répu­gne­ront à faire leur deuil du culte et du pri­mat de l’in­di­vi­du libre de toute déter­mi­na­tion, libre de jouir sans entraves dans l’instantanéité du temps, l’homo fes­ti­vus qu’a bien défi­ni Muray, dont le vivre ensemble” est un mélange para­doxal de consom­ma­tion maté­ria­liste, de jouis­sances fugi­tives et de convi­via­li­té fac­tice.
Et c’est pour­tant à cet indi­vi­dua­lisme qu’il faut renon­cer pour reve­nir à une concep­tion et une défi­ni­tion holiste et orga­nique de la socié­té de l’Être. C’est une ques­tion de sur­vie indi­vi­duelle et col­lec­tive. »

Lio­nel Ron­douin
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

Notre originalité nous effraie…

« Notre ori­gi­na­li­té nous effraie, voi­là pour­quoi la plu­part des gens n’osent pas quit­ter le trou­peau pour vivre. »

Jean-René Hugue­nin
Jour­nal, 1964, édi­tions Seuil, coll. Points, 1997

Le petit homme contemporain sait comment il se nomme…

« Le petit homme contem­po­rain sait com­ment il se nomme et de qui il est direc­te­ment issu. Là se borne sa cer­ti­tude. Et encore… De la notion du temps, il ne reçoit qu’une per­cep­tion hori­zon­tale, quelque chose de déri­soi­re­ment limi­té. Dans l’éruption conti­nue à la sur­face de la terre, il se retrouve agglo­mé­ré à des mil­liards d’autres hommes… De la per­cep­tion ver­ti­cale, celle qui se hausse par l’échelle du pas­sé, et qui lui ren­drait sa noblesse, quelle que soit la modes­tie de son lignage, il n’a pas conscience. Sou­vent il la refuse. Débar­ras­sé de ce bagage, il s’imagine cou­rir plus vite ! Il galope en rond, le petit homme, comme une carne au bout d’une longe, avec son ano­ny­mat pour piquet. Il n’en sor­ti­ra jamais. Alors ? […]
Il ne sait rien. En quoi cela le concerne-t-il ? Il se tient seul, au centre de sa vie pas­sa­gère, entre son père et son fils, bornes extrêmes de son exis­tence […] Alors vous mesu­rez com­bien immense et proche est le désert… Je trouve cela inad­mis­sible, révol­tant, incroyable, navrant. Je demeure per­sua­dé que la chaîne res­ta long­temps solide et qu’elle com­men­ça à se perdre à l’aube du monde moderne, quand les hommes s’éloignèrent du vrai pour s’occuper de bali­vernes. »

Jean Ras­pail
La hache des steppes, édi­tions Robert Laf­font, 1974

Exister, c’est se vouer et se dévouer…

« Exis­ter, c’est se vouer et se dévouer. Mais mou­rir, c’est par­fois une autre façon d’exister. […] La mort n’est pas seule­ment le drame que l’on dit, sinon pour ceux qui pleurent sin­cè­re­ment le dis­pa­ru. Elle met fin aux mala­dies cruelles et inter­rompt le déla­bre­ment de la vieillesse, don­nant leur place aux nou­velles géné­ra­tions. La mort peut se révé­ler aus­si une libé­ra­tion à l’égard d’un sort deve­nu insup­por­table ou désho­no­rant. Sous sa forme illus­trée par les Samou­raï et les vieux Romains”, elle peut consti­tuer la plus forte des pro­tes­ta­tions contre une indi­gni­té autant qu’une pro­vo­ca­tion à l’espérance. »

Domi­nique Ven­ner
Édi­to­rial de La Nou­velle Revue d’Histoire (NRH), N°64, La fin des Habs­bourg, jan­vier-février 2013

Un monde absolument hostile, qui n’est pas fait pour l’homme…

« Un monde abso­lu­ment hos­tile, qui n’est pas fait pour l’homme, et qui l’attire pour­tant comme un des der­niers défis de notre pla­nète trop civi­li­sée ! Et certes, il faut être très civi­li­sé pour appré­cier cette aber­ra­tion, le choix volon­taire de se pri­ver du confort de la vie moderne. Il faut être reve­nu de beau­coup de choses, avoir épui­sé beau­coup de plai­sirs, pour goû­ter les délices de la fatigue, du froid, de la peur, de la souf­france… Mais c’est à ce prix seule­ment que l’homme à l’âme terne, ras­sa­sié de bien-être et de sécu­ri­té peut se sen­tir à nou­veau exis­ter. »

Anne-Laure Boch
L’Euphorie des Cimes, Édi­tions Trans­bo­réales, 2011

À quoi sert de vivre, si on ne se sert pas de sa vie…

« À quoi sert de vivre, si on ne se sert pas de sa vie pour la cho­quer contre la mort, comme un bri­quet ? Guerre – ou révo­lu­tion, c’est-à-dire guerre encore – il n’y a pas à sor­tir de là. Si la mort n’est pas au cœur de la vie comme un dur noyau – la vie, quel fruit mou et bien­tôt blet ? »

Pierre Drieu la Rochelle
La Comé­die de Char­le­roi, édi­tions Gal­li­mard, 1934

Les dieux – entendez les passions qui nous donneront…

« Les dieux – enten­dez les pas­sions qui nous don­ne­ront la force non rai­son­née de vivre – ne vien­dront que si nous les méri­tons. Dans l’état sinistre où nous sommes, je ne peux que me deman­der – et ne vous deman­der, à vous, petit nombre – qu’une dis­po­si­tion à les accueillir. Ne pas suc­com­ber, ne pas rompre. Ne pas plier les genoux. Ne pas accep­ter la défaite qui en nous s’installe. Récu­ser la lai­deur qui nous lèche, en vue de jouis­sances immondes, de sa langue tiède. Dire non pour sau­ver l’éclat de notre oui. Notre cou­rage, pour l’heure, est seul en cette forêt. Que faire ? Défri­cher. Tra­cer un sen­tier et, là-bas, au loin, qui vers nous s’avancera ? Je ne le sais pas. Per­sonne en tout cas si nous ne nous effor­çons pas d’ouvrir la voie. Quelqu’un peut-être, si nous avons bat­tu le sen­tier et si nous sommes quelques-uns à tou­jours le gar­der ouvert, afin que les jungles tou­jours recom­men­cées ne l’engloutissent. Et si nous sommes tou­jours obli­gés de tailler et d’élaguer, qu’importe ! »

Jean Cau
La grande pros­ti­tuée, édi­tions de La Table Ronde, 1974

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