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Citations sur l'Europe

Beaucoup d’européens voudraient ne pas descendre de leurs ancêtres…

« Aujourd’­hui, beau­coup d’eu­ro­péens vou­draient ne pas des­cendre de leurs ancêtres et se refaire une his­toire idéale. Ou, à défaut, expier et se repen­tir au nom de leurs aïeux.
Tout cela est absurde et tra­duit une nation mal dans sa peau, obsé­dée de régler ses comptes avec elle-même. L’His­toire est ce qu’elle est, nous devons la connaître, l’as­su­mer, la pour­suivre en la dépas­sant, en nous gar­dant de la pos­ture expia­toire comme de l’au­to-encen­se­ment. Anti­dote au caté­chisme du devoir de mémoire : L’His­toire. N’en rien occul­ter. Tout ensei­gner. Tout trans­mettre. En tirer des leçons pour l’a­ve­nir constam­ment réactualisées. »

Hubert Védrine
Conti­nuer l’Histoire, édi­tions Fayard, 2007

Le néolibéralisme a mis en place les conditions de heurts…

« En sus­ci­tant une mobi­li­té de la main‑d’œuvre et des flux migra­toires mas­sifs, le néo­li­bé­ra­lisme a mis en place les condi­tions de heurts civi­li­sa­tion­nels et de guerres de reli­gions à l’échelle de conti­nents entiers. C’est lui, et non les idéo­logues d’extrême gauche, qui a impo­sé un métis­sage accé­lé­ré auquel les popu­la­tions autoch­tones de la vieille Europe ne sont pas préparées. »

Jacques Jul­liard et Jean-Claude Michéa
La Gauche et le Peuple, édi­tions Flam­ma­rion, 2014

La part d’imprévu que recèle le cours de l’Histoire…

« Contre les lec­tures cano­niques, sot­te­ment engen­drées par l’optimisme pro­gres­siste, de ce que fut en réa­li­té le sombre XXe siècle”, il [Domi­nique Ven­ner] éva­luait l’ampleur de la catas­trophe sur­ve­nue en 1914, point de départ de la sui­ci­daire guerre de trente ans” euro­péenne. Géné­ra­teur du chaos que l’on sait et de l’effacement de ce qui avait consti­tué cinq siècles durant, pour reprendre le mot de Valé­ry, la par­tie pré­cieuse de l’Humanité”, cet effon­dre­ment de la vieille Europe” n’avait cepen­dant, selon Domi­nique Ven­ner, rien de fatal.
La part d’imprévu que recèle le cours de l’Histoire, tout comme la volon­té et le cou­rage de géné­ra­tions capables de renouer avec leur iden­ti­té fai­saient, selon lui, que l’actuelle dor­mi­tion” de l’Europe n’était pas, dans le nou­vel ordre du monde en train de s’établir, le pré­lude à sa disparition. »

Phi­lippe Conrad
Domi­nique Ven­ner : un regard ins­pi­ré sur l’Histoire, allo­cu­tion au Col­loque Domi­nique Ven­ner, Paris, Mai­son de la Chi­mie, 17 mai 2014

Notre culture européenne tout entière se meurt…

« Notre culture euro­péenne tout entière se meurt depuis long­temps déjà, avec une tor­tu­rante ten­sion qui croît de décen­nies en décen­nies, comme por­tée vers une catas­trophe : inquiète, vio­lente, pré­ci­pi­tée ; comme un fleuve qui veut en finir, qui ne cherche plus à reve­nir à soi, qui craint de reve­nir à soi. »

Frie­drich Nietzsche
Frag­ments post­humes, Tome XIII, 1887 – 1888, trad. Hen­ri-Alexis Baatsch et Pierre Klos­sows­ki, édi­tions Gal­li­mard, 1976

L’idéologie droit de l’hommiste qui s’est imposée à la faveur de la chute du communisme…

« L’idéologie droit de l’hommiste qui s’est impo­sée à la faveur de la chute du com­mu­nisme, de la mise en œuvre du sys­tème libé­ral mon­dia­li­sé et de l’effacement pro­gram­mé des nations a impo­sé de fait le prin­cipe de libre cir­cu­la­tion pour tout le monde et n’importe qui, et a pro­cla­mé l’obsolescence pro­chaine, sou­hai­table et défi­ni­tive des fron­tières. Les incan­ta­tions anti­ra­cistes for­mu­lées pour inter­dire tout débat sur la ques­tion et l’exaltation de l’homme nomade cher à Jacques Atta­li ne sont cepen­dant pas par­ve­nues à étouf­fer la résis­tance des peuples (…).
D’ores et déjà, les pro­mo­teurs du vil­lage glo­bal” sou­mis à la démo­cra­tie” et au mar­ché semblent avoir per­du la par­tie et il y a quelque chose de pathé­tique à voir la tech­no­cra­tie bruxel­loise, aus­si illé­gi­time qu’irresponsable et nui­sible, s’accrocher à ses lubies immi­gra­tion­nistes et à se pré­va­loir de ses valeurs” pour jus­ti­fier l’arrivée en Europe de cin­quante mil­lions d’immigrés dans les deux décen­nies qui viennent, un afflux néces­saire pour assu­rer demain le paie­ment de nos retraites… »

Phi­lippe Conrad
Rele­ver le défi migra­toire, rendre à l’Europe son iden­ti­té, allo­cu­tion au troi­sième col­loque de l’Institut Iliade, Paris, Mai­son de la Chi­mie, 9 avril 2016

Un simple lieutenant, entre le bolchevisme de Bela Kun…

« Un simple lieu­te­nant, entre le bol­che­visme de Bela Kun et l’impérialisme rou­main, des­si­nait et fai­sait res­pec­ter une zone de sécu­ri­té. Un colo­nel s’interposait entre Tchèques et Hon­grois et la ligne d’armistice qu’il déter­mi­nait allait deve­nir fron­tière. »

Ber­trand de Jouvenel
La décom­po­si­tion de l’Europe libé­rale, 1924 – 1932, édi­tions Plon, 1941

Aussi loin que l’on regarde dans l’histoire des cités…

« Aus­si loin que l’on regarde dans l’histoire des cités, des royaumes et des nations d’Europe, l’esprit mili­taire, dans sa struc­ture mas­cu­line, en a été le cœur vivant étroi­te­ment asso­cié à la sou­ve­rai­ne­té. La plu­part de ceux qui se sont révol­tés, toutes caté­go­ries sociales confon­dues, hommes et femmes, oui, femmes aus­si, avaient en com­mun, sou­vent par tra­di­tion fami­liale, un atta­che­ment qua­si litur­gique au conte­nu de l’ordre mili­taire. Non pour l’armée de leur temps qui, à bien des égards, était peu défen­dable, mais pour ce que l’esprit et la for­ma­tion authen­ti­que­ment mili­taire apportent d’unique et d’irremplaçable au sein de la socié­té civile : aus­té­ri­té, abné­ga­tion, maî­trise des sen­ti­ments, sou­mis­sion au devoir. Dis­po­si­tions viriles, fon­ciè­re­ment anti-uti­li­taires et anti­bour­geoises, même quand elles sont hono­rées, ce qui est fré­quent, par des familles appar­te­nant socia­le­ment à la bour­geoi­sie. Elles étaient tout ce qui sub­sis­tait de l’ancienne arma­ture humaine qui, depuis plus de trois mille ans, avait fait de l’Europe ce qu’elle avait été. »

Domi­nique Venner
Le cœur rebelle, Les Belles Lettres, 1994, réédi­tion Pierre-Guillaume de Roux, 2014

Nous vivons dans un déni du collectif et du symbolique…

« Nous vivons dans un déni du col­lec­tif et du sym­bo­lique qui confine à la néga­tion de la réa­li­té de la condi­tion humaine et des condi­tions de l’expérience humaine, la pesan­teur, la durée, l’origine, l’appartenance, cette réa­li­té jamais aus­si pré­sente sans doute qu’au moment où elle est refu­sée davan­tage. Nous, Euro­péens, qui avons refu­sé de men­tion­ner l’origine chré­tienne de l’Europe et pré­ten­dons inter­dire à l’Italie d’accrocher des cru­ci­fix dans ses écoles, fai­sons comme si l’argent fai­sait socié­té, comme si la bulle de l’assistance et de l’argent public pou­vait rem­pla­cer la fron­tière, oublier l’origine et se sub­sti­tuer à l’unité poli­tique. Et nous, Fran­çais, fai­sons comme si ce n’était pas les arrière-petits-enfants des esclaves de la traite, les des­cen­dants loin­tains des royaumes et des empires assu­jet­tis et rui­nés, qui nous demandent des comptes en rai­son des liens, des ori­gines et du sang ! Ils ont été ceux que nous serons, expul­sés de notre ori­gine, inter­dits de notre iden­ti­té, sus­pec­tés de résis­tance à notre dis­pa­ri­tion, rebelles à deve­nir colo­nie de nos colo­nies. L’étrange consen­te­ment de l’Europe à sa fin n’est pas étran­ger aux attaques dont elle fait l’objet : le par­tage des dépouilles attire les appétits… »

Her­vé Juvin
Le ren­ver­se­ment du monde. Poli­tique de la crise, édi­tions Gal­li­mard, 2010

Dans les faits, plus la prétention de l’économie à sortir

« Dans les faits, plus la pré­ten­tion de l’économie à sor­tir de la mai­son pour deve­nir mon­diale se tra­duit par des normes, des règles et des formes uniques, plus la réa­li­té s’en éloigne, plus la véri­té s’enfuit comme du sable entre les doigts de ceux qui savent bien que les règles et les formes sont tout ce dont la vie s’échappe. […] Vu depuis le monde qui vient, notre sys­tème du monde est d’abord carac­té­ri­sé par la naï­ve­té de la rai­son, qui le conduit à balayer ce qu’il ne com­prend pas, à consi­dé­rer insi­gni­fiant et même inexis­tant ce qu’il n’explique pas, même si des siècles ou des mil­lé­naires l’ont vali­dé, comme si ce qui paraît ne pas avoir de sens ne fai­sait pas sens. Croire que ce qui est bon pour nous l’est pour les autres abou­tit à pro­mettre à ceux qui ne l’ont pas vécue qu’ils pour­ront repro­duire la sin­gu­lière aven­ture de l’Europe et de l’Occident : le simple bon sens suf­fit pour sen­tir la vani­té, plus encore, la faute de cette promesse. »

Her­vé Juvin
Le ren­ver­se­ment du monde. Poli­tique de la crise, édi­tions Gal­li­mard, 2010

La tradition musicale peut encore ouvrir de nouveaux champs de réflexion…

« La tra­di­tion musi­cale peut encore, non sans quelque impli­ca­tion poli­tique, ouvrir de nou­veaux champs de réflexion aux créa­teurs curieux des splen­deurs per­dues. Par où doivent-ils pas­ser ? Un com­pos­teur esto­nien comme Arvo Pärt a ten­té de déblayer un che­min en repar­tant des tra­vaux de l’école de Notre-Dame et des par­ti­tions de Jos­quin des Prés. D’autres pas­se­ront par d’autres voies et d’autres voix. La pro­chaine clai­rière de l’Europe musi­cale s’ouvrira, comme disait Rilke, quelque part dans l’inachevé”, là où ces che­mins mèneront. »

Jean-Fran­çois Gautier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

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