Je ne pense pas que le mâle blanc hétérosexuel soit…

« Je ne pense pas que le mâle blanc hété­ro­sexuel soit oublié dans la lit­té­ra­ture contem­po­raine, cepen­dant, on pri­vi­lé­gie ses ver­sions plus jeunes, plus enga­gées, plus souf­frantes, plus céli­ba­taires, plus tren­dys. Le père de famille, agent immo­bi­lier, s’il n’est pas un beauf dans un roman fémi­nin, s’il n’est pas assas­si­né dans un roman poli­cier, s’il n’est pas concer­né par le sort des va-nu-pieds dans un roman huma­niste, ne doit pas, en effet, être si courant. »

Patrice Jean
Qu’un écri­vain puisse être en paix avec son temps me paraît vrai­ment curieux, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 29 sep­tembre 2017

Rien n’est nouveau. Pestes et choléras fauchent les hommes…

« Rien n’est nou­veau. Pestes et cho­lé­ras fauchent les hommes depuis long­temps. L’Histoire, cette contra­dic­tion de l’idée de pro­grès, n’est que l’éternel retour des désastres et des renais­sances. Mais nous avons chan­gé d’échelle. Quand un sys­tème change d’échelle, il change de nature. »

Syl­vain Tesson
Que ferons-nous de cette épreuve ?, entre­tien au Figa­ro, par Vincent Tre­mo­let de Vil­lers, 20 mars 2020

On ne saurait refonder l’action politique…

« On ne sau­rait refon­der l’ac­tion poli­tique sans s’ar­ra­cher men­ta­le­ment à tout ce qui inhibe la parole publique, sans se révol­ter contre l’é­touf­fe­ment de la liber­té d’ex­pres­sion, sans se révol­ter non plus contre ce qui empêche l’ac­tion publique. Il est pro­ba­ble­ment néces­saire de sor­tir de la mytho­lo­gie pro­gres­siste pour renouer avec un débat poli­tique qui ne dis­qua­li­fie pas à l’a­vance ceux qui confessent leur scep­ti­cisme devant la dyna­mique de la moder­ni­té. »

Mathieu Bock-Côté
L’Em­pire du poli­ti­que­ment cor­rect, Les Édi­tions du cerf, 2019

Comme le marxisme, la démocratie tient qu’il existe une vérité morale…

« Nous en sommes arri­vés, sans nous en rendre compte, à un régime où il n’est pas per­mis de pen­ser incor­rec­te­ment, et où il n’est pas per­mis non plus de vivre incor­rec­te­ment. Comme le mar­xisme, la démo­cra­tie tient qu’il existe une véri­té morale parce qu’elle croit comme le mar­xisme à un pro­grès de l’hu­ma­ni­té et par consé­quent à un sens de l’histoire. »

Mau­rice Bardèche
Sparte et les Sudistes, édi­tions Les Sept Cou­leurs, 1969

La novlangue repose sur l’inversion du sens…

« [La nov­langue] repose sur l’inversion du sens qui reflète l’inversion des valeurs sur laquelle se fonde jus­te­ment l’idéologie du Sys­tème. Ain­si, par exemple, le mot « Répu­blique » ne désigne-t-il plus de nos jours la sou­ve­rai­ne­té du peuple mais son contraire : la sou­mis­sion à l’idéologie cos­mo­po­lite, au gou­ver­ne­ment des juges et à la loi des marchés. »

Jean-Yves Le Gal­lou (dir.)
Nou­veau dic­tion­naire de nov­langue, La nov­langue revi­si­tée (avant-pro­pos), Polé­mia édi­teur, 2013

Quand je lis Nietzsche, Schopenhauer, Baudelaire…

« Quand je lis Nietzsche, Scho­pen­hauer, Bau­de­laire, Pes­soa ou même Molière, je me dis sou­vent que telle phrase, tel para­graphe, aujourd’­hui, subi­raient la foudre des cen­seurs. Je pense que les grands écri­vains (rien que ce concept de grand écri­vain, pour cer­tains, est déjà démo­cra­ti­que­ment dou­teux) s’ils étaient lus, vrai­ment lus, par l’a­vant-garde du pro­gres­sisme, feraient moins les malins. »

Patrice Jean
Qu’un écri­vain puisse être en paix avec son temps me paraît vrai­ment curieux, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 29 sep­tembre 2017

Non content de prévoir ce qui se passerait en Russie…

« Non content de pré­voir ce qui se pas­se­rait en Rus­sie, Léon­tiev géné­ra­li­sait ses pré­dic­tions : Le monde entier pro­gresse vers la même chose, vers je ne sais quel type de socié­té euro­péenne moyenne et vers l’a­vè­ne­ment de je ne sais quel homme moyen. Et on conti­nue­ra à pro­gres­ser jus­qu’à ce que tous se soient fon­dus en une fédé­ra­tion euro­péenne unique.” Toutes les forces contem­po­raines, affir­mait-il, ne sont que l’ins­tru­ment aveugle de la volon­té mys­té­rieuse qui, pas à pas, cherche à démo­cra­ti­ser, à éga­li­ser, à mêler les élé­ments sociaux de toute l’Eu­rope Romaine-ger­ma­nique pour com­men­cer, et puis, qui sait, de l’hu­ma­ni­té tout entière”.
Le vision­naire dénon­çait Procuste.
Il fai­sait plus que le dénon­cer. Sous cou­leur de com­pa­rer la Rus­sie à Byzance, il a fait une théo­rie de l’His­toire qui est en réa­li­té une onto­lo­gie dia­lec­tique de la différence. »

Vla­di­mir Volkoff
Le com­plexe de Pro­custe, édi­tions Jul­liard – L’Âge d’Homme, 1981

Ce qui est en jeu…

« Ce qui est en jeu, ce n’est pas d’ar­rê­ter le mou­ve­ment ; c’est au contraire de sau­ver la pos­si­bi­li­té d’un mou­ve­ment authen­tique. Pour qu’un chan­ge­ment effec­tif nous approche du meilleur, encore faut-il un point d’ap­pui : Don­nez-moi, deman­dait Archi­mède, un point fixe et un levier, et je sou­lè­ve­rai la terre.” Si l’on nous refuse tout point fixe, nos leviers même les plus puis­sants ne nous ser­vi­ront à rien… En affir­mant que tout est mobile, on tue en fait le mou­ve­ment. Le pro­gres­sisme a détruit l’i­dée de pro­grès en décri­vant le chan­ge­ment comme néces­saire par prin­cipe. Il faut sau­ver de cette illu­sion absurde les pro­grès véri­tables dont nous avons besoin : et voi­là com­ment nous pour­rons remettre la main sur notre propre destin. »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Demeure. Pour échap­per à l’ère du mou­ve­ment per­pé­tuel, Édi­tions Gras­set, 2018

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