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Citations sur le pouvoir

Si la construction de l’Europe a un sens…

« Si la construc­tion de l’Europe a un sens, c’est prin­ci­pa­le­ment à condi­tion que l’Europe sache inven­ter une solu­tion ori­gi­nale au malaise de la socié­té de consom­ma­tion, en s’inspirant de son expé­rience et de ses tra­di­tions. […] La mis­sion de l’Europe est de construire les digues qui cana­li­se­ront la socié­té de consom­ma­tion. Nous avons besoin d’établir quelque pou­voir, à défaut de quelque dieu, au-des­sus des ingé­nieurs du monde moderne, au-des­sus de l’empire des stocks et des bilans. »

Mau­rice Bardèche
Sparte et les Sudistes, édi­tions Les Sept Cou­leurs, 1969

Désormais, il n’y a plus dans la communauté que des automates…

« Désor­mais, il n’y a plus dans la com­mu­nau­té que des auto­mates manœu­vrés d’en haut, des rési­dus infi­ni­ment petits de l’homme, des âmes muti­lées, pas­sives et pour ain­si, mortes. Ins­ti­tué pour pré­ser­ver les per­sonnes, l’État les a toutes anéan­ties. Ins­ti­tué pour pré­ser­ver les pro­prié­tés, l’État les confisque toutes. »

Hip­po­lyte Taine
Les ori­gines de la France contem­po­raine, III – Le régime moderne, 1890

À l’ENA, on ne leur a pas appris la différence…

« À l’ENA, on ne leur a pas appris la dif­fé­rence entre la poli­tique et le poli­tique. On leur a seule­ment par­lé de régimes poli­tiques, de pra­tique gou­ver­ne­men­tale et de météo­ro­lo­gie élec­to­rale. La plu­part d’entre eux s’imaginent que la poli­tique se réduit à une ges­tion admi­nis­tra­tive ins­pi­rée du mana­ge­ment des grandes entre­prises. C’est, là, confondre le gou­ver­ne­ment des hommes avec l’administration des choses, et croire qu’il faut s’en remettre à l’avis des tech­ni­ciens et des experts. Dans une telle optique, il n’y aurait pour chaque pro­blème poli­tique qu’une seule solu­tion opti­male : « Il n’y a pas d’alternative » est un mot d’ordre typi­que­ment impo­li­tique. En poli­tique, il y a tou­jours des alter­na­tives parce qu’un même fait peut tou­jours être jugé dif­fé­rem­ment selon le contexte et les cri­tères d’appréciation rete­nus. Une autre forme clas­sique d’impolitique consiste à croire que les fins du poli­tique peuvent être déter­mi­nées par des caté­go­ries qui lui sont étran­gères – éco­no­miques, esthé­tiques ou morales par exemple. En réa­li­té, chaque acti­vi­té humaine a sa propre fina­li­té, sa propre morale et ses propres moyens. Dire qu’il y a une essence du poli­tique, c’est dire que la poli­tique est une acti­vi­té consub­stan­tielle à l’existence humaine au seul motif que l’homme est, par nature, un ani­mal poli­tique et social, et que la socié­té ne dérive pas, contrai­re­ment à ce qu’affirment les théo­ri­ciens du contrat, d’un « état de nature » pré­po­li­tique ou pré­so­cial. [Pour] Julien Freund, comme toute acti­vi­té humaine, la poli­tique pos­sède des pré­sup­po­sés, c’est-à-dire des condi­tions consti­tu­tives qui font qu’elle est ce qu’elle est, et non pas autre chose. Freund en retient trois : la rela­tion du com­man­de­ment et de l’obéissance, la rela­tion du public et du pri­vé, enfin la rela­tion de l’ami et de l’ennemi. Cette der­nière rela­tion est déter­mi­nante, car il n’y a de poli­tique que là où il y a pos­si­bi­li­té d’un enne­mi. Si, comme le dit Clau­se­witz, la guerre est la pour­suite de la poli­tique par d’autres moyens, c’est que le poli­tique est intrin­sè­que­ment conflic­tuel. Il en résulte qu’un monde sans fron­tières serait un monde d’où le poli­tique aurait dis­pa­ru. C’est en ce sens qu’un État mon­dial est une absurdité. »

Alain de Benoist
Entre­tien avec Nico­las Gau­thier, Bou­le­vard Vol­taire, 12 sep­tembre 2014

Partout où elle a pris le pouvoir, la bourgeoisie a foulé…

« Par­tout où elle a pris le pou­voir, la bour­geoi­sie a fou­lé aux pieds les rela­tions féo­dales, patriar­cales et idyl­liques. Tous les liens com­plexes et variés qui unis­saient l’homme féo­dal à ses supé­rieurs natu­rels, elle les a bri­sés sans pitié pour ne lais­ser sub­sis­ter d’autre lien, entre l’homme et l’homme, que le froid inté­rêt, les dures exi­gences du paie­ment au comp­tant. Elle a noyé les fris­sons sacrés de l’extase reli­gieuse, de l’enthousiasme che­va­le­resque, de la sen­ti­men­ta­li­té tra­di­tion­nelle, dans les eaux gla­cées du cal­cul égoïste. Elle a fait de la digni­té per­son­nelle une simple valeur d’échange… La bour­geoi­sie a dépouillé de leur auréole toutes les acti­vi­tés qui pas­saient jusque-là pour véné­rables et qu’on consi­dé­rait avec un saint res­pect. Le méde­cin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des sala­riés à ses gages. La bour­geoi­sie a déchi­ré le voile de sen­ti­men­ta­li­té qui recou­vrait les rela­tions de famille et les a réduites à n’être que de simples rap­ports d’argent… La bour­geoi­sie ne peut exis­ter sans révo­lu­tion­ner constam­ment les ins­tru­ments de pro­duc­tion, ce qui veut dire les condi­tions de la pro­duc­tion, c’est-à-dire les rap­ports sociaux… Ce bou­le­ver­se­ment conti­nuel de la pro­duc­tion, ce constant ébran­le­ment de tout le sys­tème social, cette agi­ta­tion et cette insé­cu­ri­té per­pé­tuelle dis­tinguent l’époque bour­geoise de toutes les pré­cé­dentes… Tout ce qui avait soli­di­té et per­ma­nence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est pro­fa­né, et les hommes sont for­cés enfin d’envisager leurs condi­tions d’existence et leurs rap­ports réci­proques avec des yeux désa­bu­sés… La bour­geoi­sie a sou­mis la cam­pagne à la ville, elle a subor­don­né les peuples de pay­sans aux peuples de bourgeois… »

Karl Marx et Frie­drich Engels
Le Mani­feste du par­ti com­mu­niste (Mani­fest der kom­mu­nis­ti­schen Par­tei), 1848, trad. Émile Bot­ti­gel­li, édi­tions Flam­ma­rion, 1998

Chacun se voit assurer l’indépendance par rapport à de nombreuses…

« Cha­cun se voit assu­rer l’indépendance par rap­port à de nom­breuses formes de pres­sion éta­tique, la majo­ri­té dis­pose d’un confort dont nos pères et nos grands-pères n’avaient aucune idée, on peut désor­mais éle­ver la jeu­nesse dans l’esprit des nou­veaux idéaux, en l’appelant à l’épanouissement phy­sique et au bon­heur, de l’argent, des loi­sirs, en l’habituant à une liber­té de jouis­sance presque sans limites – alors dites-moi au nom de quoi, dites-moi dans quel but cer­tains devraient s’arracher à tout cela et ris­quer leur pré­cieuse vie pour la défense du bien com­mun, sur­tout dans le cas bru­meux où c’est encore dans un pays éloi­gné qu’il faut aller com­battre pour la sécu­ri­té de son peuple ? Même la bio­lo­gie sait cela : il n’est pas bon d’être habi­tué à un trop grand bien-être. Aujourd’hui, c’est de la vie de la socié­té occi­den­tale que le bien-être a com­men­cé de sou­le­ver son masque funeste. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

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