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Citations sur le peuple

Alors que l’on croyait le peuple naturellement attaché à l’émancipation…

« Décep­tion inat­ten­due et cruelle : alors que l’on croyait le peuple natu­rel­le­ment atta­ché à l’é­man­ci­pa­tion (étant l’op­pri­mé et la vic­time dans l’his­toire, il ne pou­vait être que com­plice de cette idéo­lo­gie qui le déli­vrait), voi­là qu’en masse il s’a­vise de jouer le traître et de prendre la défense de l’en­ra­ci­ne­ment. Même décep­tion que celle qui advint à Lénine en son temps. On ne se demande pas pour­quoi cette félo­nie. Mais bien plu­tôt, on pense que l’on a affaire à un mau­vais peuple, et l’é­lite com­mence à l’a­go­nir d’in­jures en le décri­vant comme un ramas­sis d’apostats. »

Chan­tal Delsol
Popu­lisme, les demeu­rés de l’his­toire, édi­tions du Rocher, 2015

L’histoire, c’est la démographie…

« L’histoire, c’est la démo­gra­phie. C’est elle qui l’enfante. Et elle est sans pitié quand elle redis­tri­bue les cartes. Car c’est elle aus­si qui com­mande toutes les dyna­miques de puis­sance et par­fois tire un trait sur les peuples qui ne veulent plus vivre, parce qu’ils n’ont plus la force de se perpétuer. »

Phi­lippe de Villiers
Les cloches son­ne­ront-elles encore demain ?, Albin Michel, 2016

L’opinion publique est une puissance invisible…

« L’opinion publique est une puis­sance invi­sible, mys­té­rieuse, à laquelle rien ne résiste : rien n’est plus mobile, plus vague et plus fort ; et, toute capri­cieuse qu’elle est, elle est cepen­dant, vraie, rai­son­nable, juste, beau­coup plus sou­vent qu’on ne pense. »

Napo­léon Bonaparte
Viri­li­tés, maximes et pen­sées com­pi­lées par Jules Ber­taut, édi­tions San­sot et Cie, 1912

On a fait un grand pas en avant lorsqu’on a fini par inculquer…

« On a fait un grand pas en avant lorsqu’on a fini par incul­quer aux grandes masses (aux esprits plats qui ont la diges­tion rapide) ce sen­ti­ment qu’il est défen­du de tou­cher à tout, qu’il y a des évè­ne­ments sacrés où elles n’ont accès qu’en ôtant leurs sou­liers et aux­quels il ne leur est pas per­mis de tou­cher avec des mains impures, — c’est peut-être le point le plus éle­vé d’humanité qu’ils peuvent atteindre. Au contraire, rien n’est aus­si répu­gnant, chez les êtres soi-disant culti­vés, chez les sec­ta­teurs des idées modernes”, que leur manque de pudeur, leur inso­lence fami­lière de l’œil et de la main qui les porte à tou­cher à tout, à goû­ter de tout et à tâter de tout ; et il se peut qu’aujourd’hui, dans le peuple, sur­tout chez les pay­sans, il y ait plus de noblesse rela­tive du goût, plus de sen­ti­ment de res­pect, que dans ce demi-monde des esprits qui lisent les jour­naux, chez les gens culti­vés. »

Frie­drich Nietzsche
Par-delà le bien et le mal – Pré­lude d’une phi­lo­so­phie de l’a­ve­nir (Jen­seits von Gut und Böse – Vor­spiel einer Phi­lo­so­phie der Zukunft), 1886, trad. Patrick Wot­ling, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2000

La télé enferme les gens chez eux…

« En 1964, je fais mes classes à Paris et j’al­lais voir mes cou­sines qui habi­taient le 14ème. La rue Per­ne­ty, c’é­tait des tau­dis, bien sûr, mais les gens étaient dehors, assis sur des pliants, ils jouaient aux cartes, tri­co­taient, dis­cu­taient. Tout le monde se connais­sait, il y avait le flic du quar­tier, la pros­ti­tuée du quar­tier : tout le monde en bons termes ! Aujourd’­hui, de telles scènes sont impos­sibles : la télé enferme les gens chez eux. Quand on passe l’hi­ver dans les rues on aper­çoit la lueur de l’é­cran de fas­ci­na­tion par les fenêtres, c’est déso­lant. »

Alain Pau­card
Du Paris d’Au­diard au Paris de Dela­noë, par Alain Pau­card, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 11 juillet 2014

Le laisser-aller langagier est la concession majeure…

« […] Le lais­ser-aller lan­ga­gier est la conces­sion majeure faite aux esclaves mon­dia­li­sés par des maîtres qui, n’en sachant eux-mêmes guère plus sur la langue, ne peuvent qu’abonder dans le sens des esclaves, en une langue infi­ni­ment diver­tie d’elle-même. Rien n’est grave, dans le monde hori­zon­tal, puis­qu’il n’y a plus ni évé­ne­ment, ni valeur, ni sens, et que l’individu y règne en lieu et place des peuples : il est, l’indi­vi­du, la synec­doque misé­rable du peuple. De la même façon que le sujet s’est éteint dans l’avènement de l’individu, on peut dire que la langue fran­çaise est morte avec l’avènement de sa mau­vaise conscience au sein de la com­mu­ni­ca­tion. Mau­vaise conscience qui, dou­blée d’une effi­ca­ci­té poli­tique, conduit à l’anglais plus sûre­ment que le diver­tis­se­ment hol­ly­woo­dien. »

Richard Millet
Argu­ments d’un déses­poir contem­po­rain, Her­mann édi­teurs, 2011

Lorsqu’un événement historique ou l’attitude d’un grand personnage…

« Lorsqu’un évé­ne­ment his­to­rique ou l’attitude d’un grand per­son­nage appa­raît en rup­ture avec la trame du temps ou la mora­li­té des com­por­te­ments humains, lorsqu’une zone d’ombre et d’incompréhension les enva­hit tout d’un coup et les fait échap­per aux prises de la science et de la pure intel­li­gence, l’imagination d’un groupe d’hommes ou d’un peuple, défiant les lois du quo­ti­dien, trouve natu­rel­le­ment le moyen d’imposer ses cou­leurs et ses méta­mor­phoses, ses défor­ma­tions et ses amplifications. »

Nicole Fer­rier-Cave­ri­vière
« Figures his­to­riques et figures mythiques », Dic­tion­naire des mythes lit­té­raires, édi­tions du Rocher, 1994

Peut-être faut-il le sang des martyrs…

« Peut-être faut-il le sang des mar­tyrs, comme une douche de glace et de feu, pour réveiller un peuple… »

Pré­face de Pierre Vial
In Jean Mabire, Patrick Pearse, une vie pour l’Irlande, édi­tions Terre et Peuple, 1998

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