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Citations sur le mercantilisme

Un grand journal ne peut se payer le luxe de critiquer les grands magasins…

« Deux fois dans ma vie un rédac­teur-en-chef m’a dit qu’il n’o­sait pas impri­mer ce que j’a­vais écrit de peur d’of­fen­ser les annon­ceurs de son jour­nal. […] En ces deux occa­sions il me refu­sa la liber­té d’ex­pres­sion parce que j’a­vais écrit que les grands maga­sins qui béné­fi­cient de la publi­ci­té que l’on sait étaient en réa­li­té pires que les petits maga­sins. C’est la une des choses, et elle est digne d’être rele­vée, qu’un homme n’a désor­mais plus le droit de dire ; peut-être même la seule chose qui lui soit réel­le­ment inter­dite. Si j’a­vais atta­qué le gou­ver­ne­ment, on aurait trou­vé cela très bien ; si j’a­vais atta­qué Dieu, on aurait trou­vé cela encore mieux. Si j’a­vais cri­ti­qué le mariage, le patrio­tisme ou la morale publique, j’au­rais eu droit à la pre­mière page de la presse domi­ni­cale. Mais un grand jour­nal ne peut se payer le luxe de cri­ti­quer les grands maga­sins, étant un grand maga­sin à sa manière et en passe de deve­nir lui-même un monopole. »

Gil­bert Keith Chesterton
Plai­doyer pour une pro­prié­té anti­ca­pi­ta­liste, 1926, trad. Gérard Jou­lié, édi­tions de l’Homme Nou­veau, 2010

Par l’une de ces habituelles ruses de la raison…

« Par l’une de ces habi­tuelles ruses de la rai­son chères à Hegel, le vrai sens de l’histoire sera dis­si­mu­lé jus­qu’au bout aux pro­ta­go­nistes qui occupent l’avant-scène de la révolte étu­diante, mais ne voient rien de la pièce qu’ils sont en train de jouer, s’agitant, à l’image de Daniel Cohn-Ben­dit, le divin rou­quin”, comme des acteurs enivrés par leur logo­ma­chie et leur ver­bi­gé­ra­tion. Plus que les formes tra­di­tion­nelles des luttes sociales et du com­bat poli­tique en l’efficacité des­quelles ils ne croient pas, les enra­gés” s’attachent à mettre en avant la force sub­ver­sive de la libé­ra­tion du désir. Contrai­re­ment à la pro­phé­tie de Raoul Vanei­gem et des pen­seurs de l’Internationale situa­tion­niste, ce ne sera pas la socié­té mar­chande qui céde­ra sous les coups des guer­riers du plai­sir à outrance”, mais l’idéologie du désir qui ser­vi­ra l’expansion du mar­ché. Sous cou­vert d’une contes­ta­tion radi­cale du sys­tème, le modèle cultu­rel de libé­ra­tion des mœurs por­té par le mou­ve­ment se révé­le­ra infi­ni­ment mieux adap­té aux exi­gences struc­tu­relles du capi­ta­lisme de consom­ma­tion que l’encadrement nor­ma­tif des socié­tés tra­di­tion­nelles. Sous les pavés, il n’y avait pas la plage, mais Paris Plages. »

Patrick Buis­son
La Cause du peuple, édi­tions Per­rin, 2016

Qu’est-ce qui s’était passé pour qu’un peuple…

« Qu’est-ce qui s’é­tait pas­sé pour qu’un peuple devînt un agré­gat d’in­di­vi­dus per­sua­dés de n’a­voir rien à par­ta­ger les uns avec les autres ? Le shop­ping, peut-être ? Les mar­chands avaient réus­si leur coup. Pour beau­coup d’entre nous, ache­ter des choses était deve­nu une acti­vi­té prin­ci­pale, un hori­zon, une des­ti­née. La paix, la pros­pé­ri­té, la domes­ti­ca­tion nous avaient don­né l’oc­ca­sion de nous replier sur nous-même. Nous culti­vions nos jar­dins. Cela valait sans doute mieux que d’en­grais­ser les champs de bataille. »

Syl­vain Tesson
Bere­zi­na, édi­tions Gué­rin, 2015, 978−2−35221−089−4, p. 194

Le marchand et le héros…

« Le mar­chand et le héros : ils consti­tuent les deux grandes oppo­si­tions, les deux pôles de toute l’orientation humaine. Le mar­chand entre dans la vie en lui disant : que peux-tu me don­ner ? Il veut prendre, il veut, en échange du moindre effort, avoir le plus pos­sible, il veut conclure avec la vie une affaire avan­ta­geuse. Bref : il est pauvre. Le héros entre dans la vie en lui deman­dant : que puis-je te don­ner ? Il veut faire des cadeaux, il veut se dépen­ser sans contre­par­tie. Bref : il est riche. Le mar­chand ne parle que de ses droits”, le héros ne parle que de ses devoirs” […] Nous pou­vons dire encore que la men­ta­li­té mer­can­tile tourne autour de l’intérêt, la men­ta­li­té héroïque autour de l’idée ; l’essence de celle-là est de récla­mer, l’essence de celle-ci est de se sacri­fier. »

Wer­ner Sombart
Händ­ler und Hel­den, 1915, cité par Alain de Benoist dans Quatre figures de la Révo­lu­tion Conser­va­trice alle­mande, Les Amis d’Alain de Benoist, 2014

Avec la globalisation, la Terre ne s’unifie pas n’importe comment…

« Avec la glo­ba­li­sa­tion, la Terre ne s’unifie pas n’importe com­ment. Elle s’unifie ten­dan­ciel­le­ment sous la forme d’un mar­ché, c’est-à-dire sous l’unique hori­zon de la logique de la mar­chan­dise et la recherche d’une hausse per­ma­nente des pro­fits. Cet avè­ne­ment d’un mar­ché mon­dial s’accompagne d’une trans­for­ma­tion des men­ta­li­tés. L’intériorisation du modèle du mar­ché consacre, dans les esprits comme dans les com­por­te­ments, le pri­mat des valeurs mar­chandes. La plu­part des domaines qui, aupa­ra­vant, échap­paient encore dans une cer­taine mesure à la logique du capi­tal (culture, sport, édu­ca­tion, etc.), y sont aujourd’­hui plei­ne­ment intégrés.
[…] Quels sont les effets de la globalisation ?
Le plus évident tient dans l’extension et la concré­ti­sa­tion de ce que j’appellerai l’idéologie du Même : homo­gé­néi­sa­tion pla­né­taire, uni­for­mi­sa­tion des com­por­te­ments, dis­pa­ri­tion des modes de vie dif­fé­ren­ciés, géné­ra­li­sa­tion d’un modèle de « déve­lop­pe­ment », etc. »

Alain de Benoist
Confé­rence pro­non­cée à Anvers le 11 novembre 2003, cité par Éric Bran­ca in 3 000 ans d’idées poli­tiques, Chro­nique édi­tions, 2014

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