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Citations sur le destin

Pourquoi si mous, si fléchissants, si mollissants ?

« Pour­quoi si mous, si flé­chis­sants, si mol­lis­sants ? Pour­quoi y a‑t‑il tant de renie­ment, tant d’abnégation dans votre cœur ? Si peu de des­ti­née dans votre regard ? […] Ô mes frères, je place au-des­sus de vous cette table nou­velle : Deve­nez durs ! »

Frie­drich Nietzsche
Le mar­teau parle in Ain­si par­lait Zara­thous­traUn livre pour tous et pour per­sonne (Also sprach Zara­thus­tra – Ein Buch für Alle und Kei­nen), 1883 – 1885, trad. Gene­viève Blan­quis, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2006

Les dieux – entendez les passions qui nous donneront…

« Les dieux – enten­dez les pas­sions qui nous don­ne­ront la force non rai­son­née de vivre – ne vien­dront que si nous les méri­tons. Dans l’état sinistre où nous sommes, je ne peux que me deman­der – et ne vous deman­der, à vous, petit nombre – qu’une dis­po­si­tion à les accueillir. Ne pas suc­com­ber, ne pas rompre. Ne pas plier les genoux. Ne pas accep­ter la défaite qui en nous s’installe. Récu­ser la lai­deur qui nous lèche, en vue de jouis­sances immondes, de sa langue tiède. Dire non pour sau­ver l’éclat de notre oui. Notre cou­rage, pour l’heure, est seul en cette forêt. Que faire ? Défri­cher. Tra­cer un sen­tier et, là-bas, au loin, qui vers nous s’avancera ? Je ne le sais pas. Per­sonne en tout cas si nous ne nous effor­çons pas d’ouvrir la voie. Quelqu’un peut-être, si nous avons bat­tu le sen­tier et si nous sommes quelques-uns à tou­jours le gar­der ouvert, afin que les jungles tou­jours recom­men­cées ne l’engloutissent. Et si nous sommes tou­jours obli­gés de tailler et d’élaguer, qu’importe ! »

Jean Cau
La grande pros­ti­tuée, édi­tions de La Table Ronde, 1974

Il n’est pas élégant d’abuser de la malchance…

« Il n’est pas élé­gant d’abuser de la mal­chance : cer­tains indi­vi­dus, comme cer­tains peuples, s’y com­plaisent tant qu’ils désho­norent la tra­gé­die. »

Emil Cio­ran
Syl­lo­gismes de l’amertume, 1952, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1987

Parfois certains de mes vieux amis me reprochent…

« Par­fois cer­tains de mes vieux amis me reprochent de trop évo­quer le pas­sé. Si je parle du pas­sé, ce n’est pas par nos­tal­gie ou pas­séisme mais par res­pect pour le pré­sent et l’avenir. Car le pas­sé éclaire le pré­sent qui tient en lui-même l’essentiel de l’avenir. Dans la suite des temps et la suc­ces­sion des hommes, il n’y a pas d’acte iso­lé, de des­tin iso­lé. Tout se tient. Il faut croire à la force du pas­sé, au poids des morts, au sang et à la mémoire des hommes ; que serait un homme sans mémoire, il mar­che­rait dans la nuit ; que serait un peuple sans mémoire, il n’aurait pas d’avenir, et les hommes de l’avenir, ceux qui for­ge­ront l’avenir seront ceux qui auront la plus vaste mémoire. »

Hélie Denoix de Saint Marc
Allo­cu­tion lors de la remise de ses insignes de Grand Offi­cier dans l’ordre de la Légion d’Honneur, Fort de Nogent, 29 mars 2003

Je ne puis que répéter mon conseil…

« Je ne puis que répé­ter mon conseil de tenir un cahier de sou­ve­nirs, ne serait-ce qu’une suite de mots repères qui ser­vi­ront plus tard. Ain­si se conser­ve­ront des notes pré­cieuses dont nos petits-enfants tire­ront encore par­ti, car eux seuls pour­ront recon­naître dans les évé­ne­ments cette ligne de des­tin, insai­sis­sable pour nous et qui se mani­fes­te­ra dans l’ave­nir, à une époque où nos pas­sions d’au­jourd’­hui n’au­ront plus qu’une por­tée his­to­rique. Ain­si s’é­ta­bli­ra une série de petites mono­gra­phies sus­cep­tibles de main­te­nir dans les familles une tra­di­tion, c’est-à-dire la com­pré­hen­sion des des­ti­nées d’un pays. »

Ernst Jün­ger
Le Boque­teau 125 (Das Wäld­chen 125), 1925, trad. Julien Her­vier, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2000

Le destin du César n’était pas de ramener sur la terre…

« Le des­tin du César n’était pas de rame­ner sur la terre un monde à jamais abo­li, mais d’attester de sa péren­ni­té dans le cœur des hommes. Il était venu témoi­gner pour les temps futurs et non rame­ner la lumière. Il n’était point notre mes­sie, mais un monu­ment, un signe du pas­sé. Un ves­tige. Un ver­tige. »

Ber­nard Ucla
Le Veilleur d’Empire, édi­tions Oli­vier Orban, 1992

L’Iliade n’est pas seulement le poème de la guerre de Troie…

« L’Iliade n’est pas seule­ment le poème de la guerre de Troie, c’est celui de la des­ti­née telle que la per­ce­vaient nos ancêtres boréens, qu’ils soient grecs, celtes, ger­mains, slaves ou latins. Le Poète y dit la noblesse face au fléau de la guerre. Il dit le cou­rage des héros qui tuent et meurent. Il dit le sacri­fice des défen­seurs de leur patrie, la dou­leur des femmes, l’adieu du père à son fils qui le conti­nue­ra, l’accablement des vieillards. Il dit bien d’autres choses encore, l’ambition des chefs, leur vani­té, leurs que­relles. Il dit encore la bra­voure et la lâche­té, l’amitié, l’amour et la ten­dresse. Il dit le goût de la gloire qui tire les hommes à la hau­teur des dieux. Ce poème où règne la mort dit l’amour de la vie et aus­si l’honneur pla­cé plus haut que la vie, et qui rend plus fort que les dieux. »

Domi­nique Ven­ner
Le Choc de l’Histoire, Via Roma­na, 2011

Toujours, les hommes se sont posé la question…

Tou­jours, les hommes se sont posé la ques­tion entre toutes fon­da­men­tale de ce qu’ils sont. Ils y répondent en invo­quant le lignage, la langue, la reli­gion, la cou­tume, c’est-à-dire leur iden­ti­té, leur tra­di­tion […] Il n’y a que des hommes concrets, fils d’une héré­di­té, d’une terre, d’une époque, d’une culture, d’une his­toire, d’une tra­di­tion qui forment la trame de leur des­tin.
Un groupe humain n’est un peuple que s’il par­tage les mêmes ori­gines, s’il habite un lieu, s’il ordonne un espace, s’il lui donne des direc­tions, une fron­tière entre l’intérieur et l’extérieur. Ce lieu, cet espace ne sont pas seule­ment géo­gra­phiques, ils sont spi­ri­tuels. Pour­tant le site est d’ici et non d’ailleurs. C’est pour­quoi l’identité d’un peuple s’affirme notam­ment dans sa manière de tra­vailler le sol, le bois, la pierre, de leur don­ner une forme. Sa sin­gu­la­ri­té se mani­feste dans ce qu’il bâtit, dans ce qu’il crée, dans ce qu’il fait. Chaque peuple a une façon per­son­nelle de se relier à l’espace et au temps. L’instant de l’Africain n’est pas celui de l’Européen ni de l’Asiatique.”

Domi­nique Ven­ner
His­toire et tra­di­tion des Euro­péens, Édi­tions du Rocher, coll. His­toire, 2002

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