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Citations sur le destin

Celui qui dira que nous sommes condamnés et que c’est…

« Celui qui dira que nous sommes condam­nés et que c’est pour­quoi nous devons com­battre jusqu’au bout (comme disent les Russes, tan qu’à mou­rir, il faut le faire en musique), celui-là ne sera pas un pes­si­miste. Ce sera un opti­miste his­to­rique. L’optimisme his­to­rique signi­fie qu’on sait la véri­té, si cruelle qu’elle soit, et qu’on est déter­mi­né à se battre, quoi qu’il en coûte. L’optimisme his­to­rique ne compte sur rien ni per­sonne, sauf sur soi-même et sur la bagarre. »

Alexandre Zino­viev
Nous et l’Occident, L’Age d’Homme, 1981

Le premier fait auquel confronté l’homme, comme à un destin…

« Le pre­mier fait auquel confron­té l’homme, comme à un des­tin iné­luc­table, et ce que nulle pen­sée ne peut com­prendre, ni nul ne peut vou­loir modi­fier, c’est le temps et le lieu de sa nais­sance : cha­cun est, lorsqu’il vient au monde, insé­ré dans un peuple, une reli­gion, un état, un temps, une culture. Mais ce fait implique déjà la presque tota­li­té des décisions. »

Oswald Spen­gler
Écrits his­to­riques et phi­lo­so­phiques. Pen­sées, édi­tions Coper­nic, 1980

Exister, c’est se vouer et se dévouer…

« Exis­ter, c’est se vouer et se dévouer. Mais mou­rir, c’est par­fois une autre façon d’exister. […] La mort n’est pas seule­ment le drame que l’on dit, sinon pour ceux qui pleurent sin­cè­re­ment le dis­pa­ru. Elle met fin aux mala­dies cruelles et inter­rompt le déla­bre­ment de la vieillesse, don­nant leur place aux nou­velles géné­ra­tions. La mort peut se révé­ler aus­si une libé­ra­tion à l’égard d’un sort deve­nu insup­por­table ou désho­no­rant. Sous sa forme illus­trée par les Samou­raï et les vieux Romains”, elle peut consti­tuer la plus forte des pro­tes­ta­tions contre une indi­gni­té autant qu’une pro­vo­ca­tion à l’espérance. »

Domi­nique Venner
Édi­to­rial de La Nou­velle Revue d’Histoire (NRH), N°64, La fin des Habs­bourg, jan­vier-février 2013

Pourquoi si mous, si fléchissants, si mollissants ?

« Pour­quoi si mous, si flé­chis­sants, si mol­lis­sants ? Pour­quoi y a‑t‑il tant de renie­ment, tant d’abnégation dans votre cœur ? Si peu de des­ti­née dans votre regard ? […] Ô mes frères, je place au-des­sus de vous cette table nou­velle : Deve­nez durs ! »

Frie­drich Nietzsche
Le mar­teau parle in Ain­si par­lait Zara­thous­traUn livre pour tous et pour per­sonne (Also sprach Zara­thus­tra – Ein Buch für Alle und Kei­nen), 1883 – 1885, trad. Gene­viève Blan­quis, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2006

Les dieux – entendez les passions qui nous donneront…

« Les dieux – enten­dez les pas­sions qui nous don­ne­ront la force non rai­son­née de vivre – ne vien­dront que si nous les méri­tons. Dans l’état sinistre où nous sommes, je ne peux que me deman­der – et ne vous deman­der, à vous, petit nombre – qu’une dis­po­si­tion à les accueillir. Ne pas suc­com­ber, ne pas rompre. Ne pas plier les genoux. Ne pas accep­ter la défaite qui en nous s’installe. Récu­ser la lai­deur qui nous lèche, en vue de jouis­sances immondes, de sa langue tiède. Dire non pour sau­ver l’éclat de notre oui. Notre cou­rage, pour l’heure, est seul en cette forêt. Que faire ? Défri­cher. Tra­cer un sen­tier et, là-bas, au loin, qui vers nous s’avancera ? Je ne le sais pas. Per­sonne en tout cas si nous ne nous effor­çons pas d’ouvrir la voie. Quelqu’un peut-être, si nous avons bat­tu le sen­tier et si nous sommes quelques-uns à tou­jours le gar­der ouvert, afin que les jungles tou­jours recom­men­cées ne l’engloutissent. Et si nous sommes tou­jours obli­gés de tailler et d’élaguer, qu’importe ! »

Jean Cau
La grande pros­ti­tuée, édi­tions de La Table Ronde, 1974

Il n’est pas élégant d’abuser de la malchance…

« Il n’est pas élé­gant d’abuser de la mal­chance : cer­tains indi­vi­dus, comme cer­tains peuples, s’y com­plaisent tant qu’ils désho­norent la tra­gé­die. »

Emil Cio­ran
Syl­lo­gismes de l’amertume, 1952, édi­tions Gal­li­mard, coll. Folio, 1987

Parfois certains de mes vieux amis me reprochent…

« Par­fois cer­tains de mes vieux amis me reprochent de trop évo­quer le pas­sé. Si je parle du pas­sé, ce n’est pas par nos­tal­gie ou pas­séisme mais par res­pect pour le pré­sent et l’avenir. Car le pas­sé éclaire le pré­sent qui tient en lui-même l’essentiel de l’avenir. Dans la suite des temps et la suc­ces­sion des hommes, il n’y a pas d’acte iso­lé, de des­tin iso­lé. Tout se tient. Il faut croire à la force du pas­sé, au poids des morts, au sang et à la mémoire des hommes ; que serait un homme sans mémoire, il mar­che­rait dans la nuit ; que serait un peuple sans mémoire, il n’aurait pas d’avenir, et les hommes de l’avenir, ceux qui for­ge­ront l’avenir seront ceux qui auront la plus vaste mémoire. »

Hélie Denoix de Saint Marc
Allo­cu­tion lors de la remise de ses insignes de Grand Offi­cier dans l’ordre de la Légion d’Honneur, Fort de Nogent, 29 mars 2003

Je ne puis que répéter mon conseil…

« Je ne puis que répé­ter mon conseil de tenir un cahier de sou­ve­nirs, ne serait-ce qu’une suite de mots repères qui ser­vi­ront plus tard. Ain­si se conser­ve­ront des notes pré­cieuses dont nos petits-enfants tire­ront encore par­ti, car eux seuls pour­ront recon­naître dans les évé­ne­ments cette ligne de des­tin, insai­sis­sable pour nous et qui se mani­fes­te­ra dans l’ave­nir, à une époque où nos pas­sions d’au­jourd’­hui n’au­ront plus qu’une por­tée his­to­rique. Ain­si s’é­ta­bli­ra une série de petites mono­gra­phies sus­cep­tibles de main­te­nir dans les familles une tra­di­tion, c’est-à-dire la com­pré­hen­sion des des­ti­nées d’un pays. »

Ernst Jün­ger
Le Boque­teau 125 (Das Wäld­chen 125), 1925, trad. Julien Her­vier, Chris­tian Bour­gois édi­teur, 2000

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