Athéna règne partout où les hommes produisent…

« Homère nomme Athé­na πολύμητις [polúmē­tis], la conseillère aux mul­tiples res­sources. Que signi­fie don­ner conseil ? Cela veut dire : pré­mé­di­ter quelque chose, y pour­voir d’avance et par là faire qu’elle réus­sisse. De ce fait Athé­na règne par­tout où les hommes pro­duisent quelque chose, mettent au jour quelque chose, la mènent à bonne fin, mettent en œuvre, agissent et font. »

Mar­tin Hei­deg­ger
« La pro­ve­nance de l’art et la des­ti­na­tion de la pen­sée », confé­rence à l’Académie des sciences et des arts d‘Athènes, 4 avril 1967, trad. Jean-huis Chré­tien et Michèle Rei­fen­rath. Mar­tin Hei­deg­ger, Cahiers de L’Herne n° 45, Édi­tions de l’Herne, 1983

Vivre en Européen, c’est refuser d’être esclave…

« Vivre en Euro­péen, c’est refu­ser d’être esclave de sa propre vie : c’est agir et être res­pon­sable des consé­quences de ses actes. C’est épui­ser tous les pos­sibles tant qu’il en est encore temps. C’est pré­fé­rer en toute cir­cons­tance la ver­ti­ca­li­té de l’attitude à l’horizontalité des pul­sions et des besoins. C’est ne jamais se résoudre au désen­chan­te­ment du monde, pré­fé­rer comme Jose Anto­nio brû­ler sa vie au ser­vice d’une grande cause”, et entre­voir la per­ma­nence du divin à tra­vers l’aurore aux doigts de rose” chan­tée par Homère, le vitrail d’une cathé­drale, les fron­dai­sons d’une forêt. »

Gré­goire Gam­bier
Conclu­sion à Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

Les liens organiques qui conditionnent le réalisme…

« Les liens orga­niques qui condi­tionnent le réa­lisme sont tou­jours des liens qui unissent l’homme concret à des objets concrets. L’abstraction, en tant qu’instrument néces­saire de la science et de l’action humaines, doit par­tir du concret et débou­cher sur le concret. Mais là où l’abstraction est livrée à elle-même, par le pri­mat du cer­veau (intel­lec­tua­lisme) ou celui du cœur (sub­jec­ti­visme), elle engendre l’irréalisme. »

Gus­tave Thi­bon
L’ir­réa­lisme moderne, in Les hommes de l’é­ter­nel : Confé­rences au grand public (1940−1985), édi­tions Mame, Coll. Rai­sons d’Être, 2012

Ce sont toujours les minorités qui…

« Ce sont tou­jours les mino­ri­tés qui s’essuient les pieds sur les majo­ri­tés pas­sives et paci­fiques. Les foules sont pares­seuses ou peu­reuses. Elles fuient avec le même empres­se­ment que des gnous ou bien se laissent mener doci­le­ment comme les rats dans la fable du joueur de flûte de Hame­lin. On confond l’effet de foule et l’effet de meute. Les foules suivent le sens de la cir­cu­la­tion. Elles forment des bou­chons, alors que les meutes les font sau­ter. Les unes sont molles, mal­léables et per­méables, les autres actives et direc­tives. »

Fran­çois Bous­quet
Cou­rage ! manuel de gué­rilla cultu­relle, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, 2019

Quand l’autorité s’est délitée, quand les repères sont perdus…

« Quand l’autorité s’est déli­tée, quand les repères sont per­dus, quand le plus grand nombre déses­père, quand cer­tains se laissent aller à des sen­ti­ments mor­bides en voyant dans la défaite une péni­tence divine, alors, se lèvent de petits groupes sachant ce qu’ils sont, d’où ils viennent, où ils vont et ce qu’ils veulent. Ras­sem­blés der­rière un chef figure de proue alliant éthique et esthé­tique, ils sont les Rebelles. »

Ber­nard Lugan
À pro­pos des « Rebelles » du Salon du livre d’Histoire de Blois : éloge de Domi­nique Ven­ner, 9 octobre 2014

De même que l’homme fort se réjouit dans son aptitude physique…

« De même que l’homme fort se réjouit dans son apti­tude phy­sique, se com­plaît dans les exer­cices qui pro­voquent les muscles à l’action, de même l’analyse prend sa gloire dans cette acti­vi­té spi­ri­tuelle dont la fonc­tion est de débrouiller. Il tire du plai­sir même des plus tri­viales occa­sions qui mettent ses talents en jeu. Il raf­fole des énigmes, des rébus, des hié­ro­glyphes ; il déploie dans cha­cune des solu­tions une puis­sance de pers­pi­ca­ci­té qui, dans l’opinion vul­gaire, prend un carac­tère sur­na­tu­rel. »

Edgar Allan Poe
Double assas­si­nat dans la rue Morgue (The Mur­ders in the Rue Morgue), 1841, trad. Charles Bau­de­laire, in His­toires extra­or­di­naires, 1856, édi­tions Gar­nier-Flam­ma­rion, 2020

Qu’est-ce que la discrimination, si ce n’est l’action de distinguer…

« Qu’est-ce que la dis­cri­mi­na­tion, si ce n’est l’action de dis­tin­guer une chose d’une autre ? Dis­cri­mi­ner, c’est tra­cer des fron­tières, défi­nir des limites. Dans l’absolu, être, c’est déli­mi­ter un dedans et un dehors, c’est donc éga­le­ment dis­cri­mi­ner. Un pays n’existe que par ses fron­tières et les dif­fé­rences ne se concré­tisent que par des sépa­ra­tions. Toute action effec­tuée ou parole énon­cée en exclut fata­le­ment une autre et se trouve de fac­to dis­cri­mi­na­toire. Toute vie dif­fé­ren­ciée implique donc néces­sai­re­ment une dis­cri­mi­na­tion, une pré­fé­rence, une hié­rar­chie. »

Thi­bault Mer­cier
Athé­na à la borne. Dis­cri­mi­ner ou dis­pa­raître ?, Pierre-Guillaume de Roux édi­teur, 2019

Athéna à la borne…

« Athé­na appa­raît comme la skep­to­mé­né, celle qui médite. Vers quoi le regard médi­ta­tif de la déesse est-il tour­né ? Vers la borne, vers la limite. La limite n’est certes pas seule­ment le contour et le cadre, n’est pas seule­ment le lieu où quelque chose s’arrête. La limite signi­fie ce par quoi quelque chose est ras­sem­blée dans ce qu’elle a de propre pour appa­raître par là dans toute sa plé­ni­tude, pour venir à la pré­sence. En médi­tant sur la limite, Athé­na a déjà en vue ce vers quoi l’action humaine doit tout d’abord regar­der pour pou­voir por­ter ce qu’elle y a vu dans la visi­bi­li­té d’une œuvre. »

Mar­tin Hei­deg­ger
« La pro­ve­nance de l’art et la des­ti­na­tion de la pen­sée », confé­rence à l’Académie des sciences et des arts d’Athènes (4 avril 1967), Mar­tin Hei­deg­ger, L’Herne n° 45, Paris, Édi­tions de l’Herne, 1983, p. 86
Cité par Thi­bault Mer­cier dans Athé­na à la borne. Dis­cri­mi­ner ou dis­pa­raître ?, Pierre-Guillaume de Roux édi­teur, 2019

Les pensées antiques et, pour les lecteurs modernes…

« Les pen­sées antiques et, pour les lec­teurs modernes, leurs textes plan­tés comme des sta­tues dans le pay­sage de nos repré­sen­ta­tions exaltent moins des véri­tés sem­pi­ter­nelles que des conseils rela­tifs aux manières judi­cieuses d’exister, de se repré­sen­ter le monde et d’y agir avec jus­tesse, avec équa­ni­mi­té, mais non sans risque de se trom­per. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
À pro­pos des Dieux. L’esprit des poly­théismes, La Nou­velle Librai­rie édi­tions, Coll. Longue Mémoire, 2020

Il existe au total un fond de pensées helléniques très diversifié…

« Il existe au total un fond de pen­sées hel­lé­niques très diver­si­fié, qui fut dans toute l’Europe, et vingt-sept siècles durant, l’inspirateur de longs débats entre écoles. Plus que les que­relles de doc­trines qui agitent les com­men­ta­teurs, on peut en rete­nir deux leçons déci­sives. Elles sont, aujourd’hui encore, très éclai­rantes dans l’examen des erreurs qui par­sèment les his­toires res­pec­tives des nations euro­péennes.
La pre­mière leçon hérite de l’Iliade, pré­ci­sé­ment de ce pas­sage dans lequel le maître de l’Olympe, en pleine bataille confuse, sai­sit un détail déci­sif : un archer vise le com­bat­tant Hec­tor. Homère note : Cela n’échappa pas (ou lèthé) à la saga­ci­té pru­dente de Zeus”, lequel dévia la flèche. Il y a là une forme ver­bale (ou lèthé) de ce qui, chez les phi­lo­sophes, dési­gne­ra sous une forme nomi­nale la véri­té (alè­théïa). La véri­té, ici, n’est pas un conte­nu doc­tri­nal des­cen­du de cieux incon­nais­sables, mais l’expression d’une sub­ti­li­té d’observation dont le sage sait tirer les bonnes conclu­sions. Toutes les écoles phi­lo­so­phiques antiques s’accordèrent sur ce point : la véri­té est d’abord ce qui, à l’expérience ou à la réflexion, n’échappe pas à un exa­men sub­til et sagace, évi­dem­ment condi­tion­né par les cir­cons­tances du moment. Pen­ser, c’est s’adapter.
Un second point d’accord unit les dif­fé­rentes écoles : l’hubris, la déme­sure, l’excès, est pour elles une faute car­di­nale met­tant en dan­ger non seule­ment ceux qui frayent avec elle, mais aus­si ceux qui les écoutent ou les imitent et, à terme, la Cité elle-même. Toute action, en d’autres termes, doit s’accorder à ses fins par­ti­cu­lières, qui sont pré­cieuses mais limi­tées ; et les actions des uns et des autres n’ont qu’une seule fin géné­rale : la pro­tec­tion et l’accroissement de l’oïkos, de ce bien com­mun suprême qu’est la Cité, mal­heu­reu­se­ment absente des sou­cis euro­péens modernes. »

Jean-Fran­çois Gau­tier
Ce que nous sommes. Aux sources de l’identité euro­péenne, Phi­lippe Conrad dir., édi­tion Ins­ti­tut Iliade / Pierre-Guillaume de Roux, 2018

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