« Déesse de la sylve et de la nuit, dea sil­va­rum, comme la nomme Ovide, por­tant dans ses che­veux d’or un crois­sant de lune, Diane-Arté­mis est tou­jours accom­pa­gnée d’un cerf ou de biches. Elle est à la fois la pro­tec­trice de la nature sau­vage et l’incarnation de la chasse. Deux fonc­tions com­plé­men­taires dont la jux­ta­po­si­tion antique est constante. Contrai­re­ment à Aphro­dite, Arté­mis n’est pas asso­ciée à l’amour et à la fécon­di­té. Elle est en revanche la déesse des enfan­te­ments, la pro­tec­trice des femmes enceintes, des femelles pleines, des enfants vigou­reux, des jeunes ani­maux, et pour tout dire, de la vie avant les souillures de l’âge. Son image s’accorde avec l’idée que les Anciens se fai­saient de la nature. Ils ne la voyaient pas à la façon dou­ce­reuse de Jean-Jacques Rous­seau ou des pro­me­neurs du dimanche. Ils la savaient redou­table aux faibles et inac­ces­sible à la pitié. C’est par la force que Diane-Arté­mis défend sa pudeur et sa vir­gi­ni­té, c’est-à-dire le royaume invio­lable de la sau­va­ge­rie. Elle tuait féro­ce­ment tous les mor­tels qui l’offensaient ou négli­geaient ses rites […] La pudeur et la vir­gi­ni­té d’Artémis sont une allé­go­rie des inter­dits qui pro­tègent la nature. La ven­geance de la dea sil­va­rum est celle de l’ordre du monde mis en péril par une pul­sion exces­sive, l’hubris, la démesure. »

Domi­nique Venner
Dic­tion­naire amou­reux de la chasse, édi­tions Plon, coll. Dic­tion­naire amou­reux, 2006