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Citations sur la télévision

Un grand journal ne peut se payer le luxe de critiquer les grands magasins…

« Deux fois dans ma vie un rédac­teur-en-chef m’a dit qu’il n’o­sait pas impri­mer ce que j’a­vais écrit de peur d’of­fen­ser les annon­ceurs de son jour­nal. […] En ces deux occa­sions il me refu­sa la liber­té d’ex­pres­sion parce que j’a­vais écrit que les grands maga­sins qui béné­fi­cient de la publi­ci­té que l’on sait étaient en réa­li­té pires que les petits maga­sins. C’est la une des choses, et elle est digne d’être rele­vée, qu’un homme n’a désor­mais plus le droit de dire ; peut-être même la seule chose qui lui soit réel­le­ment inter­dite. Si j’a­vais atta­qué le gou­ver­ne­ment, on aurait trou­vé cela très bien ; si j’a­vais atta­qué Dieu, on aurait trou­vé cela encore mieux. Si j’a­vais cri­ti­qué le mariage, le patrio­tisme ou la morale publique, j’au­rais eu droit à la pre­mière page de la presse domi­ni­cale. Mais un grand jour­nal ne peut se payer le luxe de cri­ti­quer les grands maga­sins, étant un grand maga­sin à sa manière et en passe de deve­nir lui-même un monopole. »

Gil­bert Keith Chesterton
Plai­doyer pour une pro­prié­té anti­ca­pi­ta­liste, 1926, trad. Gérard Jou­lié, édi­tions de l’Homme Nou­veau, 2010

La vérité concernant la presse…

« La véri­té concer­nant la presse, c’est qu’elle n’est pas telle que son nom la désigne. Elle n’est pas la presse popu­laire”. Elle n’est pas la presse publique. Elle n’est pas davan­tage un organe de l’o­pi­nion publique. Elle est une conspi­ra­tion our­die par un petit nombre de mil­lion­naires qui se sont enten­dus sur ce que cette grande nation (à laquelle nous appar­te­nons) doit savoir sur elle-même, ses alliés, ses ennemis. […]
Si bien que le lec­teur de jour­nal reçoit toutes ses infor­ma­tions et ses mots d’ordre poli­tiques de ce qui à l’heure qu’il est consti­tue plus ou moins consciem­ment une sorte de socié­té secrète, com­po­sée d’un très petit nombre de membres dis­po­sant de beau­coup d’argent. »

Gil­bert Keith Chesterton
Uto­pie des usu­riers, trad. Gérard Jou­lié, édi­tions de l’Homme Nou­veau, 2010

Le problème que doit résoudre aujourd’hui le journaliste…

« Le pro­blème que doit résoudre aujourd’­hui le jour­na­liste poli­tique est le sui­vant : s’il a véri­ta­ble­ment l’in­ten­tion de dénon­cer devant l’o­pi­nion un mar­chan­dage contac­té entre un gou­ver­ne­ment et un entre­pre­neur, c’est, de nos jours, au Par­le­ment qu’il a affaire ; c’est-à-dire un comi­té qui le contrôle. Et il doit tran­cher entre deux points de vue. Ou bien il décide qu’il ne peut exis­ter de gou­ver­ne­ment cor­rom­pu. Ou bien il décide qu’il appar­tient à un gou­ver­ne­ment cor­rom­pu de dénon­cer sa propre cor­rup­tion. Je lui donne le choix tout en riant sous cape. »

Gil­bert Keith Chesterton
Uto­pie des usu­riers, trad. Gérard Jou­lié, édi­tions de l’Homme Nou­veau, 2010

La presse est devenue la force la plus importante des États occidentaux…

« Et, avec tout cela, la presse est deve­nue la force la plus impor­tante des États occi­den­taux, elle dépasse en puis­sance les pou­voirs exé­cu­tif, légis­la­tif et judi­ciaire. Pour­tant, voyons : en ver­tu de quelle loi a‑t-elle été élue et à qui rend-elle compte de son acti­vi­té ? Si, dans l’Est com­mu­niste, un jour­na­liste est ouver­te­ment nom­mé comme tout fonc­tion­naire — quels sont les élec­teurs de qui les jour­na­listes occi­den­taux tiennent leur posi­tion pré­pon­dé­rante ? Pour com­bien de temps l’oc­cupent-ils et de quels pou­voirs sont-ils investis ? »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

Une âme humaine accablée…

« Une âme humaine acca­blée par plu­sieurs dizaines d’an­nées de vio­lence aspire à quelque chose de plus haut, de plus chaud, de plus pur que ce que peut aujourd’­hui lui pro­po­ser l’exis­tence de masse en occi­dent que viennent annon­cer, telle une carte de visite, l’é­cœu­rante pres­sion de la publi­ci­té, l’a­bru­tis­se­ment de la télé­vi­sion et une musique insupportable. »

Alexandre Sol­je­nit­syne
Le déclin du cou­rage, dis­cours à l’université de Har­vard du 8 juin 1978, trad. Gene­viève et José Johan­net, édi­tions Les Belles Lettres, 2014

La croissance du désert est à chercher…

« La crois­sance du désert est à cher­cher non pas tant dans sa réa­li­té afri­caine ou aus­tra­lienne, que dans la sur­po­pu­la­tion déspi­ri­tua­li­sée, anes­thé­siée, condi­tion­née par la mon­dia­li­sa­tion télé­vi­suelle et qui ne sait pas, ne veut pas savoir que le diable veille sur elle, et qu’elle regarde le monde par les yeux du Démon. »

Richard Millet
L’opprobre. Essai de démo­no­lo­gie, édi­tions Gal­li­mard, 2008

La télé enferme les gens chez eux…

« En 1964, je fais mes classes à Paris et j’al­lais voir mes cou­sines qui habi­taient le 14ème. La rue Per­ne­ty, c’é­tait des tau­dis, bien sûr, mais les gens étaient dehors, assis sur des pliants, ils jouaient aux cartes, tri­co­taient, dis­cu­taient. Tout le monde se connais­sait, il y avait le flic du quar­tier, la pros­ti­tuée du quar­tier : tout le monde en bons termes ! Aujourd’­hui, de telles scènes sont impos­sibles : la télé enferme les gens chez eux. Quand on passe l’hi­ver dans les rues on aper­çoit la lueur de l’é­cran de fas­ci­na­tion par les fenêtres, c’est déso­lant. »

Alain Pau­card
Du Paris d’Au­diard au Paris de Dela­noë, par Alain Pau­card, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 11 juillet 2014

Le journalisme n’est qu’une prodigieuse entreprise de falsification…

« Le jour­na­lisme n’est qu’une pro­di­gieuse entre­prise de fal­si­fi­ca­tion, voire d’éradication de la réa­li­té, sous cou­vert d’informer et d’analyser, l’information ne par­lant en véri­té que d’elle-même et l’analyse ser­vant des inté­rêts propres à ren­for­cer l’ignorance et la déchéance spi­ri­tuelle des hommes. De là mon sou­ci, qui irait crois­sant, de n’être plus informé. »

Richard Millet
La confes­sion néga­tive, édi­tions Gal­li­mard, 2009

C’est parce que je vois venir le monde où…

« C’est parce que je vois venir le monde où les scien­ti­fiques auront seuls droit au cha­pitre tan­dis que les bouf­fons du diver­tis­se­ment occu­pe­ront le temps libre des indi­vi­dus hébé­tés, c’est parce que je vois venir ce temps de bar­ba­rie (il faut relire l’es­sai de Michel Hen­ry) où la pen­sée lit­té­raire n’é­du­que­ra plus les sen­si­bi­li­tés que je parle de lutte à mort. Per­met­tez-moi de citer l’exergue du roman, extrait du Jour­nal de Gom­bro­wicz, en 1961 : Je pré­vois que, dans les pro­chaines années, l’art devra se débar­ras­ser de la science et se retour­ner contre elle — c’est un affron­te­ment qui doit avoir lieu tôt ou tard. Une bataille ouverte où chaque par­tie aura par­fai­te­ment conscience de ses moti­va­tions” : nous y sommes. »

Patrice Jean
Qu’un écri­vain puisse être en paix avec son temps me paraît vrai­ment curieux, entre­tien au Figa­ro, par Eugé­nie Bas­tié, 29 sep­tembre 2017

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