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Citations sur la modernité

Le modernisme consiste à ne pas croire ce que l’on croit…

« Disons les mots. Le moder­nisme est, le moder­nisme consiste à ne pas croire ce que l’on croit. La liber­té consiste à croire ce que l’on croit et à admettre, (au fond, à exi­ger), que le voi­sin aus­si croie ce qu’il croit.
Le moder­nisme consiste à ne pas croire soi-même pour ne pas léser l’ad­ver­saire qui ne croit pas non plus. C’est un sys­tème de décli­nai­son mutuelle. La liber­té consiste à croire. Et à admettre, et à croire que l’ad­ver­saire croit.
Le moder­nisme est un sys­tème de com­plai­sance. La liber­té est un sys­tème de déférence.
Le moder­nisme est un sys­tème de poli­tesse. La liber­té est un sys­tème de res­pect.
Il ne fau­drait pas dire les grands mots, mais enfin le moder­nisme est un sys­tème de lâche­té. La liber­té est un sys­tème de cou­rage.
Le moder­nisme est la ver­tu des gens du monde. La liber­té est la ver­tu du pauvre. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

Nous avons connu…

« Nous avons connu, nous avons tou­ché un monde, (enfants nous en avons par­ti­ci­pé), où un homme qui se bor­nait dans la pau­vre­té était au moins garan­ti dans la pau­vre­té. C’é­tait une sorte de contrat sourd entre l’homme et le sort, et à ce contrat le sort n’a­vait jamais man­qué avant l’i­nau­gu­ra­tion des temps modernes. Il était enten­du que celui qui fai­sait de la fan­tai­sie, de l’ar­bi­traire, que celui qui intro­dui­sait un jeu, que celui qui vou­lait s’é­va­der de la pau­vre­té ris­quait tout. Puis­qu’il intro­dui­sait le jeu, il pou­vait perdre. Mais celui qui ne jouait pas ne pou­vait pas perdre. Ils ne pou­vaient pas soup­çon­ner qu’un temps venait, et qu’il était déjà là, et c’est pré­ci­sé­ment le temps moderne, où celui qui ne joue­rait pas per­drait tout le temps, et encore plus sûre­ment que celui qui joue. »

Charles Péguy
L’Argent, Les Cahiers de la Quin­zaine, 1913, Édi­tions des Équa­teurs, coll. Paral­lèles, 2008

Le monde moderne est parvenu à un curieux état de rituel ou de routine…

« Le monde, par­ti­cu­liè­re­ment le monde moderne, est par­ve­nu à un curieux état de rituel ou de rou­tine, dans lequel il a tort même lors­qu’il a rai­son, pour­rions-nous pra­ti­que­ment dire. Dans une large mesure, il conti­nue à faire des choses rai­son­nables, mais il cesse rapi­de­ment d’a­voir le moindre mobile rai­son­nable de les faire. Il nous ser­monne inlas­sa­ble­ment sur le carac­tère mori­bond de la tra­di­tion ; et il ne se sou­tient encore que de la vie de la tradition. »

Gil­bert Keith Chesterton
La Chose, trad. Pierre Gugliel­mi­na, cha­pitre « Sur le cou­rage et l’in­dé­pen­dance », édi­tions Flam­ma­rion, coll. Cli­mats, 2015

L’homme révolté moderne…

« L’homme révol­té moderne ne sert pra­ti­que­ment plus l’ob­jet de sa révolte. En se rebel­lant contre tout, il a per­du le droit de se rebel­ler contre quoi que ce soit. »

Gil­bert Keith Chesterton
Ortho­doxie, 1908, trad. Lucien d’A­zay, édi­tions Flam­ma­rion, coll. Cli­mats, 2010

La France a inventé la modernité à partir du XVIIe siècle…

« La France a inven­té la moder­ni­té à par­tir du XVIIe siècle, avec le car­té­sia­nisme et la phi­lo­so­phie des Lumières. Sans doute est-ce pour cela qu’elle éprouve une énorme dif­fi­cul­té à abor­der le chan­ge­ment de para­digme en jeu aujourd’hui. Nous ne vou­lons pas voir que les valeurs modernes — rai­son, pro­grès, tra­vail — ne consti­tuent plus une matrice féconde. Alors, on parle de « moder­ni­té seconde », de « moder­ni­té tar­dive », de « moder­ni­té avan­cée ». Pre­nez la crise : selon moi, elle est bien plus qu’une crise finan­cière. Elle est crise au sens éty­mo­lo­gique de « crible ». Nous sommes en train de vivre le pas­sage au tamis des valeurs de la modernité.
[…] Notre pays a peur de la post­mo­der­ni­té. Il vit un pro­ces­sus de rétrac­tion. Nous sommes retour­nés aux grandes valeurs du XIXe siècle : l’État pro­vi­dence, le fonc­tion­na­riat, la crainte de devoir se débrouiller avec la vie. »

Michel Maf­fe­so­li
Il n’y a de pen­sée que lors­qu’il y a risque, L’Express, 15 août 2012

Le totalitarisme est une structure indépendante du contenu qu’on y met…

« Alexandre Zino­viev me fai­sait obser­ver que le tota­li­ta­risme était une struc­ture indé­pen­dante du conte­nu qu’on y met, qu’il était pas­sé par diverses ébauches his­to­riques et qu’il consti­tuait l’a­ve­nir iné­luc­table de la socié­té indus­trielle où la fonc­tion prend le pas sur l’être. »

Slo­bo­dan Despot
Entre­tien accor­dé à la revue Rébel­lion, nº 55, juillet-août 2012

La modernité est l’univers…

« La moder­ni­té est l’u­ni­vers dans lequel le mou­ve­ment prend toute la place, à la fois comme un fait et comme une norme. Le mou­ve­ment est tout ce qui est, et tout ce qui doit être. Mal­heur à celui qui n’est pas assez mobile, pas assez souple et adap­table, pour se cou­ler dans le flux : il consti­tue une objec­tion vivante à ce monde nou­veau, à ce monde du nou­veau, qui ne lui par­don­ne­ra pas de res­ter comme un fos­sile encom­brant au milieu de l’in­no­va­tion triom­phante. La moder­ni­té se carac­té­rise par une immense colère contre ce qui ne se met pas à son rythme. »

Fran­çois-Xavier Bellamy
Demeure. Pour échap­per à l’ère du mou­ve­ment per­pé­tuel, Édi­tions Gras­set, 2018

Ces gens modernes…

« Ces gens modernes entendent sim­ple­ment par acti­vi­té men­tale un train express rou­lant de plus en plus vite le long des mêmes rails en direc­tion de la même gare ; ou bien de plus en plus de wagons accro­chés pour être conduits à la même des­ti­na­tion. La notion qui a dis­pa­ru de leurs esprits est celle du mou­ve­ment volon­taire, même pour atteindre le même but. Ils ont fixé non seule­ment les fins, mais les moyens. Ils ont impo­sé non seule­ment les doc­trines, mais les mots. »

Gil­bert Keith Chesterton
La Chose, trad. Pierre Gugliel­mi­na, cha­pitre « Sur le cou­rage et l’indépendance », édi­tions Flam­ma­rion, coll. Cli­mats, 2015

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